La Sarko-civilisation : “dis papa, c’était comment la démocratie ?”

par terpacific
jeudi 14 février 2008

“Comment en sommes-nous arrivées là ?... » Petit rappel.

En douce, la nuit en période estivale, les présidents de la Ve République ont fait adopter leurs décrets et lois impopulaires favorisant le clientélisme comme avec la loi DADVSI, par une chambre des députés alors vidée de ses élus pour cause de vacances, de fatigue ou de je m’enfoutisme.
En force avec le fameux 49.3, mis en place uniquement pour des cas exceptionnels, mais banalisé par une utilisation politicienne, dans le mauvais sens du terme.
Ces méthodes qui voyaient monter aux créneaux les démocrates de tous bords sont à présent reléguées dans la catégorie « farce et attrape » des aléas de la République. En effet, ce qui s’est passé ce 4 février 2008 est un précédent unique et annonciateur d’un futur proche où le vote du peuple n’a pas plus de valeur qu’une revendication salariale à l’ère du capitalisme sauvage.

Jamais un référendum n’avait été dénié par ceux-là même que les Français ont élu pour représentants : “Le référendum du 5 mai 1946 a permis l’élection d’une assemblée constituante et celui du 13 octobre de la même année l’adoption de la constitution de la IVe République. Le 27 avril 1969 les Français ont rejeté le projet du général de Gaulle, entraînant sa démission dans les heures suivantes.”
Deux exemples qui de par leur nature et de leurs conséquences démontraient l’importance accordée à ce vote populaire qu’est le référendum, du moins jusqu’à la ratification du Traité de Lisbonne par les seuls députés et sénateurs en cette année 2008. Non content de renier la voix du peuple, le gouvernement a fait le nécessaire pour que l’examen de ce texte se fasse en laissant le moins de place possible au débat. Et pour cause ce texte est le jumeau de celui rejeté par les Français par voie référendaire, ce qu’attestent la plupart des chefs d’Etat et de gouvernements européens.
- Le 4 février les députés ont voté la révision préalable et nécessaire de la Constitution.


- Le 6, présentation en Conseil des ministres.
- Le 7, les députés votent “oui” au texte du Traité de Lisbonne à 336 voix contre 52.
- Dans la nuit du 7 au 8 février le Sénat fait de même à 265 voix contre 42 et 13 abstentions.
Le gouvernement s’était attelé à concocter un calendrier le plus court possible pour faire adopter le Traité de Lisbonne avant les vacances parlementaires... il y a réussi.

Par-delà les clivages droite gauche confondus, cette affaire est un pas de plus en arrière. Après le retour de la valeur travaille au fronton de la République, le retour du goupillon dans les affaires publiques, voilà adopté et inscrit dans la Constitution la prise de décision sans concertation par un seul homme... Le roi est mort, vive le roi.
On peut être pro ou anti-européen, on peut considérer cette Constitution européenne comme bonne ou mauvaise selon que l’on souhaite une Europe sociale ou pas. On ne peut que souhaiter pour cette Europe des institutions lui permettant de fonctionner correctement. Mais on ne peut ignorer les causes du “non” porté aux urnes par les Français, les Hollandais, sans parler des peuples n’ayant pas été interrogés par référendum, mais dont les opinions étaient défavorables à ce traité.
Que dire et faire alors des votants qui souhaitaient un Traité constitutionnel pour l’Europe qui aurait eu pour but d’aligner par le haut les protections sociales, les libertés individuelles, une imposition égalitaire ne permettant plus le dumping entre pays européens.

Il faut bien alors tirer les conclusions de ce déni de démocratie. Donc après réunion exceptionnelle de moi avec mon ego, mes doutes, mes utopies, mes valeurs et après révision de ma constitution politique, j’ai voté unilatéralement à une voix contre aucune, les oppositions de principe ayant été interdites d’expression de leurs opinions, que je ne reconnaissais plus Nicolas Sarkozy comme président de la France.
L’article 1 de mon traité lui déni le droit d’être mon représentant face à la communauté internationale.
L’article 2 interdit de séjour à moins de 100 mètres de ma personne tout électeur ayant déposé dans l’urne un bulletin pour cet homme, sous peine d’expulsion, exceptions faites aux repentants ou à tous ceux qu’il a bernés.
L’article 3 réfute le droit fait aux députés et sénateurs de voter des textes de lois ou décrets que je n’aurais pas approuvés et leur interdit de prendre parole en mon nom.
L’article 4 m’autorise en toute circonstance à prendre les décisions unilatérales nécessaires à l’application des articles précédents.

“Dis papa, c’était comment la démocratie ?...”
C’était bien, fils, pas parfait mais bien. Mais c’est de ces imperfections mêmes qu’elle s’est laissé démanteler par ses ennemis.

Ode à Marianne :
Devant les rallyes photos des catalogues, j’habille cher et pas beau, Marianne à le vague à l’âme. Elle se souvient de ces flammes qui ont consumé les cœurs, brûlé les robes des dames de la cour. Pour elle, ils ont couvert de couleurs le lys blanc du roi des vautours.

Ah ! Marianne, tu étais l’amante des hommes épris d’égalité. Mais tes idées, tes manières d’adolescente ne convenait pas aux intérêts privés. Le monde t’a aimé Marianne, organisé la fronde pour te gagner. Mais à se reposer sur nos lauriers nous n’avons pas vu les ombres s’avancer.

Que s’est-il passé Marianne ? Comment ont-ils réussi ? Fallait-il qu’ils soient sans âme, puissants, confiants dans leurs abris. Nous étions jeunes Marianne, trop inexpérimentés aussi. Mais la roue tourne Marianne... Et l’on voit parfois des morts revenir à la vie !


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