Citoyenne « atterrée »

par PASCALE LARENAUDIE
vendredi 16 mai 2014

Aujourd’hui, je suis une citoyenne "atterrée". Atterrée de voir mes attentes piétinées, ma confiance bafouée, mon expression dans les urnes volée.
 
Parce que convaincue que l’humain doit avoir une place centrale dans tous les débats et décisions, dans ses droits et ses devoirs, il m’est insupportable aujourd’hui de m’entendre conter jour après jour par la gouvernance de mon pays qu’il n’existe qu’un seul maître mot, l’ARGENT, le capital, les intérêts, le CAC 40, les actions, la bourse, la dette, le Medef, le FMI, la Banque Mondiale, l’OMC … le seul salut pour l’humanité… Qui y croit ?
 
Aujourd’hui devant un chômage toujours croissant, un salaire minimum frôlant l’indécence qu’il faudrait encore le diminuer, un niveau de vie souvent à la limite du soutenable, une précarisation qui bât des records, la santé et l’éducation fragilisées au point que certains n’y ont plus accès ou y renoncent…il est du devoir du citoyen de réagir.
 
Nous sommes tous citoyens qui nous préoccupons de la vie de notre cité. L’individualisme ici ne sert à rien car notre vie personnelle dépend de notre environnement, de la vie de la cité, de la vie dans le monde.
 
Il ne faut plus se conjuguer à la première personne, c’est une erreur qui nous enferme et nous précipite. Il faut restaurer cette solidarité qui animait encore il y a peu nos sociétés et de laquelle on parle bien souvent avec nostalgie. Il faut se faire confiance et se dire qu’ensemble on constitue une force, c’est indéniable. Il ne faut plus avoir peur de se rencontrer.
 
Il est du devoir de ceux et celles qui croient qu’un autre monde est possible, qu’une autre politique est possible de soutenir et de montrer la voie à une jeunesse souvent en perte de repères, mais certainement pas à court d’idées et d’opinions, pour changer le monde. Ne nous sommes nous pas appuyés sur l’expérience de nos anciens, nous-mêmes, pour forger nos idées et nos valeurs !
 
Il faut réhabiliter la politique, le mot « politique », le dédiaboliser, lui redonner son sens tellement dévoyé aujourd’hui que tout le monde s’en méfie. La politique a un sens noble, elle n’est pas l’apanage de quelques uns. Elle est l’expression de tous à travers tous les gestes de la vie quotidienne sans distinction.
 
Nous ne pouvons plus avoir peur des mots. En Afrique, l’on dit « Tu parles, tu meurs, tu ne parles pas, tu meurs quand même, alors tu parles ».
 
Aujourd’hui, en tant que citoyenne atterrée, je veux me libérer de la responsabilité que l’on veut me faire porter, véhiculée sans cesse par des média perroquets… Ces média de grande écoute qui - quelles que soient les chaînes de télé - répètent à l’infini les mêmes informations, ces média qui brouillent les pistes et confortent la crise, la morosité et l’insécurité ambiantes. Je veux récupérer ma capacité à penser et choisir qui me dit quoi.
Je voudrais que soit rétablie la vérité. Je voudrais que l’on me respecte.
 
Ma seule responsabilité serait de ne pas réagir, de rester passive à attendre que tout s’écroule parce que si l’on ouvre bien les yeux, c’est bien ce qui se passe. Et mon pessimisme anime ici mon optimisme de demain à influer sur un changement qui rendra sa dignité au monde.
 
Parce que je suis mère de famille, parce que l’humain ne m’est pas indifférent, parce que je me suis résolument engagée pour la Paix, parce qu’il est injuste que dans ma ville, dans mon pays, dans le monde les inégalités s’accroissent de telle façon qu’elles poussent les gens dans la rue alors que de l’autre côté certains s’enrichissent de telle façon qu’on ne peut même plus l’imaginer, je veux ici exprimer mon engagement à réagir, à m’exprimer, à gonfler et faire gronder l’expression de la rue.
 
Je suis convaincue qu’un autre monde est possible, plus juste et plus égalitaire, que nous pouvons y arriver si nous avons bien conscience qu’il faut unir toutes nos forces et nos voix dans un seul objectif, la construction d’un monde plus juste, d’un monde humain.
Il n’y a rien d’impossible, il faut juste oser inventer l’avenir et c’est un beau défi.
 

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