Stéphane Hessel : Mort d’un digne

par Denis Thomas
mercredi 27 février 2013

Stéphane Hessel va désormais planer au dessus des foules d’indignés par la déflagration sociale de ce début de siècle. Il ne les, ne nous, quitte pas. Au contraire.

Ces indignés européens, puis planétaires, résistants presque impossibles se sont soulevés sous une bannière proposée par un homme qui avait déjà traversé un siècle. Pensez donc ! Des jeunes faisant du slogan d’un « vieillard » le cri de guerre de leur génération contre les effroyables conditions qui leur sont faites : « Indignez-vous ! ».

Les valeurs et les moyens de Stéphane Hessel sont devenus des mantras à Madrid, Athènes, Lisbonne, à Tel Aviv mais aussi à Paris et, chose fascinante, au pied de Wall Street.

Le grand résistant s’est opposé à l’inéluctable : d’une part à « l’immense écart qui existe entre les très pauvres et les très riches et qui ne cesse de s’accroître » et d’autre part à la détérioration des droits de l’homme, droits qu’il avait contribué à mettre sur pied, et à l’état de la planète .

Programme impossible, direz-vous. Mais transcendé par la voix du déporté des camps de Buchenwald et de Dora, ambassadeur de France et Commandeur de la légion d’honneur. Comme il le rappelait « le motif de base de la Résistance était l’indignation ».

Plus rien à perdre mais tout à gagner. Nous avons donc dévoré son nécessaire et désormais légendaire manuel de survie de trente pages dont on ne compte plus les rééditions.

 

PANTALON

« La pire des attitudes est l’indifférence, dire je n’y peux rien je me débrouille », disait-il nous secouant par le fond du pantalon. 

Sans nommer qui que ce soit Stéphane Hessel constatait : « c’est tout le socle des conquêtes sociales de la Résistance qui est aujourd’hui remis en cause ».

« On ose nous dire que l’Etat ne peut plus assurer les coûts de ces mesures citoyennes. Mais comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ? », a demandé aux gouvernants cet européen convaincu.

Et a soufflé la réponse. « Sinon parce que le pouvoir de l’argent n’a jamais été aussi grand, insolent, égoïste avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères l’Etat ».

Il nous a conduit sur le chemin de la Résistance, en France face à une actualité sociale terrifiante, à l’étranger dans la bande de Gaza. Emblématique.

Parce qu’il a souffert de la barbarie, il a montré, comme Gandhi, la voie de la non-violence et prôné une insurrection pacifique. 

Il l'a dirigé « contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous ».

Mort à 95 ans, deux ans après avoir redonné de l’énergie à tous, il avait sans doute aussi rédigé son épitaphe : « Créer, c’est résister, résister, c’est créer ».


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