Le théâtre public en France, mythe, réalité ou illusion ?

par rené fix
vendredi 24 novembre 2006

Le jeu de chaises musicales (qui va diriger l’Odéon, le TNS, la Colline ?) qui secoue le théâtre français n’est que l’illustration la plus frappante des questionnements qui traversent l’institution théâtrale publique. Il ne s’agit pas de montrer du doigt la désespérante fonctionnarisation du secteur mais bel et bien de redire à quel point la politique culturelle française relève encore du fait du prince. Qu’il s’agisse du président de la République, du président de région, du maire, autant de voix et d’avis construisent plus ou moins habilement cette politique.

A l’heure où l’on ne parle que de démocratie participative, il est plaisant de constater que dans ces institutions culturelles (théâtres nationaux, centres dramatiques, scènes nationales...) il n’existe que très peu de leviers actifs en direction du public pour infléchir, colorer ou critiquer la programmation de ces théâtres. On nous répond que l’artiste seul est maître (mais cette logique ne fonctionne que dans les lieux où la création est prioritaire) ou le directeur, qui n’hésitera pas à parler de « sa programmation » en n’oubliant au passage qu’une mission de service public ne fait pas de lui un mécène inspiré mais l’élément moteur d’une politique d’animation culturelle. Que les critères de cette politique d’animation soient si imprécis, alors qu’ils devraient être le fondement même de l’animation culturelle, que ce simple mot ne soit plus qu’une façade vide de sens témoignent bien du malaise que traverse le théâtre français. Passe encore qu’il n’existe plus réellement d’artistes de théâtre en France capable de remplir Chaillot sur une grande série, passe encore que le sort de l’écriture dramatique contemporaine soit si « dramatique », mais à l’heure où l’ensemble de la classe politique française se voit forcée d’instaurer un autre dialogue avec les électeurs, on peine à croire que nos théâtres soient si peu ouverts à cette mission d’éducation populaire qui consiste à impliquer le public à la programmation.

Il ne s’agit pas d’en faire l’arbitre des élégances, et son « académisme » formel ne fera peut-être que reprendre celui des professionnels de la « profession » mais ce n’est qu’au prix d’une telle réflexion que le théâtre public sortira la tête haute de sa crise. En janvier prochain, le directeur d’un centre dramatique de l’Ouest de la France quittera son poste. Il laissera derrière lui un bilan artistique que je n’ai pas à commenter, mais il laissera surtout un théâtre à plat financièrement, déconnecté pour une longue période de son traditionnel public populaire, sans réelle connexion avec la vie culturelle locale ou régionale. Lui aussi attend avec sérénité le résultat des chaises musicales. Qui, au ministère, à la région, à la mairie, a donné au public l’occasion de participer à une nécessaire évaluation ? Quel dispositif de liens actifs entre le public, le non-public (je sais ça fait un peu rire), les artistes locaux et les décideurs politiques a été mis en place pour qu’autour de la nomination d’un futur directeur se crée une dialectique entre toutes ces parties ? N’est-ce pas l’essence même du projet culturel national voulu après la Libération ?

Inutile alors de réveiller systématiquement la figure fanée de Vilar. Contentons-nous d’être les aiguillons d’une plus grande transparence dans toute cette politique culturelle. Créons, innovons, mettons en place de véritables politiques d’animation culturelle qui ne seraient plus déléguées aux intermittents de service mais qui seraient bel et bien le fer de lance du projet directorial. C’est certainement par ce travail pédagogique et artistique que l’on pourra reprendre les missions du théâtre dictées par Beaumarchais : instruire en amusant. L’éducation populaire devrait se retrouver au centre de la campagne présidentielle, il n’en est rien, et les propositions de nos partis en la matière sont simplement nulles ! A ce rythme-là, l’exception culturelle française ne sera plus qu’un conte.


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