Les lešons de l’histoire

par ergo-sum
mercredi 11 avril 2007

Nombre de dignitaires nazis, sans parler des simples SS ni des collabos français, ont justifié leurs agissements par le respect de l’autorité et l’obéissance aux ordres. Ce respect semblait les exonérer de toute réflexion critique quant à la nature des ordres qu’ils exécutaient et la légitimité de leurs chefs. Ce type de comportement, unanimement dénoncé depuis, est-il pour autant inenvisageable en France de nos jours ? La façon dont se déroule la campagne électorale peut conduire à en douter sérieusement.

Si une leçon aurait pu être tirée d’un épisode tragique de notre histoire comme la 2e guerre mondiale, c’est que chaque citoyen est responsable éthiquement et moralement de ses actes ; l’accumulation de décisions individuelles insuffisamment réfléchies pouvant conduire des nations à la catastrophe. Au moment d’apporter un soutien à un candidat, et encore plus à l’heure du vote, peut-on se laisser emporter sur la foi d’une formule choc ou de promesses de futurs qui chantent ?

 

Le soutien à un chef qui pouvait sembler rassurant dans un premier temps - Mussolini en Italie, Hitler en Allemagne, Pétain en France - s’est ainsi révélé être une tragique erreur pour des citoyens qui ne voyaient que ce que l’on avait bien envie de leur montrer - et que ce qu’ils avaient bien envie de voir. Auraient-ils pu prévoir le comportement de leurs chefs ? En grande partie, oui. Notamment parce que ces derniers, s’appuyant sur la peur, sur la crainte et le ressentiment légitimes des peuples, n’offraient aucune perspective humaniste et raisonnée pour contribuer au développement de leurs nations.

 

La fascination de certains français pour Le Pen et plus récemment pour Sarkozy me fait exactement le même effet : tous deux ont très bien compris le mal dont souffrent une grande partie des français et savent exploiter leurs craintes légitimes. Sont-ils pour autant en mesure de les en guérir ? Sont-ils pour autant réellement en mesure de favoriser le redressement économique et social de la France ? Leur histoire, leur comportement nous indiquent clairement le contraire. Ni l’un ni l’autre n’ont obtenu de résultats probants au cours de leurs différents mandats. Tous les deux sont sévèrement entâchés par des affaires qui les concernent directement ou qui mettent en cause leur proche entourage. Tous les deux ont eu des gestes ou des mots déplacés, prônant la haine ou la défiance de l’autre sans apporter de solution constructive. Tous deux ont changé de discours, de ton, de références au cours des années, flirtant avec le paradoxe, sans s’en émouvoir outremesure.

 

Et pourtant... Et pourtant, ils font tous les deux l’objet d’un intérêt et d’une confiance de la part de nombre de citoyens, voire d’intellectuels, d’hommes d’affaires et de journalistes, qui me font penser que si Mussolini ou Hitler étaient candidats à l’élection présidentielle, ils seraient soutenus par des partis unis derrière la figure du "chef", qui malgé la crainte de certains - vite mis au ban de ces partis - les aideraient à aller jusqu’au second tour de l’élection présidentielle, et peut-être à être élus.

 

Sarkozy et Le Pen ne sont ni Hitler ni Mussolini, évidemment. Tout du moins je l’espère. Mais ils n’offrent de garantie ni d’honnêteté, ni de franchise, ni de compétence qui, à part leur savoir-faire pour exalter la peur des citoyens et se présenter en figures rassurantes et "nouvelles", ne peuvent pas conduire à penser qu’ils pouraient agir de manière plus éthique et responsable. Au contraire, leur mépris manifeste pour la démocratie, pour les journalistes, pour les hommes en général, ne peut que susciter la crainte. On peut reprocher beaucoup de choses à tous les autres candidats, mais d’être dangereux en eux-même, certainement pas.

 

Le 22 avril, ne faisons pas semblant de ne pas savoir.


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