Ethique, Raison et Agoravox...

par Immyr
jeudi 13 mai 2010

Parfois, j’arrive à me détester.

11 Mai 2010, je parcours comme d’habitude mes sites préférés. Agoravox en fait partie.

On y trouve de tout : des philosophes, des médecins, des chanteurs, des gens d’extrême gauche, d’extrême droite, des ségolénistes, des pentecôtistes, des musulmans intégristes, des athées, des sionistes et j’en passe.

Au début on est un peu désarçonné. On se dit que ce n’est pas représentatif de la société. Puis on se dit que la société n’est pas seulement le cercle d’amis choisis et que tout est dans le titre. Agoravox : la voix de l’Agora.

Je parcours donc les articles du jour et je tombe sur l’expulsion d’un jeune polyhandicapé Kosovar et de toute sa famille vers son pays natal, expulsé alors qu’il était hébergé dans un institut d’éducation motrice.

Ne prenant jamais une information comme réelle, je googlise et je trouve la même information sur des centaines de sites.

L’article de l’Huma est un des plus mélodramatiques que j’ai trouvé :

"Branle-bas de combat
pour expulser un handicapé

Début mai, une famille, dont un des trois enfants est polyhandicapé, a été renvoyée au Kosovo.

Être sans papiers suffirait à tout justifier pour le gouvernement. Avec le renvoi, lundi 3 mai, d’un jeune homme polyhandicapé et de toute sa famille vers le Kosovo, le ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale a franchi un nouveau cap dans la course au cynisme. Les policiers ont procédé avec méthode. Lundi 3 mai, vers 20 heures, ils se sont d’abord rendus au domicile des parents, à Valmont, en Moselle. « Le plus jeune frère, âgé de dix ans, jouait en bas de l’immeuble. Ils l’ont embarqué avant d’aller chercher dans l’appartement le père et la grande sœur, âgée de dix-huit ans », raconte le cousin du père de famille, vivant à Metz.

La mère, elle, n’était pas encore rentrée à l’appartement. Elle se trouvait à l’hôpital pour une intervention chirurgicale. Qu’à cela ne tienne. Avec le père et les deux enfants dans le fourgon, les policiers se rendent à l’hôpital pour l’arrêter. « Elle était à genoux dans les couloirs de l’hôpital, elle priait les policiers de laisser au moins son fils handicapé en France. » Vers 21 heures, munis de la décision préfectorale d’expulsion, une trentaine de policiers et de gendarmes investissent les locaux de l’Institut d’éducation motrice les Jonquilles, à Freyming-Merlebach, pour embarquer Ardi, quinze ans, polyhandicapé, victime d’une attaque cérébrale à l’âge de dix ans.

Dans un communiqué commun, l’Association des paralysés de France et le Réseau Éducation sans frontières ont souligné la violence de l’arrestation et l’état de choc du personnel soignant.

 « Le dispositif mis en place (30 policiers et gendarmes et 10 véhicules pour emmener un enfant malade) s’apparente à de l’intimidation. La légalité de la procédure d’expulsion qui a été imposée au directeur de la structure ne justifie pas les méthodes employées. » La famille est ensuite conduite au centre de rétention administrative de Metz, où elle passe la nuit. Mardi 4 mai, à 10 heures, elle est embarquée dans un avion pour Pristina, au Kosovo, leur pays d’origine.

« Lorsqu’ils sont arrivés sur place, ils étaient seuls dans l’avion avec 17 gendarmes et un pompier secouriste. Le père d’Ardi et sa sœur ont été menottés pendant la moitié du vol », explique le cousin de Metz. On avait assuré à la famille la présence d’une ambulance pour transporter leur fils handicapé. Rien de cela. « Mon cousin et sa famille ont dû payer un taxi pour rejoindre leur village de Marali (nord du Kosovo). Mon neveu pourra tenir avec ses médicaments pendant une semaine. Mais au Kosovo, il n’y a pas de sécurité sociale, les hôpitaux coûtent cher. Je ne sais pas comment il pourra être soigné. » Depuis qu’il était en France, le jeune Ardi avait fait des progrès. Il pouvait parler un peu, rire, se déplacer. Vivre tout simplement.

Ixchel Delaporte"

(juste à noter que l’Huma ne mentionne pas que la décision a été prise après accord auprès d’un médecin de la DDASS, mais c’est un article d’opinion)

Attaque cérébrale = probable encéphalite, infection virale du tissu cérébral. Entraîne des problèmes moteurs, des problèmes de retard mental important, des crises d’épilepsie.

Traitement kinésithérapique et ergothérapique afin de rééduquer les problèmes moteurs.

Traitement orthophonique afin d’améliorer la communication et combattre les problèmes de fausses routes.

Traitements médico-psychiatriques : traiter le mieux possible les problèmes d’humeur et traiter une éventuelle épilepsie conséquente de la maladie initiale (ce que semble confirmer d’autres déclarations de la famille de l’expulsé).

Bon, information vraie.

 On parcourt un peu les commentaires, m’attardant un peu sur les gens dont j’estime l’opinion (contraire ou pas à la mienne).

A mon grand désarroi, pensant en tant que citoyen et non médecin je me trouve de prime abord être d’accord avec certaines opinions que j’abhorre (les opinions, pas les personnes dont elles émanent). Oui je suis pour la solidarité élargie. Oui je suis de tendance gauche anarchiste. Mais alors pourquoi ma détestation de moi-même au moment où je me dis que l’expulsion de ces hommes et femmes que je ne connais pas me paraît légitime…

Continuons un peu dans les commentaires :

 "King Al Batar dit :

Medecins sans frontières ca sert à quoi.... ?

Je ne veux pas paraitre dur, mais ce n’est pas à nous de soigner cet enfant handicapé, même si son handicap touche certainement la sensibilité de beaucoup de compatriotes....

Il a bien su venir chez nous clandestinement, malgré son handicap. Il saura donc prendre l’avion pour le retour.

A ce moment là, on a qu’à récupéré tous les malades du Sida Africains, puisque j’imagine qu’il n’y a rien pour les soigner là bas.

Ce que je dis peut paraitre dur, mais il ne s’agit pas de sécurité du pays, il s’agit de cout de soins. J’ai un coeur comme tout le monde, mais si il s’avère que l’enfant handicapé est rentré clandestinement et/ou est en situation irrégulière, on n’a pas à payer ses soins, et s’il doit retourner là ou ses papiers sont valides, c’est là que se trouve son chemin.... "

(j’aime bien le King, son orthographe laisse parfois à désirer, mais ses opinions sont généralement de bon sens)

"Voris dit :

Vous dites "je raisonne uniquement en terme de loi" Eh bien vous avez tort : la convention des droits de l’enfant est supérieure à la loi. La France l’a ratifiée."

(inutile de dire que je respecte également beaucoup l’intervenant ci-dessus)

Ce dernier laisse un lien vers la convention en question. Je clique, et je commence à parcourir la convention des droits de l’enfant. Je ne vais pas plus loin que l’article 2 alinéa 2 : "Les États parties prennent toutes les mesures appropriées pour que l’enfant soit effectivement protégé contre toutes formes de discrimination ou de sanction motivées par la situation juridique, les activités, les opinions déclarées ou les convictions de ses parents, de ses représentants légaux ou des membres de sa famille." Selon la loi, que les parents soient étrangers ou pas, en situation irrégulière ou pas, la protection de l’enfant est au premier plan.

 Donc légalement, la France a tort, les kosovars sont dans leur droit.

 Malheureusement cette loi ne me convient guère car trop angélique on va dire et je m’explique. Si on suit cette loi, toute personne ayant un enfant doit bénéficier d’un logement correct et décent, d’une alimentation correcte et décente, d’une éducation correcte et décente, d’un accès de soins correct et décent. Ceci est non seulement valable pour les citoyens mais pour toute personne avec enfant vivant sur le sol d’un des pays membres. A savoir que 192 pays l’ont ratifié : en fait tous sauf les Etats-Unis et la Somalie… cherchez l’erreur… A noter que le Kosovo fait partie des signataires, c’est-à-dire qu’ils sont dans l’obligation de fournir à cet enfant handicapé les mêmes soins (ce ne sont comme je l’ai noté ci-dessus des soins très spécialisés mais demandant des structures adaptés) qu’en France. Si la déclaration de la famille expulsée est vraie, alors le gouvernement Kosovar est autant en tort dans cette histoire que la France.

Etant donné que ce n’est pas le cas, que l’inégalité est partout et à tous les niveaux présents, on peut être d’accord avec l’esprit de la loi, comme convention des bonnes intentions mais étant donné l’impossibilité de la mettre en œuvre, elle ne reste qu’une Déclaration des bonnes intentions avec laquelle les décideurs se torchent allègrement (excusez-moi l’expression).

 Donc la convention du droit des enfants ne convient guère à la situation. Mais ma détestation de moi-même subsistait. Détestation… passion mauvaise selon Spinoza… marque d’un conflit entre 2 principes en soi. Quels sont ces principes : La Raison et L’éthique.

Ma raison était le principe en accord avec les termes de la loi, et les déclarations raisonnables que j’ai lues par-ci, par-là et dont on peut résumer l’esprit par la version tronquée de la phrase de Michel Rocard : La France ne peut accueillir toute la misère du monde. (Je dis bien tronquée car la phrase continue dans ce sens : La France ne peut accueillir toute la misère du monde mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part.)

 Et que disait mon éthique : qu’effectivement on ne pouvait accueillir toute la misère du monde, mais ce qui se passait ici, se passait ici et pas ailleurs. Et ce qui se passe chez moi, que ce soit bon ou mauvais est ma responsabilité. L’enfant du voisin qui entre sur ma propriété, qui fait un malaise, devient ma responsabilité. L’enfant que je ne connais pas et qui frapperait à ma porte, me disant qu’il a faim, est ma responsabilité. Tant que je n’ai pas trouvé les parents ou un responsable de l’enfant qui puisse le soigner ou le nourrir aussi bien ou mieux que moi, il reste ma responsabilité. Non je ne vais pas chercher l’enfant du voisin pour le nourrir à sa place mais quand il est chez moi, il est chez moi, que je le veuille ou non.

Je peux empêcher les enfants des voisins de venir sur ma propriété. Je peux ériger les murs que je veux autour. Mais une fois ici, il est ici et pas ailleurs.

Ethiquement parlant, étant donné que la France et le Kosovo sont tous les deux signataires de la charte des droits de l’enfant, il fallait continuer de soigner le petit Ardi, au mieux de nos moyens et présenter la facture au gouvernement Kosovar étant donné qu’il n’avait pas mis en œuvre les conditions nécessaires pour la prise en charge d’Ardi là-bas.

Bon… toute cette histoire m’a rassuré sur une chose… entre Loi et Ethique, le second prime toujours. Tant qu’on est pas en accord avec sa propre éthique, on est en conflit avec soi-même, et on doit se supporter jusqu’à la fin de ses jours. :-p

On a sorti 60 milliards d’euro non virtuels pour sauver la Grèce de la faillite en quelque jours. Alain Joyandet se paye bien un jet privé à plus de 100000 euro pour faire un tour en Haïti. THE PRESIDENT se paye bien des dîners à 5000 euro par tête de pipe ou se fait installer des salles de bains à 245.572 euro pour une réunion de quelques heures. On peut créer après un FMI, un FSI (Fond de Solidarité International pour la protection de l’enfance) avec un budget des centaines de fois inférieur, afin de permettre l’octroi de soins de qualité aux enfants du monde.

 Finissons par une citation de De Gaulle :"La France ne peut être la France sans la grandeur."


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