Ose !
par C’est Nabum
samedi 21 février 2026
Le dire c'est bien, le faire c'est mieux…
Dans notre cité, des affiches interpellent de bien curieuse manière les électeurs par une injonction : « OSE » qui non seulement se veut singulière mais de plus porteuse d'action. Ce terme provient d'un préfixe grec OSIS qui porte en lui la notion de Faire tout en, à l’origine, se déclinant majoritairement au féminin. Hardiesse, courage, audace n'étant plus désormais du seul apanage des mâles dominants.
Dans une autre existence, lorsque je prenais une équipe de Rugby sous ma férule j'écrivais au tableau : « Ce n'est pas parce que c'est impossible que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas que cela devient impossible ! ». Je ne peux affirmer que la proposition connut beaucoup de succès, mes aléas sportifs ne furent pas souvent couronnés de succès. Ce n’est cependant pas à moi de promettre la victoire à ce collectif qui réclame nos suffrages, je me garderai bien de m'insinuer dans le combat politique local.
Il s'agit simplement ici de mesurer les implications d'un tel slogan de campagne. Sa brièveté se remarque forcément sur les affiches, comme un coup de poing, comme un appel à agir. En ce sens, son dynamisme est prometteur pour les uns et semble devenir un défi, une sorte d'agression verbale pour ceux qui ne se sentent pas en symbiose avec cette sensibilité.
Un impératif en guise de cri de ralliement, c'est forcément se situer dans une logique d'action diront les uns quand d'autres y verront une proposition belliqueuse. Il convient de manier ce mode avec délicatesse en une époque où toute manifestation d'autorité peut provoquer des réactions hostiles. C'est à coup sûr une manière plus directe d'interpeller les électeurs, loin des formules alambiquées ou des slogans sportifs qui fleurissent sur nos murs sans pour autant proposer un quelconque projet collectif puisque cette première personne sonne l'individualisme à outrance.
Autre pierre d'achoppement dans cet appel à agir, la personnalisation de l'affiche avec un membre de la liste. Ce serait donc à eux d'Oser et non aux électeurs anonymes que l'on tente de convaincre ? C'est justement la force de ce slogan de concerner ceux qui sont en dehors de cette course à l’échalote sans qu'il faille l'accompagner de la trombine d'un convaincu. Dérive éternelle de nos aspirants électifs qui ne conçoivent jamais une affiche sans y figurer en première ligne.
Remarquez que le champion en lice ne fait guère mieux avec son cri descendu des tribunes non pas politiques mais sportives avec ce « Ici c'est Orléans » alors que la ville qu'il entend mettre en avant se résume aux visages de ses colistiers. Une bataille d'ego qui concerne tous les autres de la même manière y compris celui qui semble faire la lippe à chaque cliché.
Ils osent tout et c'est même à ça qu'on reconnaît ces citoyens militants qui entendent nous imposer leurs vues une fois en poste. Avant, ils évoquent à qui mieux mieux la dimension participative, le désir de tous nous représenter, le maillage de la ville avec des représentants issus des quartiers et des minorités. Puis une fois en place, ils n'osent plus, ils posent avec une écharpe qui leur attribue l'exclusivité de la représentation.
À quoi bon ce OSE si le conseil municipal qui en sort en reste au pied de la lettre et n'est plus qu'une instance qui se contente de conseiller celui qui s'arrogera tous les pouvoirs ? La citoyenneté aspire à plus qu'oser par un simple bulletin de vote, elle veut être entendue, écoutée, consultée au sein de comités qui traitent sérieusement de sujets de société.
Voilà, j'ai osé mettre mon grain de sel dans ce combat qui me concerne si peu. Qu'importe qui sortira du chapeau, il y aura toujours matière à raillerie, à billets ironiques et remarques acerbes. C'est la loi d'une démocratie saine pourvu que ceci soit empreint de courtoisie. Par contre, il n'est pas certain que l'avenir soit rose pour celui qui ose s'en prendre au grand manitou.