L’effet d’affichage

par C’est Nabum
mardi 6 septembre 2022

Économie, sobriété, simplicité.

L'heure est grave, chacun de nous se doit de prendre sa part dans l'immense combat que nous devons mener contre le danger sournois qui nous menace. Les temps nouveaux imposent un changement radical de comportement afin de retrouver les vieux réflexes de nos anciens pour qui chaque geste était mesuré dans un souci permanent d'économie.

Rien n'était jeté, tout pouvait resservir tandis que la solidarité permettait de mettre en commun les forces de travail comme les rares outils et machines qui facilitaient la tâche de tous. L'esprit collectif était une évidence à l'échelle de la commune, d'une collectivité humaine qui achevait ces grands moments de labeur commun par des fêtes joyeuses.

Le modèle qui s'est imposé par la suite a largement favorisé l'individualisme par la puissance d'une propagande nommée réclame, publicité ou conditionnement. Chacun sa tondeuse, son tracteur, sa petite auto, son téléphone avant que de songer dans un second temps à doubler ou tripler les achats pour toujours plus entraîner la redoutable croissance.

Le changement de paradigme ne doit pas cependant faire perdre de vue le catéchisme libéral. Chacun pour sa bourse, chacun son petit bien marchand quitte à transformer le recyclage des vieux objets en une activité marchande sous la forme du vide grenier qui célèbre la toute puissance du dieu argent. Donner ce qui ne vous sert plus n'est pas bien vu, il convient de maintenir le réflexe consumériste en espérant des jours meilleurs.

La crise climatique-ukrainienne-énergétique-sociétale-environnementale, on ne sait plus à quel diable se vouer, impose désormais des mesures plus radicales, plus spectaculaires, plus rigoureuses. Coupons les enseignes lumineuses, réduisons la climatisation et bientôt le chauffage, redécouvrons la marche à pied ou le vélo, éteignons la lumière et urinons sous la douche. Ce n'est pas une inflexion, c'est une révolution.

N'exagérons cependant pas l'ampleur des efforts exigés. Tout le monde n'est pas dans le même fardeau. Les jets privés ne peuvent rester dans leur hangar, monsieur le président doit pouvoir se distraire comme il l'entend, la patrouille de France peut encore brûler du kérosène pour la dernière étape du Tour de France et bien d'autres gabegies enkystées dans les habitudes passées.

Sur le terrain, les chantres du territoire et de la proximité entendent montrer l'exemple par le discours mais jamais par les actes. Le dire est essentiel, le faire totalement superfétatoire. C'est ainsi qu'en pleine pénurie du papier au point que la rentrée littéraire subira un régime d'amaigrissement, un député de la majorité présidentielle montre la voie en couvrant les rues de sa circonscription d'une affiche aussi ridicule qu'inutile, indécente et dispendieuse.

L'homme veut remercier ses électeurs en affichant sa trombine dans le respect naturellement des principes qui prévalent à l'affichage sauvage. Nulle campagne électorale à l'horizon, nulle raison de gaspiller de la sorte si ce n'est l'ego surdimensionné de l'hilarant trublion des plateaux TV et de la malbouffe.

Un gâchis de papier, de colle, des déplacements multiples pour ses colleurs du petit matin afin de nous faire comprendre que la fin de l'abondance ce n'est pas pour tout le monde. La bille de clown se paie notre tête et jette l'argent par les fenêtres quand dans le même temps les familles se saignent pour acheter la papeterie pour la rentrée et que les ouvriers de Duralex se retrouvent en chômage technique. Ce monsieur m'était encore sympathique, désormais il m'est totalement et définitivement antipathique. L'indignité élevée à ce niveau me donne l'envie de vomir ma désapprobation et mon indignation.

À contre-emploi.

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