La laïcité est un attribut de l’État

par Orélien Péréol
mardi 9 décembre 2008

La Cour européenne des droits de l’homme vient de confirmer l’interdiction d’aller à l’école pour deux jeunes françaises qui voulaient porter un fichu sur la tête. La laïcité est une obligation de l’État, pas du citoyen. En substituant l’un à l’autre, l’État, et la cour de justice nous mettent dans un impensable, une perte des repères. On ne sait plus de quoi on parle. Un État laïque qui demande un "comportement laïque" à ses citoyens fait de la laïcité une religion, alors qu’elle est un principe républicain de régulation des religions par l’État.

La Cour européenne des droits de l’homme vient de débouter deux Françaises qui voulaient porter un « voile » à l’école. C’est un coup dur porté aux droits de l’homme.
L’État laïque n’est pas l’État de citoyens laïcs, comme un État catholique est l’État de citoyens (ou sujets ?) catholiques. L’État laïque n’a pas à commander un comportement « laïque » aux citoyens qui le composent, comme un État religieux impose une religion à ses citoyens-sujets. Le comportement « laïque » des citoyens n’existe pas. Il n’y a pas de personnes, ni de comportements des personnes, « contrevenants à la laïcité ». Pourquoi ? Parce que la laïcité est un attribut de l’État et pas un attribut du citoyen, encore moins un devoir du citoyen. La laïcité ne peut pas être une contrainte qui pèse sur le citoyen. C’est une contrainte de l’État qui libère le citoyen.
 
C’est une des plus précieuses caractéristiques de l’État républicain que de ne pas commander à ses citoyens son mode de vie ni son mode de pensée. « Ne faites rien contre votre conscience, même si c’est l’État qui vous le demande » disait Einstein. La laïcité de l’Etat est l’interdiction pour l’État de demander au citoyen des « choses » concernant sa religion.
 
La laïcité de l’État est une égale considération à toutes les religions, une « royale » indifférence (si j’ose le mot « royale » pour décrire un caractère républicain), une neutralité positive (au sens des psychologues). Neutralité : les religions sont toutes pareilles. Positivité : L’État est favorable à leur expression et à leur pratique, sans jugements de valeur. La laïcité de l’État n’est pas l’opposition de l’État aux religions, et encore moins à une seule.

 
L’État n’a pas à prendre en considération la valeur religieuse que certains de « ses » citoyens donnent à un vêtement.
 
En substituant à la laïcité de l’État, obligation de l’État, une laïcité du citoyen, obligation du citoyen, une certaine loi sur les signes religieux à l’école, dite sans ambages « loi contre le voile », nous a fait entrer dans la confusion, la perte des repères. Cette loi fait de la laïcité une religion, qui entre en conflit avec les religions (si on s’en tient au texte exact) et, dans la pratique, avec une religion. L’Europe continue et fait monter d’un degré cette organisation de la destruction des repères.
 
Dans un État républicain, il n’y a pas de préalable à l’accès à l’école pour les petites personnes. C’est l’honneur d’un État républicain de ne pas choisir à quels citoyens, il ouvre l’école et à quels citoyens, il demande certains « efforts » avant d’entrer à l’école.
 
La cour européenne des droits de l’homme « argumente » que l’interdiction du port du voile avait pour finalité "de préserver les impératifs de laïcité dans l’espace scolaire". C’est un non-sens absolu. C’est l’État, pas les citoyens, qui règle la laïcité dans l’institution scolaire : le personnel, les programmes... ce qui lui appartient ; les citoyens ne lui appartiennent pas. Le personnel, lui, est soumis à une discrétion laïque, qui peut atteindre le vêtement.
 
Autre argument : « En France, comme en Turquie ou en Suisse, la laïcité est un principe constitutionnel, fondateur de la République, auquel l’ensemble de la population adhère et dont la défense paraît primordiale, notamment à l’école ». La laïcité de qui ? A qui revient l’obligation de laïcité ? Ce n’est pas dit. Moi aussi j’adhère à la laïcité mais je ne m’habillerai pas d’une certaine façon à la suite d’une demande de l’État que ce dernier croirait justifier par une « défense » de la laïcité !!! Parce que la laïcité n’est pas mon affaire, c’est celle de l’État.
 
Cette cour, dite des droits de l’homme, s’appuie sur sa propre jurisprudence, ce qui est juridiquement monstrueux : elle a permis à la Turquie d’interdire l’accès de l’université à une jeune femme.
 
Interdire l’accès des écoles à des jeunes filles, c’est donc du côté des droits de l’homme ! C’est un coup dur porté aux droits de l’homme !

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