« Les Úlus locaux (comme la cigale de la fable) ayant chantÚ tout l’ÚtÚ… »

par Michel DROUET
mardi 23 février 2010

Il aura fallu la crise financière et la baisse des recettes fiscales, ainsi que la diminution des dotations d’Etat pour que les élus locaux découvrent enfin les vertus des économies budgétaires. Et, comme il faut bien expliquer ce revirement aux électeurs, un peu inquiets de la hausse constante de la fiscalité locale ces dernières années, ces élus déploient des écrans de fumée et évitent de parler de l’essentiel : leur propre responsabilité et leurs petits travers.

Il y a les politiciens qui nous disent que c’est la faute au pouvoir en place qui ne compense pas financièrement les transferts de compétences de l’Etat vers les collectivités locales. Ce n’est pas faux, sauf qu’il y a quelques années, ces mêmes collectivités, les départements, notamment, ont pu réaliser des économies lors de transfert de l’Etat en restructurant et en gérant mieux. De cela, on ne parle plus, même si ces économies ont permis à l’époque le lancement des politiques facultatives qui valorisent tellement l’ego de ces élus mais qui les privent aujourd’hui de marge de manœuvre financières.


Donc, on taille dans les subventions versées aux associations ou aux autres collectivités : moins 20% par-ci, moins 30 % par là avec parfois des conséquences pas forcément mauvaises pour certaines associations qui avaient pris l’habitude de vivre sur un grand pied, voire de thésauriser, et qui vont être obligées d’adopter des règles de gestion un peu plus saines et un peu plus transparentes.


Même chose pour les communes et intercommunalités bénéficiaires de subventions des Départements, qui vont être amenées à regarder d’un peu plus près leurs dépenses.

Cela serait souhaitable en matière d’aménagements urbains, par exemple, lesquels font qu’aujourd’hui tous les centres villes se ressemblent et toutes les voiries présentent le même aspect de parcours du combattant avec les chicanes, les obstacles au sol et les panneaux de signalisation et les réverbères plantés tous les quinze mètres.


A la lecture de la presse locale on perçoit que les communes commencent à prendre la mesure des difficultés financières qui les attendent. Elles commencent à préparer les citoyens en leur servant surtout le couplet habituel des économies de fonctionnement avec une préférence marquée pour le thème du « développement durable ».


Au hit parade actuellement, les économies sur l’éclairage public que l’on éteindra la nuit pour diminuer la facture (on sent qu’on vise l’essentiel). On apprend au passage que le maintien de l’éclairage la nuit n’avait aucune incidence sur la délinquance (il n’y a pas plus de cambriolage dans les villes non éclairées). Comme autre argument imbécile pour justifier ces économies, on nous rappelle de manière récurrente, par exemple, que la Bretagne ne produit que 8% de l’électricité qu’elle consomme, comme si les autres provinces (l’Ile de France, par exemple) étaient toutes autosuffisantes.


On notera par ailleurs que peu de collectivités envisagent de baisser leurs investissements afin de ne pas heurter de front les différents lobbies qui menacent à la première occasion de supprimer des emplois si les enveloppes annuelles d’investissement sont diminuées. Ces investissements sont simplement « différés » ou « reprogrammés » - doux euphémismes - ou bien on fait traîner les études en longueur, ce qui revient au même.

A titre d’exemple, les responsables du B.T.P. Breton déclarent qu’il y a « urgence à remettre du carburant dans la chaudière » : qu’en termes choisis ces choses là sont dites...

Ces grands philanthropes, adeptes pour beaucoup de la philosophie libérale semblent oublier que leurs carnets de commandes sont garnis grâce à l’argent public, c’est-à-dire nos impôts, qui, pour une part, sont aussi leurs profits.


Il est dommage qu’il ait fallu cette crise pour que les élus locaux comprennent que la progression des dépenses aurait un jour une fin, alors même que la mise en place d’une gestion plus raisonnable et plus rigoureuse aurait atténué le choc auquel nous sommes confrontés aujourd’hui.


Tout cela nous montre qu’en période de vaches grasses nos chers élus locaux ne se sont guère souciés de faire des économies, même sur des postes secondaires de dépenses comme les dépenses d’énergies

Tout cela nous montre également que les élus locaux se sont enfermés dans cette logique de dépenses et qu’ils ont, par le passé, généreusement fertilisé le terrain électoral à coup de subventions versées à des tiers (communes, intercommunalités, associations) ou à coup de marchés publics.

Tout cela nous montre aussi qu’il n’est pas facile de sortir de ces comportements et de cette logique, au risque de voir s’envoler la perspective du renouvellement des mandats.


Alors ne soyons pas étonnés que les discours et la communication des élus soient à la mesure de ce dernier enjeu, qu’ils ne dévoilent que l’écume des choses, et qu’ils soient exempts de toute autocritique.


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