Souveraineté numérique : la France de demain

par Cauvin
vendredi 22 janvier 2016

A l’initiative de quelques députés, le projet de loi pour « Une république numérique » prévoit la création d’un système d’exploitation souverain. Bravo ! Mais pour s’inscrire pleinement dans l’univers numérique ce projet doit s’adapter à ses caractéristiques profondes.

Le contexte : un nouveau lieu de vie

L’univers numérique doit désormais être appréhendé pour ce qu’il est devenu, un lieu de vie, un terrain d’action. Les technologies de l’information ne servent plus à faire des choses sur terre mais elles nous ouvrent les portes d’une seconde nature. Les écrans de toutes sortes que nous rencontrons à chacun de nos pas ne sont plus de simples accessoires mais des passerelles, des voies d’accès menant à une réalité parallèle qui offre une large palette de possibilités, professionnelles, ludiques ou sociales. L'action n'est pas autour du Web comme elle peut être autour d'une table (de négociation), ou au-dessus de nos têtes (vol des oiseaux), mais bien dans et sur ce terrain, action à travers le code, créé ou modifié, et action à travers l'utilisation de ce code.

Le code qui est comme le sol de ce nouveau terrain doit être contrôlé par la collectivité

Le système d’exploitation est le logiciel des logiciels, le sol de ce nouveau monde, ce qui nous réunit, indépendamment des applications. L'aménagement de l'espace commun est une tâche politique. L'espace commun n'est pas une affaire de gros sous, car c'est – ce doit être - l'affaire des citoyens. Ce qui est commun doit être contrôlé par la collectivité.

Nous vivons actuellement dans le chaos. Le chaos est cette situation primitive dans laquelle les hommes s'abandonnent à tous les vents, sans chercher à prendre en main leur destin : nous avons à résoudre ce dérèglement politique. Pour cela, il faut créer un code de la République. L'intelligence du lieu doit être saisie par les citoyens.

Dans notre environnement classique, notre espace vital est soumis à deux niveaux de souveraineté : d'abord une souveraineté politique, générale, continue sur une surface donnée (le territoire), puis, par endroits, celle d'un propriétaire. Quand je rentre dans une brasserie pour boire un verre, je suis chez un commerçant, mais toujours en France. Le trottoir sur lequel je marche n'est pas une propriété privée, il appartient au domaine public. Et quand je suis chez moi, à la maison, je suis encore en France. Les mêmes principes doivent s’appliquer à l’Etherciel. La loi de l’argent ou la loi des hommes : à nous de choisir. Voilà pourquoi nous devons soutenir ce projet de code souverain. Le renversement de l’ordre établi ne passe pas par des destructions, mais par des développements.

Rappel : La liberté consiste moins à faire sa volonté qu'à n'être pas soumis à celle d'autrui (Jean-Jacques Rousseau, Lettres écrites de la montagne).

Pas de barrière géographique

L’univers numérique, alias l’Etherciel, ignore toute idée de distance. Les kilomètres sont morts, finis, oubliés ; on ne compte plus que les temps de réponse. L’action se déroule derrière l’écran et là, vos interlocuteurs (courriels, médias sociaux…) peuvent être à Paris, Marseille, Dublin ou Alger, cela ne fait pas de différence. Le temps continue de compter (fuseaux horaires), mais l’espace est comme écrasé. L'Etherciel est un tout petit monde, et chaque progrès le rétrécit encore plus. « Ici et maintenant » : cette formule n’est plus valable. Ne reste que « maintenant ». Il n’est plus question de déplacement mais de synchronisation. Les séparations géographiques (latitude, longitude) passent aux oubliettes.

Conséquence : les francophones du monde entier pourront participer aux travaux de développement du code universel et venir s’y installer. De la Méditerranée à Montréal, des rives du Mékong à celles du fleuve Sénégal, du plat pays aux faubourgs de Beyrouth, nous partagerons le même sol. Nous, oui, nous les Français. La Cité des Français s'étendra bien au-delà des limites de l'hexagone. Elle accueillera tous ceux qui aiment les créations de l'esprit et pratiquent notre langue, avec ou sans passeport, ce document inutile et vain dans un environnement qui ignore la géographie.

Une discrimination linguistique

Dame Nature ne s'adresse pas à nous. Elle ne cherche pas à nous plaire. Elle est la même pour tous. Vous pouvez vous balader en forêt avec un Chinois, il verra la même chose que vous. Mais cette identité de perception cesse dès lors qu'on bascule derrière l'écran. Ceux qui ne pratiquent aucune de ces deux langues pourront bien essayer de se lancer dans un logiciel en russe ou en chinois, ils ne tarderont pas à comprendre la difficulté de l'exercice…

L’Etherciel quant à lui parle une langue, il parle, et ne fait même que cela. Les barrières culturelles ne sont pas supprimées, mais renforcées. A l’écran, la langue ne se contente pas d'accompagner l'environnement, de l'extérieur, comme l’étiquette sur le pot, elle en est partie intégrante. Les mots (noms de domaine, menus, commandes, index, liens, mot-clic ou "Hashtag") fondent le réel. Les choses sont dans les mots, et non à côté. La question de la langue est donc primordiale, pas seulement pour l'expression, mais aussi pour l'action. Les mots sont la clé de tout.

La France, qui passe pour une nation culturelle, se trouve donc dans son élément. L’univers numérique se propose comme une formidable opportunité, pour un pays qui ne se reconnaît dans aucune race, ni religion, mais dans une culture, c’est-à-dire... des mots.

Conséquence : pour avoir droit de cité, une seule condition, parler français. Le choix d’une langue est une nécessité absolue. Plutôt que le chinois, l’arabe ou l’anglais, je choisi le français. Nous appliquerons un principe de discrimination. Sans une langue partagée, intimement partagée, aucun rapprochement n'est possible. Vive la République Française de l'Etherciel ! Partiellement made in France, mais surtout totalement made in french. Viendrons nous rejoindre : les Français vivant à l’étranger, et les étrangers vivant en français, en Afrique ou ailleurs, capables et désireux de bâtir cette Cité avec nous.

 

L'exception culturelle française doit être remplacée par un principe,

le principe culturel français.

 

  1. La France n’est pas un hexagone,
  2. La France est une planète ronde.

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