Mangeriez-vous une pomme de terre OGM ?

par Patrick Leo
lundi 5 mars 2007

J’ai décidé ce matin de faire preuve de bravitude et d’emmener mes deux chères filles se baigner à la piscine du Coliseum d’Amiens. Rien de plus banal pour un Bonus pater familias en congé de l’Education nationale. Moment de privilège et de culpabilité aussi, car je conserve à l’esprit cette cinquantaine de copies à corriger la semaine prochaine. Ne soyons pas inélégant, toutes les professions ont leur lot de souffrances et il ne saurait être question de participer à un corporatisme pleurnichard. Une petite promenade près de la cathédrale gothique de la capitale de la Picardie, et deux jeunes journalistes de France 3 m’invitent à répondre à quelques questions sur les OGM. Le temps d’installer la caméra et déjà une première question : Mangeriez-vous une pomme de terre OGM ?

Comment répondre à ce type de question ? Par l’humour ? (Oui, à condition qu’elle ne me transforme pas en mutant transgénique) Par un simple sourire (Quand vous serez prêts les gars, je répondrai à une vraie question sérieuse). Comprendre rapidement le message implicite contenu dans la question : si cette question est posée d’une telle manière, c’est qu’elle induit une réponse orientée vers le rejet, la peur. Qui accepterait en effet de manger un aliment qui contient le mal alors que la nourriture est le premier des nos médicaments ?

Plus la communication tend vers la manipulation, plus le blogueur citoyen aime prendre le contre-pied de l’opinion commune. Ma réponse : il suffit de dire aujourd’hui OGM pour faire peur. Le consommateur a droit à une information fiable. Ce qui m’importe, en tant que père de famille, c’est que mes enfants grandissent en bonne santé. Deux minutes de discussion libre autour d’un sujet orienté vers une vision fantasmagorique.

Avec le recul, je réfléchis à la question de société à laquelle je n’ai pas répondu parce que je n’ai pas eu le temps de mobiliser mes quelques repères : quid de l’écosystème ? Quid de la mondialisation et des semenciers, des rapports Nord/Sud ? Quid de l’état de nécessité, du principe de précaution ? De la patate de José Bové ? Une interview de deux minutes et le sentiment d’avoir participé à une discussion décousue. L’idée que, pour ce média, un père de famille, simple citoyen, ne saurait appréhender ce problème autrement que par cette question : Mangeriez-vous une pomme de terre OGM ?


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