La France s’apprête à rendre hommage à ses Justes

par Henry Moreigne
jeudi 18 janvier 2007

Jacques Chirac a répondu favorablement à la suggestion de Simone Veil, présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, de rendre hommage aux Justes de France, ces hommes, ces femmes, souvent anonymes, qui pendant l’Occupation ont vu dans les juifs des êtres humains et les ont protégés. Une cérémonie exceptionnelle se tiendra au Panthéon jeudi 18 janvier, au cours de laquelle, au nom de la nation, le Président de la République leur rendra hommage.

Jacques Chirac aura été, au cours de ses mandats, le président de la rupture avec une certaine version de l’histoire de France officielle. En 1995, à l’occasion des cérémonies commémorant la grande rafle de juillet 1942 au Vél d’hiv, il s’était illustré comme le premier Chef d’Etat à reconnaître le rôle de l’État français, dans l’horreur de ces heures noires qui souillent à jamais notre histoire. Pratiquement, sept années plus tard, à quelques mois du terme de son quinquennat, Jacques Chirac va saluer la France, droite, généreuse, fidèle à ses traditions, à son génie.

Comme l’avait alors rappelé le Président de la République : La mémoire ne se divise pas. Elle forme un tout, avec ses zones d’ombres et de lumières. Elle est donc plus qu’un devoir qui s’impose ; elle est un travail qu’il nous revient de mener à bien, de façon continue, pour la perpétuer et la transmettre. Un point de vue partagé par Simone Veil, présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, pour qui si les archives sont tout, elles ne sont rien sans les hommes et les femmes, sans leurs récits, sans leurs témoignages.

La cérémonie du Panthéon viendra compléter la loi du 10 juillet 2000, votée à l’unanimité par le Parlement, qui a officialisé dans notre législation le terme de Justes, en instituant une journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France qui ont recueilli, protégé ou défendu, au péril de leur propre vie et sans aucune contrepartie, une ou plusieurs personnes menacées de génocide.

A ce jour, 2725 Justes, de toutes régions, de tous milieux, de toutes convictions, ont été identifiés en France, grâce aux témoignages de ceux qui leur doivent la vie, et reconnus par le Mémorial de Yad Vashem. Des actions personnelles ou collectives qui illustrent la maxime inscrite sur la médaille des Justes extraite du Talmud : "Celui qui sauve un être humain sauve l’univers tout entier".

D’après les chiffres de Serge Klarsfeld, 75 721 juifs ont été déportés de France.
2271, soit 3 %, sont revenus. 10 000 enfants ont été déportés. Mais 85% des enfants juifs de France ont été sauvés, grâce à un acte de solidarité de la part de la population française.

La nomination d’un Juste s’effectue en trois étapes : la constitution d’un dossier, qui réunit les témoignages écrits et certifiés de deux personnes juives sauvées qui doivent mettre en évidence que la personne pour laquelle le dossier est constitué a risqué sa vie et qu’elle a agi de façon désintéressée ; l’examen du dossier, par une commission composée de personnalités et de représentants des organisations de résistants et de rescapés de la Shoah, et présidée par un juge de la Cour suprême d’Israël, seule instance habilitée à décerner le titre de Juste parmi les nations, distinction la plus haute décernée par l’ Etat d’Israël à titre civil ; enfin, la remise de la médaille, après acceptation du dossier par Yad Vashem.


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