La laïcité des sorties scolaires

par Orélien Péréol
mercredi 23 octobre 2019

La laïcité n’est pas dans la loi. La laïcité est principe, une valeur… un antécédent, comme la liberté, l’égalité, la fraternité… Les contours de la laïcité sont mal définis, comme toutes ces notions. Une chose est sûre : le religieux n’est pas laïque.

Le mot laïque vient de la religion chrétienne et désigne le non-clergé. Il s’écrit laïc au masculin et laïque au féminin. Pour la laïcité de l’Etat, on écrit toujours laïque. 

La laïcité de l’Etat implique la neutralité religieuse des serviteurs de l’Etat. L’Etat guide son action par l’observation des situations et prend des décisions visant à résoudre les difficultés au mieux d’un intérêt général qu’il faut lire dans ces situations. L’Etat laïque ne pourrait valider une décision par une croyance religieuse, une référence à un livre ancien « révélé ». Autrement dit, une République, une démocratie laïque fonctionne à la manière des scientifiques : observer, agir pour diminuer les souffrances.

Les parents qui accompagnent les sorties scolaires sont des agents momentanés de l’Etat, à titre gratuit et sont soumis à l’obligation de réserve des fonctionnaires. Ils sont des fonctionnaires de fait dans le temps de leur mission, ils se déclarent, sont cooptés, (ne vient pas qui veut), et sont assurés.

Sur France Inter, à l’émission le téléphone sonne, Rodrigo Arenas, coprésident de la FCPE (Fédération des parents d’élèves) nous répète que les parents n’ayant pas le droit d’enseigner, ils ne participent pas du service public d’éducation et ne sont pas imposés à l’obligation de laïcité. On ne peut croire qu’il ne sache pas que c’est faux. La sécurité des élèves participe du service public d’éducation, sans quoi, les enseignants pourraient faire des sorties, qui est une activité de l’école, sans les parents !

Tout ce cadre politique a disparu des discours. La presse nous parle de « mamans ». Ce n’est pas un problème de mamans. La presse nous parle d’exclusions. Personne n’est exclu. La presse nous tient un discours psychologique, encensant les auto-proclamées victimes. Le registre affectif-larmoyant a deux poids deux mesures.

On entend la femme évincée d’une réunion dire que sa vie et détruite. On n’a pas entendu celles et ceux qui ont perdu un père ou un compagnon dans la dernière attaque au couteau. Leur malheur est tout de même bien plus grand que celui de cette femme qui a dû sortir d’une réunion, sans qu’elle n’ait jamais été en danger.

Certains disent que les deux, bien que réclamant de l’Islam, n’ont rien à voir. La queue de la casserole n’a rien à voir avec la casserole, elle ne brûle pas la main. Le feu dans la cheminée n’a rien à voir avec le feu à l’appartement et on se demande pourquoi des gens mettent des pare-feu.

La loi de mars 2004 interdisant les signes religieux à l’école pour les élèves a brouillé les cartes, en inversant la laïcité. La laïcité de l’Etat est devenue une laïcité des citoyens, en créant des comportements laïques. On le voit maintenant : la notion de laïcité n’est pas une boussole possible pour nos débats. C’est la définition de la laïcité qui devient conflictuelle. Les discours idéologiques sont d’une simplicité angélique : les gentils permettent tout (auquel cas, la laïcité n’a plus de contenu, tout y entre) et les méchants veulent interdire (alors que c’est vexatoire, que cela atteint la liberté… qu’il est interdit d’interdire). Le tout dans un contexte général des débats qui est passé au registre psychologique : on fait honte aux autres, on tacle, on manque de respect, on humilie ou on est humilié… On ne parle plus de la société que l’on veut, que l’on prépare. On parle de la peine qu’on a à devoir reconnaître et admettre des points de vue différents du sien.

La critique s’appelle la haine maintenant. Vérifiez-le. Alors, que, dans un Etat laïque, comme en sciences, c’est la critique qui fait avancer. Elle doit être accueillie avec bienveillance (je ne dis pas que ce fut parfaitement le cas dans le passé, je dis que la critique est perçue comme agressions actuellement).

Dans le désordre créé par l’inversion de la laïcité de l’Etat en laïcité du citoyen, on a créé un observatoire de la laïcité. L’Etat observe la laïcité des citoyens !

Pour revenir aux sorties scolaires, une circulaire du ministre de l’Education nationale de 2012 avait établi la nécessaire neutralité des parents accompagnateurs. Une étude du conseil d’Etat de 2013 exonère les agents occasionnels de l’Etat de cette neutralité, c’est du moins l’interprétation qui en est faite, elle est abusive me semble-t-il et instrumentalisée. La neutralité demandée concernerait le comportement et non la tenue vestimentaire. Mais alors, en quoi le foulard serait contrindiqué pour les élèves, s’il n’est pas prosélyte en lui-même ?

Il nous faudrait remettre la laïcité dans son champ de compétence exclusif : la laïcité est un attribut de l’Etat. La société est multiconfessionnelle et athée. Progresser impliquerait de supprimer certains jours fériés, liés au christianisme, ce dont personne ne parle, et de remettre en cause pacifiquement le concordat de l’Alsace et de la Moselle. Permettre à nouveau de débattre passe par le respect d’une logique impeccable quant à cette détermination : seul l’Etat est laïque.


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