Manuel Aeschlimann battu : Úchec et mat au laboratoire du sarkozysme municipal

par Philippe VassÚ
lundi 17 mars 2008

La défaite du maire UMP d’Asnières-sur-Seine, Manuel Aeschlimann, à Asnières-sur-Seine, certes dans un contexte général national de rejet de l’UMP et surtout de la politique de Nicolas Sarkozy, est une défaite bien particulière à bien des égards. Il semble donc intéressant de tirer les enseignements les plus riches, car c’est bien à Asnières, ce laboratoire du sarkozysme municipal, hier 16 mars 2008, que les citoyens électeurs ont infligé la défaite la plus significative au sarkozyme. Même si le Sarkoland, le 92, a subi hier un terrible désaveu aussi à Colombes, ville voisine.

Le maire amateur d’échecs mis en échec et mat depuis des années par internet

Un des citoyens asniérois qui a combattu depuis le tout début Manuel Aeschlimann et sa politique expliquait voici quelques mois que Manuel Aeschlimann avait déjà perdu la bataille de la communication.

Et ceci, parce qu’il n’avait jamais compris, ni intégré dans sa réflexion de soi-disant "stratège" la force d’internet et, notamment sur Asnières, des sites citoyens indépendants.

Une des causes, parmi beaucoup d’autres, de la défaite de Manuel Aeschlimann à Asnières, est que ce dernier n’a en effet jamais mesuré que la manière de communiquer avec et entre les citoyens avait BEAUCOUP changé depuis quelques années en France. Mais, Manuel Aeschlimann basait sa "communication" sur les méthodes des années 1950-1980 !

Il n’a jamais compris que, même si on diffuse chaque semaine des milliers de tracts, que l’on tapisse de ses affiches les panneaux d’affichage libre, que l’on accroche aux réverbères des pancartes géantes à sa gloire, tout cela devient vain à l’époque du développement fulgurant de l’information citoyenne via internet.

Quand, le 16 décembre 2003, surgit à Asnières le site, associatif à l’époque, www.asnierois.org, Manuel Aeschlimann imagine qu’il pourra faire taire ce site de libre parole citoyenne en le faisant poursuivre en justice ou en l’inondant de droits de réponse incessants. Cette tactique échouera totalement et le site, lentement, mais sûrement, aidé par les attaques répétées du maire en justice, va commencer à occuper la place essentielle d’une voix locale indépendante détaillant, de manière argumentée, le bilan désastreux de l’équipe municipale aujourd’hui battue.

Suivant alors l’exemple donné par www.asnierois.org, dont la rédaction est formée par une petite équipe de citoyens aux opinions diverses, mais unis par leur attachement commun aux valeurs de la République et de la démocratie communale, des blogs et sites vont essaimer sur la ville, mais aussi en dehors, créant un véritable « réseau » citoyen d’internet qui parle de la gestion municipale et de la vie publique de la cité, détruisant de plus en plus la « communication » officielle du maire.

Cette force et cette activité intense spécifiques à Asnières de l’internet citoyen va attirer l’attention des médias traditionnels, tel le journal Le Parisien, et parfois, même, de journalistes et écrivains qui, travaillant sur un sujet ou un autre en rapport, même lointain en apparence avec Asnières, vont évoquer la vie tumultueuse de la commune, sous la direction de celui qui s’imaginait en « tueur politique », et "stratège" incontesté, dans une interview.

On compte à ce jour pas moins de 4 livres de grande diffusion ayant abordé, sous un aspect ou un autre, les aléas de la vie agitée d’Asnières.

Le moins qu’on puisse dire est que le bilan de ce côté-là aussi est sans appel : deux des anciens élus avec qui il a travaillé sous la mandature de Frantz Taittinger, Josiane Fischer et Christian Leblond, et qu’il avait cru avoir définitivement « éliminés » de la vie publique, sont de retour en mairie à des postes essentiels, le tout avec un jeune maire du Parti socialiste.

Le stratège électoral et le « tueur politique », comme le promoteur du laboratoire municipal du sarkozysme et le passionné du jeu d’échecs, présente donc aujourd’hui un bilan qui s’avère être l’exact opposé de ce qu’il pensait : l’échec est total sur tous les plans.

Surtout sur la « communication » dont il avait fait son credo, l’alpha et l’omega de sa mandature. Ce qui l’a perdu avec son absence de bilan présenté et présentable.

Il peut sembler légitime que les spécialistes d’internet qualifient la défaite de Manuel Aeschlimann de première défaite d’un politique due surtout à la force d’internet sur et autour d’une ville.

En toute hypothèse, le cas mériterait d’être intégré dans l’histoire encore récente d’internet, à égalité avec Puteaux et le blog de Christophe Grébert, qui a aussi son succès, malheureusement ici relatif.

Conjugaisons de talents multiples et résistance citoyenne

Nous venons de voir comment Manuel Aeschlimann, qui se présentait comme « conseiller en stratégie électorale » de l’UMP, voire de Nicolas Sarkozy, a subi à la fin de son premier et unique mandat de maire un échec cuisant dans la bataille de la « communication ».

Il est aussi à signaler qu’Asnières offre et offrira aux spécialistes en stratégie électorale à venir une leçon de valeur nationale sur d’autres points : la manière dont les courants politiques ont su surmonter les différences et même, chose essentielle en politique française, les « ego », afin de produire une « résistance citoyenne » efficacement redoutable à une municipalité qui se croyait invincible et intouchable.

Ainsi, Asnières a vu se développer une véritable opposition plurielle, tant politique qu’associative, qui a su conjuguer avec brio les talents qu’elle rassemblait.

Du chef d’entreprise « superviseur technique » à l’infographiste au professionnalisme admirable, du rédacteur de tracts ou d’articles bien travaillés au dessinateur humoristique plein de fine ironie, de la simple mère de famille dynamique au retraité très actif, de l’expert en gestion de commune urbaine au spécialiste financier international, de l’avocat renommé au journaliste honnête, de l’acteur de cinéma à l’ouvrier qualifié, c’est une véritable force vivante et diverse qui a non seulement lentement paralysé et cassé les ressorts de la machine de « communication » du maire sortant sorti, mais a aussi permis de préparer en contre-point un programme alternatif simple, clair, crédible, sérieux.

De fait, au bout du compte, après sept ans de combat difficile, long, ardu et courageux, où d’autres auraient aisément succombé aux pressions et/ou sollicitations, c’est cette résistance citoyenne pérenne et dont la flamme ne s’est jamais éteinte, qui a généré le rassemblement étonnant à première vue à l’issue du scrutin du 9 mars afin de vaincre le système Aeschlimann le 16 mars 2008.

Ce qui a été fait.

Une histoire humaine magnifique qui laissera ses empreintes et marquera l’avenir

Un philosophe disait : « toute histoire est avant tout humaine ».

En ce sens, l’histoire des années que je qualifierai, eu égard à l’atmosphère générale, de « plomb » à Asnières depuis 2001, sera probablement un jour écrite par des gens qualifiés, comme le fut le récit de la lutte dans les années 1992-1995 de certains contre le maire de l’époque, M. Bokanowski.

Mais, il reste que cette « résistance » au laboratoire municipal du sarkozysme fut une aventure extraordinaire, remplie d’humanité au plein sens du mot et de moments de fou rire relaxant, avec ses qualités et ses défauts.

Je ne peux saluer ici toutes celles et tous ceux qui y ont participé, car citer l’une ou l’un m’obligerait moralement à citer toutes les personnes participantes, de toutes les options politiques connues en France, que cet article veut honorer collectivement.

Ce qui restera dans nos mémoires, à toutes et tous, après cette victoire magnifique - et pour laquelle tant de citoyens ont donné leur temps, leurs forces et leur indomptable volonté - est cet esprit démocratique, citoyen, fraternel, républicain, ouvert, amical, malgré les moments de tensions naturelles, de débats vifs ou de désaccords légitimes vite résolus par la libre discussion au service de l’intérêt public.

Sans écrire le mot « FIN »

Certes, de nombreux problèmes attendent la nouvelle équipe élue par les citoyens d’Asnières : les urgences sont évidentes.

Il convient d’en rappeler quelques-unes :

- établir un audit minutieux de la gestion financière de la ville depuis 2001 ;

- revoir et éventuellement modifier contrats et accords passés par la ville sous la précédente mandature ;

- rendre aux citoyens la sérénité démocratique, redonner aux panneaux d’expression associative libre leur... liberté associative, enlever les pancartes géantes sur les réverbères, faire le point avec les citoyens sur la situation réelle de la commune, renouveler l’encadrement dirigeant municipal, annuler les procédures judiciaires contre les anciens opposants, instaurer une Commission transparente pluraliste d’attribution des logements HLM restaurer une véritable concertation, etc.

Il est vrai que la nouvelle équipe a l’enthousiasme, l’expérience et la communauté des difficultés partagées ensemble comme ciment puissant.

Souhaitons-lui de réussir dans ses tâches multiples et surtout de sortir Asnières au plus vite de l’ornière et de l’impasse de ce que furent ensemble le laboratoire municipal sarkozyste et le système Aeschlimann.

Ensemble, comme aurait dit un ex-candidat de 2007, tout est possible et la rupture est nécessaire, surtout à Asnières.

A toutes celles et à tous ceux, qui se reconnaîtront, qui ont, chacune et chacun, à sa place et selon ses moyens, de toutes opinions, contribué à réaliser cette mission qui semblait impossible - sortir leur ville du laboratoire du sarkozysme - je veux, sans écrire le mot « FIN » qui n’a pas ici lieu d’être, saluer en vous ce grand moment partagé que je qualifierai d’un mot nouveau : votre « humanitude » courageuse.

Il n’y aura donc pas de mot « FIN » inscrit ici, parce que maintenant, c’est l’AVENIR qui est à écrire.


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