L’irrésistible ascension d’une baudruche

par C’est Nabum
mercredi 18 juillet 2018

Rosette lyonnaise.

Plus elle se gonfle d’air, plus la baudruche tutoie avec délice les sommets. Elle aime à se hausser dans les hauteurs des sphères de la célébrité et du pouvoir sans jamais avoir mérité cette place autrement que par l’effet du piston qui tôt au tard finit par redescendre. L’ivresse de l’altitude est un mal redoutable qui vous ôte toute possibilité de garder les pieds sur terre. La tête enfle, le reste suit à tout venant jusqu’à ce que les chevilles emboîtent le pas de ce mouvement tout autant inexorable que dérisoirement risible.

Les bons amis se désolent de voir ainsi se transformer celui qui jusqu’alors était un homme simple, accessible, bonhomme en quelque sorte. Le temps du succès a été accompagné de celui des rondeurs sans qu’on comprenne alors que celles-ci n’étaient constituées que de vent. Respectant les lois de la physique chères à monsieur Montgolfier, l’emphase a provoqué l’élévation de tout ce qui peut suivre un mouvement en marche : le train de vie, la vie intime, l’ambition, la vanité.

La baudruche s’éleva. Elle ne cessa de gravir les étapes, s’affranchissant de le faire par paliers, s’exonérant des lois de la gravité. Pour bien montrer cet état de fait, elle croqua dans la pomme, succomba aux appels aussi sournois qu’insidieux du serpent de la Bible. Tout était réuni pour rejoindre Icare dans son désir fou de côtoyer l’astre solaire.

Celui-ci, bon Prince en apparence le récompensa pour ses loyaux services, d’une belle breloque, un joli colifichet, de ceux qui depuis des lustres ne cessent d’attirer la convoitise des vaniteux, des orgueilleux, des prétentieux et de tous ceux qui oublient de se considérer à l’égal des plus humbles. La Rosette comme l’affirment nos amis lyonnais quand ils fréquentent les traboules, est la meilleure part du cochon quand elle fait tache à la boutonnière.

Le seul petit inconvénient à ce glorieux affichage est qu’il impose l’usage d’une épingle, d’un malheureux objet métallique et néanmoins perçant. C’est alors que la baudruche éclate, tout d’abord de vanité devant l’immense honneur qui lui est accordé pour le prix de ses reniements, des courbettes, des grimaces et autres contorsions hypocrites. Puis cette petite faille précède immanquablement la tragédie finale.

La pointe acérée finit par percer une carapace pas aussi solide qu’on veut bien nous le laisser croire. C’est ainsi qu’elle provoque une fuite, une infime dépression, de même nature que celle de l’accouchement. Il est vrai que pour un siège, l’impétrant se penche vers le trône. Nulle rustine ne peut colmater l'orifice, la vessie de porc se dégonfle bien plus vite encore et le malheureux finit par retomber sur terre, sous les quolibets de ceux qui n’avaient jamais donné crédit à la farce.

La Baudruche est là, gisant sur le sol, misérable et pitoyable. À trop vouloir s’élever elle termine immanquablement sa course dans les profondeurs de l’oubli. La vessie ne fut jamais une lanterne, même si elle se parait d’une tache rouge à une veste qui se retourne aisément. Elles sont pourtant légion nos vielles badernes qui accordent de l’importance à cette marque d’infamie. Sans doute veulent-elles se comparer aux véritables héros qui eux, ne l’obtiennent généralement qu’à titre posthume.

N’ont-elles pas honte, afin de satisfaire leur ego de se comparer à ceux-là sans jamais avoir un quelconque mérite. Tout cela est affligeant et je plains sincèrement les récipiendaires qui mériteraient d’écrire ce terme avait un trait d’union. Qu’elles aillent au diable, ces ganaches sur le retour qui ne méritent ni notre respect ni notre considération. La breloque est le signe évident de leur fatuité.

Pauvre nation que celle qui est gouvernée par des individus sans cesse à la quête de la gloire et des honneurs sans jamais mettre en corrélation leur extravagante exigence et leurs actes quotidiens, sans montrer l’exemple ni se situer au-dessus du commun. Elles revendiquent privilèges et avantages, réclament honneur et distinction et agissent à rebours de tout cela. Cette mascarade n’a que trop duré, une lamentable course à l'échalote pour des grosses légumes aux flatulences nauséeuses.

Irrespectueusement leur


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