L’épineuse équation des retraites

par C’est Nabum
vendredi 30 août 2013

Rentrée politique

Ce qui ne se dit jamais.

Voilà revenu le merveilleux feuilleton des retraites, ce joli jeu de massacre pour les générations suivantes ! Chacun songe à sauver son coup de chapeau, sa petite révérence personnelle en se moquant comme d'une guigne de son voisin, de son cousin et de ses gamins. C'est d'ailleurs parfaitement paradoxal pour un système fondé sur la solidarité intergénérationnelle. Mais quand on aborde les rivages tourmentés du revenu individuel, du pognon, ce terrible agent de ségrégation, chacun ne pense plus qu'à sa pomme !

Examinons objectivement ce curieux parcours dans cette vallée de larmes qu'on nomme une vie d'humain dans une société économiquement avancée. À sa naissance, le petit d'homme est traité comme son homologue. Il bénéficie de droits analogues à son compère. Riche ou pauvre, il ne touche pas plus de l'état ou des systèmes sociaux que son collègue de berceau. C'est le principe d'égalité qui prévaut à ce premier stade de l'évolution.

La suite évidement se gâte. Les différences s'expriment à l'école, à la maison. La culture, l'éducation, le niveau de revenu des parents créent des fossés qui ne sont pas près de se résorber. Dans l'état actuel de notre conception de ce parcours, ce n'est que dans la fosse commune qu'il se retrouvera au même niveau de ses camarades.

Plus les années vont passer et plus les écarts vont s'agrandir. Pour les uns, la vie sera une splendide allée semée de roses. Tout sera facile, ils voyageront, feront des études brillantes, trouveront aisément stages et emplois avec le carnet d'adresses de papa et de maman. Pour d'autres, la galère ne fait que commencer ; scolarité délicate, problèmes d'orientation, chômage et emplois précaires, la longue litanie d'une galère qui n'en finira jamais.

Les uns auront de bons revenus, des amis influents, des facilités multiples. Les autres regarderont envieux, les premiers, joueront au loto pour espérer toute leur vie rejoindre la classe des privilégiés de la destinée. C'est ainsi, la vie demeure un combat mais tout le monde ne dispose pas des mêmes cartes en main.

On pourrait croire qu'au terme d'un parcours où d'autres facteurs d'inégalités ne cesseront de se greffer : santé, logement, culture, alimentation, lieu d'habitation, accès aux loisirs, un retour au principe d'égalité serait un juste et harmonieux pied de nez à toutes ces années de déséquilibre et d'inégalité. On pourrait l'appeler la retraite, joli moment de plénitude collective.

Que nenni, c'est pire encore. C'est alors que s'amplifient comme jamais les différences et les injustices. Les uns voyageront toute l'année, seront en pleine santé, auront des revenus substantiels et des pensions de retraite élevées quand les autres rentreront honteux dans le monde de la pauvreté s'ils n'y étaient pas déjà. Et pire que tout, ça ne choque personne.

Un système fondé sur la solidarité entérine et amplifie les différences de la vie. C'est totalement absurde, parfaitement inhumain et scandaleusement méprisant. On peine à accepter encore la devise gravée sur les frontons de nos monuments publics. L'égalité c'est du vent, un rêve qui ne voit jamais le jour.

Ce serait le moment de rétablir ce bel idéal. Les pensions de retraite, celles versées par le système par répartition devraient être les mêmes pour tous les travailleurs de ce pays quels que soient leur statut, leurs parcours et leurs revenus passés. J'entends les hurlements de tous les égoïsmes, les cris d'orfraies des tenants du mérite, comme si nous avions eu tous les mêmes chances au départ. Ceci ne devrait même pas être discutable : Une pension unique indexée sur le coût d'une maison de retraite pour que chacun puisse terminer sa vie dans des conditions dignes et acceptables.

Au lieu de quoi nous avons des disparités scandaleuses, des situations différentes d'un groupe social à l'autre, des droits qui deviennent des avantages, des corporations qui jouissent de traitements de faveur dans le plus pur mépris des autres, des passe-droits, des astuces, des combines, un cortège de cas de figure qui défigure cette belle idée.

Une retraite unique au même moment pour tous, c'est la seule manière de sortir de ce dossier scabreux, de cette hypocrisie sans nom. Mais qui aura ce courage ? Certainement pas les bouffons qui sont au pouvoir et qui se gardent bien de renoncer à leurs privilèges. Il faut que nous fassions tous des sacrifices ? Chiche : alors allons jusqu'au bout des choses, adoptons le principe de la retraite unique.

Égalitairement vôtre.


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