Sergent Bruno résistant inconnu

par Alain Roumestand
jeudi 19 juin 2014

Lorsque l'on célèbre l'Appel du Général De Gaulle du 18 juin 1940 ou le 70 ème anniversaire du D day on ne peut oublier que comme il y a un "soldat inconnu" il y a eu des résistants inconnus.

Dans le Limousin occupé par les nazis, une affiche du Comité du Front National de lutte pour l'indépendance de la France faisait le parallèle "14 juillet 1789- 14 juillet 1943" : "les boches et leurs valets vichyssois sont en train de nous affamer ; les prisons sont remplies de patriotes ; des otages sont fusillés par dizaines ; tous les français valides sont menacés de déportation dans les bagnes nazis. Patriotes limousins, le jour de la Fête Nationale le 14 juillet, n'allez pas au travail ; arborez drapeaux et cocardes tricolores."

Au même moment des affiches de l'Etat Français dirigé par Pierre Laval et Philippe Pétain montrant des jeunes façonnant un obus frappé de la croix gammée proclamaient : "Français travaille en Allemagne pour une France plus forte". Une autre affiche :"chaque heure de travail en Allemagne c'est une pierre apportée au rempart qui protège la France contre la Russie".

En février 1943 en effet le Service du Travail Obligatoire est décrété et ce sont 650000 jeunes gens qui vont partir vers l'Allemagne pour travailler dans le IIIème Reich dans des abattoirs, des boulangeries, des menuiseries,des garages... mais aussi dans les grandes firmes industrielles, Volkswagen, Daimler, BMW, Bayer, Siemens.

La police française arrête ceux qui ne se présentent pas à l'ordre de convocation. Et on intimide les familles en cas de désertion.

Dans la famille Petitjean le fils ainé Robert est requis avec ses copains pour le STO et il est dirigé vers une ferme allemande. Il s'évade, passe par la Belgique, parvient à rejoindre la frontière avec la France mais il est repris. Il est affecté aux mines de sel d'Ulm et cette fois pas de possibilité de récidiver en cavale.C'est dans cet internement de bagne qu'il subira comme ses co-détenus des injections mystérieuses, aux conséquences lourdes.

Lorsque son cadet, René, est appelé à rejoindre les Chantiers de Jeunesse,qui remplaçaient le service militaire obligatoire supprimé au moment de l'Armistice avec l'Allemagne, il n'est pas question pour lui d'accepter l'embrigadement vichyste. Il se contente donc d'un "aller-retour" dans la Forêt de Mézières en Brenne, lieu de rassemblement des "appelés".

René Jean Raymond et la famille qui les hébergeait

Son père reçoit une lettre de menace du Commandant Schlund chef du Groupement de Jeunesse n°34 : "le 9 mars, votre fils, incorporé le 17 février à mon groupement, a quitté illégalement son Unité. Les recherches faites par la gendarmerie sont restées infructueuses. Au moment où, pour de mêmes cas, j'apprends que des mesures d'internement ont été prises contre les parents de pareils délinquants, je me fais un devoir de vous en avertir. Votre fils , rejoignant mon groupement ne subira qu'une peine minime..."

René rejoint alors le Maquis de Georges Guingouin,que Médiapart qualifie de" héros intensément tragique, premier maquisard de France, mauvaise conscience brûlante pour tous ceux qui accompagnèrent l'abaissement national".

Il sera le sergent Bruno, clandestin, que son père Léonce rencontrera une seule fois accompagné de ses deux jeunes enfants Yvonne et Guy. Léonce et sa famille subiront des descentes de police régulières à leur domicile et 48 h à la gendarmerie pour Léonce à la suite d'une action d'un " agent très motivé par la collaboration avec l'ennemi". Sans succès puisque le Sergent Bruno ne sera jamais arrêté.

Marqué par la vie du Maquis, par les combats, par sa participation à la bataille de Sussac contre "la colonne milico-allemande du 17 au 24 juillet 1944, par sa participation à la libération de Limoges", actions qu'atteste le lieutenant -colonel Guingouin.

Mais ce qui aura le plus marqué le jeune René c'est la mort du fils unique des paysans qui hébergeaient les maquisards. Ce fils, Raymond, fut décapité par les Allemands et René et son ami Jean "le ramenèrent à ses parents et aidés de deux paysans, en présence d'amis fidèles, l'ensevelirent sous l'éclatant soleil d'un après-midi d'été".

De tout cela, René, sergent Bruno, n'en a jamais parlé et ce sont les documents retrouvés fortuitement et une note dans un fascicule qui m'ont permis de connaitre sa réalité pendant la guerre.

René était mon oncle. 

 


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