Les journalistes servent-ils encore quelque chose ?

par Davidlu
lundi 26 février 2007

Internautes plus experts que les experts, émissions télé auto-animées, journaux insipides gratuits, y a-t-il encore un avenir pour les journalistes en France ?

Je m’inquiète, je m’interroge : depuis un ou deux ans, on assiste à un étrange mouvement dans les médias, encore confirmé hier soir sur TF1. De plus en plus, le journaliste laisse la place au citoyen, à M. ou Mme Tout-le-monde, et se transforme en simple rapporteur d’événements, sans saveur, sans odeur, sans couleur.

La diffusion à tout va de journaux papier gratuits, qui ne cessent de se multiplier, participe largement à cette tendance. Matin, midi et soir, on a maintenant droit à sa version insipide de l’information factuelle, dépouillée de tout sens critique, de verve ou de dimension. C’est l’information en 2D ou même 1D, exit l’info 3D. Un comble pour une époque de haute technologie ! Ces journaux, essentiellement metteurs en page de dépêches d’agences vaguement améliorées, transforment les journalistes, les vrais, les bons, ceux qui ont des choses à dire, en professionnels de Xpress et de la maquette, au détriment de toute forme de contenu pertinent, contestataire, critique, poussé. Où sont passés, dans ces supports, les analyses, les éditos, bref, et en un mot, les idées, dans cette presse édulcorée et sans profondeur ? De l’autre côté de la force, les journaux classiques, qui font toujours leur boulot, traversent des crises sans précédent, sombrent ou peinent à survivre.
Mais qu’est-ce qui se passe dans notre presse ? Le citoyen a-t-il changé, est-il devenu soit tellement intelligent, tellement calé sur tout, qu’il n’a plus besoin que de lire les simples faits alignés les uns derrière les autres pour se faire sa propre idée ? Confronter les idées et thèses des autres est-il devenu has-been ? Ou alors est-il devenu si feignant ?
Regardons la télévision, c’est la même chose : que sont les grands débats devenus ? A la place, on nous offre de nouveaux concepts où le journaliste est là pour passer la parole aux petits malheurs des gens. Somme toute amusant aussi, d’ailleurs, que le même journaliste squatte toute une soirée sur sa chaine : PPDA au 20 heures, PPDA dans l’émission "politique" de 20h50, PPDA dans l’émission de fin de soirée. Etonnant, non ? Mais TF1 n’est bien sûr pas la seule à jouer ce jeu là, loin s’en faut. Comme l’écrivait Libération, le journaliste devient alors un "passe plat" dans une émission où les idées sont remplacées par la mise en scène des histoires personnelles des uns et des autres, entraînant un "je vous ai compris" systématique des candidats interrogés (peu importe lequel), sans aucune répartie derrière la réponse qu’ils peuvent apporter. Consternant.
Bien sûr, pourquoi pas donner la parole aux "gens" ? Ce n’est pas le principe que est à critiquer. C’est l’absence de traitement qui en est fait derrière, par les professionnels aux commandes. On aimerait que le journaliste (l’animateur ?) intervienne après les réponses, relance, conteste, dialogue, argumente, pinaille, bref, face son job, mais non, rien de rien... "Une autre question de Machin, sur votre gauche ?". La présentatrice de la météo ne ferait pas mieux.
Sur internet, c’est une autre histoire : il y a tellement de choix que la problématique me paraît différente. C’est un nouvel espace qui se pose en complément du reste. Pour preuve, le site sur lequel je suis en train d’écrire. Je ne suis pas un journaliste, j’exprime une opinion, des idées, et certains y réagiront.

Mais j’ai encore besoin de lire les idées des autres, et aussi les idées des spécialistes, de ceux qui ont passé des heures à se documenter, des années à étudier des phénomènes, à les analyser, à comparer, argumenter. Mon esprit a besoin d’être stimulé par des prises de positions documentées, réfléchies, rédigées ou prononcées avec style, avec passion, avec recul, partialité. Par des journalistes, quoi.


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