Comment les valeurs morales étouffent tout débat démocratique

par Muad’Dib2008
jeudi 18 septembre 2008

On se souvient de la campagne électorale pour la réélection de Bush. Développée à l’extrême par Karl Rove, le conseiller de Bush, la stratégie qui consiste à focaliser les débats sur les valeurs morales (la sexualité avant le mariage, la fidélité...) aura permis de masquer les vrais problèmes du pays, notamment le fiasco irakien, et la réélection de Bush dans un fauteuil...

Cette stratégie est désormais en train d’étouffer toute tentative de débat serein sur les problèmes auxquels sont confrontées nos sociétés en les abordant de façon manichéenne selon le critère du bien et du mal.

Quelques exemples :

La réforme des lycées, les médailles aux bacheliers et le code de la paix scolaire.

Il y a encore peu, le débat sur l’éducation était focalisé sur les nouveaux programmes et les problèmes de suppression massive de postes.
Qu’à cela ne tienne ! En deux coups de cuillère à pot, notre ministre a détourné l’attention sur des aspects bien plus intéressants.

Napoléon n’a qu’à bien se tenir ! La Légion d’honneur, le Code civil et le lycée, c’étaient de la gnognotte !

Darcos propose lui de récompenser le "mérite" grâce à la distribution de quelques breloques aux bacheliers, de ramener la "paix" par la "discipline" dans les établissements scolaires en rédigeant un "Code de la paix scolaire" unique et réinventer le lycée. Voilà le bien !

Et tous ces soixante-huitards laxistes et sans valeur, le voilà le mal  ! Ce n’est pas notre président qui dira le contraire.

Et pendant que l’on s’écharpe sur l’air du "c’était mieux avant", "le respect s’perd" et tutti quanti, on ne parle plus des problèmes qui fâchent !



L’Afghanistan

Dès que quiconque tente d’aborder les aspects politiques de ce conflit, tente de souligner qu’à force de désigner comme taliban tout opposant à la présence étrangère, on risque de ne plus rien comprendre.
Dès que l’on souligne que l’on ne lutte pas contre le terrorisme avec une armée.
Dès que l’on souligne que chaque frappe de l’Otan sur un village civil créé de nouveaux opposants...

On subit immédiatement cette réponse binaire :
"Donc vous êtes pour les femmes en burka, le terrorisme... pour le mal et contre le bien, car les petites filles vont enfin à l’école, etc."
Et de ressortir les images passées et repassées des exécutions des femmes infidèles...

Et lorsque Paris-Match accorde une interview photo au commandant des combattants qui ont attaqué les soldats français, qu’on s’aperçoit qu’il ne se revendique pas comme un barbare assoiffé de sang, mais comme un résistant, qu’il n’en veut pas spécialement aux Français, mais luttera pour évacuer son territoire, qu’il ne prétend même pas avoir le soutien des Afghans contrairement à l’Otan, qu’est-ce qui dérange tant... ?

C’est que cela perturbe la lecture binaire du conflit : soit pro-taliban (le mal), soit pro-Otan (le bien).

La crise bancaire

On pourrait s’attendre, vu le fiasco de tous nos grands gestionnaires de la mondialisation financière, à ce que se pose au moins la question de leur responsabilité, de la réforme de cette gestion, de la reprise en main de ce secteur financier devenu totalement autonome et parfaitement irresponsable.

Quand des centaines de milliards de dollars partent en fumée, quand les grandes banques centrales en débloquent presque autant pour sauver les pyromanes de la finance alors qu’une poignée de cette somme permettrait d’assurer les droits fondamentaux à tous les êtres humains sur cette planète, on pourrait s’attendre à ce qu’enfin un vrai débat soit posé.

Mais non.
Encore une fois, on se rabat sur les valeurs morales. Le système capitaliste est parfait, ce sont quelques individus "cupides" qui le faussent et en y remettant un peu de "vertu", tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles...

Le RSA

Dès que vous commencez à demander si le RSA ne va pas devenir la subvention idéale permettant de multiplier les miettes d’emploi offertes par les entreprises, là encore on vous jette à la figure les postures morales :
La "dignité" conférée par la "valeur-travail", grande tarte à la crème sarkozyste, "l’honneur" retrouvé de l’assisté désormais "fier" et "responsable" vis-à-vis de la "solidarité" nationale...

Mais "fier" de quoi ?
De se faire exploiter éhontément par une entreprise qui fuit, elle, toute forme de "responsabilité" vis-à-vis du territoire sur lequel elle est installée, des citoyens qui sont également ses ressources humaines et ses consommateurs, des services publics que ces citoyens financent...
 
Sur ces sujets, mais on pourrait en décliner beaucoup d’autres, les valeurs morales sont devenues l’arme fatale qui permet de détourner vers des débats futiles les vraies questions.


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