L’opinion

par victoria
jeudi 26 juillet 2012

« Une des erreurs de notre temps est de vouloir recomposer avec ce qui doit mourir. On aura beau peindre en vert toutes les feuilles jaunies du mois de Novembre, on ne refera pas l’été, et elles tomberont, de toute façon, quand viendra la grande brise. »

Il paraîtra essentiel dès lors de revenir aux fondamentaux car s’en étant tellement éloignés, nous ne saurions plus retrouver la route qui doit nous y mener. Tout au long de ces dernières décennies où nous croyions, malgré tout, en la valeur politique de nos élus, nous ne nous sommes pas aperçus qu’eux même avaient perdu le contrôle de la navette.

L’heure n’est cependant plus au blâme car le peuple est magnanime et ayant l’intuition de ce qui est bon pour lui, pour ses enfants et pour ses vieillards, c’est déjà vers l’avenir que ses yeux se sont tournés. Il n’est pas pressé, il n’aspire pas aux promptes révolutions qui sont l’œuvre des plus démunis car il sait trop bien que l’urgence que génère l’agitation installe les mauvais élèves aux bonnes places.

Bien au contraire, laissons paisiblement ce corps malade s’essouffler. Accompagnons le comme le patriarche qui s’en va et avec le respect que nous devons à tous ceux qui y ont cru… Remercions le de nous offrir de nouvelles perspectives…

 

Nous venons d’élire nos députés pour cinq années. Et un bref regard sur l’assemblée devrait nous réjouir ou du moins porter une lueur d’espoir au milieu du sombre tableau que nous dépeint jour après jour la presse de tout bord…Le poste de député, à 40 % occupé par des enseignants, des journalistes, des médecins, des magistrats, des hommes et des femmes qui donc par l’exigence de leur ancienne ou actuelle profession, portent ce regard giratoire sur la société, devrait nous satisfaire ou au pire nous rassurer. Mais pourtant le malaise subsiste. La crise de confiance est consumée et nous ne leur prêtons une attention un peu malsaine, il faut en convenir, que lorsqu’un des leurs se répand dans l’hémicycle comme sur une scène hollywoodienne. Le député n’est plus le symbole républicain autrefois respecté.

Aussi on ne comprend plus très bien pourquoi l’opinion les auréole toujours, attachée probablement au portrait glorieux que l’histoire s’est empressée de peindre tant la vertu est une qualité volatile chez l’homme. Il s’agit à présent de décrocher ce portrait pour en finir définitivement avec cette image galvaudée du député multi compétent qui du jour au lendemain, ayant vu l’eau de la rivière remontée son cour, s’est assagi comme un maître Siddharthasien. Certes toutes ces braves et courageuses personnes n’ont pas occupé leur place sur le banc par une demande sur simple formulaire et il serait tout à fait injuste de dire qu’ils ne la méritent pas. Cette place que peu d’entre nous serait prêt à essayer, est une charge lourde de responsabilité et simple à la fois. Le député doit se faire la voix du peuple. Il doit parler en son nom et respecter son opinion politique. Le principe est tellement évident qu’on n’ose même plus remettre en cause la pratique. Mais finalement, au regard des lois s’égrenant dans les quinquennats qui se succèdent comme des chevaux sur un manège de bois, l’opinion n’est pas respectée. Ou si peu…

Cette opinion, il est vrai, n’a pas bonne réputation car on la sait malléable à souhait comme une pâte molle qu’on déforme et reforme au gré des événements. Chacun d’entre nous y va de son accablant commentaire. On l’accuse de la bêtise la plus affligeante qui soit, comme si elle était responsable de tous les maux de la société et on oublie à la marge que nous en sommes tous, les artisans. Nous n’avons pas moins de pensées disqualifiantes pour nos députés quand la situation s’y prête mais dans le même intervalle, nous n’osons pas remettre en question leur légitimité…C’est de ces paradoxes que naissent notre incapacité à gravir les marches du progrès. La démocratie, nous ne l’avons jamais conquise mais nous nous comportons comme si nous la préservions de la mollesse de l’opinion et de la débauche du politique.

Finalement que préservons nous réellement ?

 

Mais si il est vrai que l’opinion n’a pas toujours été éclairée par les phares de la raison, que dit-elle néanmoins sur des sujets de petite, de moyenne ou de grande importance ?

Et bien ma foi, pas que des âneries…

Des évènements très ancrés dans la mémoire collective comme les deux guerres mondiales du siècle dernier façonnent l’opinion de façon durable. Et nul n’est besoin d’être un fin spécialiste en géopolitique pour comprendre que le peuple ne veut pas faire la guerre pour des raisons économiques, ni même pour des raisons politiques et encore moins pour des raisons religieuses. Elle ne la fera en dernier recours que si elle se sent menacée. De la même manière, l’opinion du peuple sur les enjeux environnementaux de notre siècle est claire. Elle est encline à développer les énergies propres. Voilà deux sujets sur lesquels l’opinion ne manque pas de sagesse. Et pour reprendre un terme qui est apparu au fil des nombreuses remarques, l’opinion publique est en général l’opinion du Bon sens. Or le Bon sens s’arrête là où l’opinion manque cruellement de recul, d’expérience et de connaissance. Et c’est là que cette carence ouvre la porte à tous ses détracteurs. Car sur des sujets plus immédiats comme ceux que soulèvent les biotechnologies, l’opinion est plus ou moins désarmée mais ceci dit, elle ne l’est pas plus et ni moins que l’assemblée des 577 députés dans son ensemble. Elle tâtonne, elle écoute, elle se projette et elle finira bien par petits pas successifs, étayée par son histoire et sa culture par dégager un large consensus.

Le point faible de l’opinion, nous en convenions, est sa grande capacité d’absorption. A cela, il faut ajouter une dose de naïveté, et si ils en ont les moyens, quelques hurluberlus tenteront toujours de la manipuler. Mais le subterfuge sert en général des intérêts immédiats et l’opinion ne met jamais trop longtemps avant de comprendre qu’elle s’est faite endormir.

 

Dans les démocraties qui seront celles de demain, il sera impératif de maîtriser les outils qui modèlent notre opinion. Le pouvoir médiatique que nous avons voulu libéral parce qu’il promettait aux démocrates, la liberté la plus propice à sa pensée, a été insidieusement détourné. Or c’est lui et presque lui seul à présent qui façonne l’opinion et il convient, au regard des fortunes qui dirigent la presse, les chaînes, Internet et les radios, de restituer ce pouvoir au peuple. Car il est l’instrument indispensable dont il a besoin pour produire une opinion juste.

C’est nécessairement ce qui se passe quand un pouvoir verse dans l’extrême. On cherchera à en corriger l’excès par un autre.

Evidemment et c’est tout le jeu de l’équilibriste, le média libre doit rester le pilier essentiel de la démocratie pour justement garantir la pluralité des débats. Pluralité sans laquelle il ne jouera que très mal son rôle de quatrième pouvoir…

Pour appliquer tout ce beau discours, il conviendrait dès lors, d’instituer de nouveaux cadres et sous la forme du questionnement, je ne citerai que le plus fidèle au Bon sens que nous est si propre, et qui pourtant se heurte à l’impuissance la plus inertique. Peut-on continuer à laisser la Grande Presse aux mains de ceux qui détiennent les plus grosses fortunes ? N’y a-t-il pas là quelque chose d’antinomique dans notre démocratie ?

Il est clair que sur des questions de ce genre pour lesquels l’opinion aurait vite fait de statuer, les sénateurs et les députés de notre cinquième république ne légifèreront probablement jamais. Non pas parce qu’ils sont hermétiques à l’opinion mais parce qu’ils sont aussi impuissants qu’elle ne l’est. Si nos députés étaient réellement mandatés pour faire entendre la voix du peuple dans l’hémicycle, alors sur de nombreux sujets, la société aurait fait un bond de géant dans le futur. L’énergie et l’environnement, l’agriculture et l’élevage, les villes et les provinces, l’éducation et la formation, la dette publique et la crise européenne, la politique migratoire et ses enjeux, la politique extérieure et puis le récent conflit Syrien, et cætera…sont autant de thèmes auxquels tous au moins une fois, notre pensée a été confrontée. L’opinion aujourd’hui ne cautionnerait certainement pas l’intervention de la France dans le conflit Syrien. Evidemment, en prenant les guerres injustes pour exemple, l’opinion comme un seul, les condamnera et la question démocratique serait en quelque sorte vite réglée. Quand elle est partagée, l’opinion va se ranger, pour faire court, soit dans la file de gauche ou soit dans la file de droite et les partis qui s’érigeant en porte parole, auront vite fait de s’emparer de la question, de la hacher en multiples sous questions, ce qui en l’occurrence générera le débat certes mais un débat dénaturé qui confinera le plus souvent au combat spectacle et auquel l’opinion aura presque oublié le sens. Finalement l’opinion est confortée dans le sentiment que la politique est nécessairement l’affaire de quelques spécialistes.

Si dans nos veines, le sang du démocrate anime encore l’enthousiasme populaire, on se doit de désensencer nos représentants et de les faire descendre du podium sur lequel nous les avons placés. On ne leur demande pas d’avoir une opinion, mais de respecter celle la plus communément admise et ceci même si elle leur apparaît complètement inadéquate. Rien n’est plus vrai qu’avant que d’être sage, il faille avoir été longtemps libre. La démocratie avec les risques qu’elle se doit d’assumer parce qu’elle est finalement très inexpérimentée, est aussi simple qu’un oui ou qu’un non…

Comprenons que dans cette approche, nous tentons de démonter le réflexe intellectuel selon lequel nos élus sont nécessairement taillés pour voter nos lois…Un réflexe n’est jamais qu’une réponse irréfléchie à un stimulus. Dans ce cas, le stimulus communément admis - le pouvoir politique - induit automatiquement le réflexe intellectuel suivant - exige de la compétence. Or si sa mission est avant tout comme nous le précisions, de respecter la politique de l’opinion, la compétence adéquate est surtout d’être à son écoute. Ce qui est en premier lieu, une qualité avant tout humaine.

Aussi, en suivant le fil démocratique de cette logique, le multipartisme, considéré aujourd’hui comme le poumon du débat, ne serait-il pas une illusion dans le décor ? … une formule superflue dans une organisation politique qui donnerait au peuple les moyens de sa propre gouvernance ? Dans un système où les médias, pour peu qu’ils soient la propriété du peuple, auraient pour mission exclusivement humaine de réduire l’écart entre les intelligences et où les députés seraient câblés directement à l’opinion, les partis deviendraient automatiquement des organes vides, inopérants, désuets…

 

Les passages en italique sont extraits d’un article sur la liberté de la presse d’Ali Namic 


 


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