Sur le terrain de vrais changements dans l’éducation

par Roland Gérard
vendredi 16 janvier 2015

Nous le voyons sur le terrain, un véritable mouvement de fond se produit en ce moment dans la société française et c'est une éducation toute différente qui émerge et réussie à s'épanouir de bien des façons. Et aujourd'hui, très intéressant, ce monde à peine visible est en train de s'organiser.

Nous étions une grosse vingtaine d’enseignant(e)s, pédagogues ou éducateur(rice)s de toutes origines réunis aux Amanins les 14,15 et 16 novembre par le Printemps de l'éducation. Des organisations bien connues étaient présentes et d’autres moins connues (Montessori, Steiner-Waldorf, communication non violente, enseignement agricole, Récit, OCCE, Graine d'école, Unipaz, Ecole du troisième type, CARDIE éducation nationale, Ecologie de l’éducation, Ashoka et le Réseau Ecole et Nature), il y avait aussi plusieurs fondatrices ou cofondatrices d'écoles différentes ( Ecole le Colibri, Living School, Ecole Caminando, Ecole croisée des chemins, Ecole à la ferme.

 « Être ensemble, c’est une danse »

Il n’y avait pas d’intentions de la part des organisateurs en dehors de : « voir ce qui nous réunit », donc pas de programme. En revanche nous avions un modérateur ou coach, comme on voudra et ça c’était très utile, il était accompagné d’une assistante en apprentissage. Il dira au tout début des travaux : « la seule intention : se rencontrer » et il a parlé de l’attention, bien accueillir les nouveaux et penser que si l’on parle trop c’est du temps que nous prenons aux autres. Il ajoute : « être ensemble, c’est une danse ». Le tour de table de présentation a été rapide, chacun(e) devait exposer son parcours en trois minutes. Tout de suite un élément clé de ce week-end studieux et heureux est ressorti : « on sent que ça s’ouvre que ça bouge » a dit une participante, d’autre confirmeront cette impression, nous serions bien dans une période favorable pour la transformation de l’éducation. Autre affirmation remarquable : « Monter une école hors contrat, c’est d’une facilité redoutable ». Idée qui reviendra aussi à plusieurs reprises, c’est la nécessité d’être en paix avec soi-même, avec les autres et avec son environnement pour faire un bon travail pédagogique. On enseignera ce qu’on est plus que ce qu’on sait. On entendra parler aussi d’« intelligence collective » à plusieurs reprises. L’engagement des participant(e)s est remarquable : « les limites c’est nous qui nous les mettons ». Autre idée qui viendra aussi plusieurs fois : nos enfants nous apprennent. Les Amanins se sont révélés une nouvelle fois, un lieu où il fait bon vivre. Une vingtaine de personnes travaillent ici et 90% de ce qu’on mange vient de la ferme qui fait 55 hectares dont 20 cultivables. Deux vaches, deux veaux, trente-cinq brebis, des cochons et aussi des poules, phytoépuration, toilettes sèches, salle de réunion superbe, elle sent bon le bois et la brique de terre crue, oui on y est bien.

Ce qui nous réunit

Ce sont les post-it qui nous ont permis de bien démarrer les travaux, nous devions les coller sur quatre tableaux différents en haut desquels étaient écrit :

1 nos besoins,

2 nos envies,

3 qu’est-ce qui pourrait nous réunir,

4 qu’est-ce qui pourrait nous séparer.

Ça s’est révélé très opérationnel, en dix minutes nous avions vingt ou trente post-it posés par tableau. Nous avons alors fait un groupe par tableau pour classer et synthétiser. Ce qui pourrait nous séparer : incapacité à s’écouter et à s’exprimer, non-respect des règles, trahison et malentendus, nos égos, jugement, fermeture, cloisonnement. Ce qui pourrait nous réunir : joie, authenticité, être vrai, espoir, humilité, une dynamique de réseau, envie de bouger les lignes à l’Education nationale, insuffler une action, une vision commune, travailler avec l’Education nationale, construire des outils de la transition, agir ensemble. Nos envies : partager des pratiques, échanger, créer un collectif, définir notre vision commune, action dirigée vers l’Education nationale, un guide des bonnes pratiques, faire de la recherche, la gouvernance, plaisir de trouver des gens qui ont les même valeurs…Nos besoins : mettre le mot « accompagnement » à la place d’ « éducation », (on est plusieurs à ne plus se reconnaitre dans le mot « éducation »), vivre avec une diversité de points de vue…

Le changement est incarné dans beaucoup d’endroits 

De ce tour d’horizon nous retenons que quatre pôles apparaissent :

1. Vision, perspective, identité, valeurs…

2. Echanges de pratiques.

3. Action après cette rencontre, les suites.

4. l’Education nationale.

Le coach dira : « « Education nationale » c’est le mot qui fait monter le plus d’adrénaline dans le groupe. ». Après ce travail nous avons dit comment nous nous sentions. Nous sommes en cercle et il n’y a que du positif qui ressort : « bienveillance, qualité d’écoute, confiance, richesse… ». Le lendemain samedi nous reprendrons aussi par un tour de parole. Ivan notre coach expose qu’il y a deux « énergies » présentes, on a envie de faire des choses ensemble et envie de partager nos expériences. Il précise « on est à votre service, plus vous vous autorégulé mieux c’est ». Il ajoute : « c’est une danse ». Une participante prononcera le mot « conviction » mot qui fera sens pour tous. « Conviction sur laquelle on s’appuie pour avancer. Ça me réjouit beaucoup de voir que le changement est incarné dans beaucoup d’endroits ». Une autre demandera : « Est-ce que rire est essentiel pour l’école de demain ? » c’est vrai qu’on a eu pas mal d’occasion d’éclater de rire. On a tous envie de trouver les fondamentaux qui nous unissent. Le coach dira : « le graal c’est l’unité qui réussit à magnifier la diversité ». Il s’en est suivi un travail où l’on a échangé sur nos convictions, par un nouveau tour de parole, on ne s’en lasse pas ! Ça a foisonné.

Travailler avec la nature

Justice, intelligence, vérité, sens de la vie, beauté, nature, art, créativité…Le changement vient à travers moi, il ne peut pas venir de l’extérieur, nous sommes dans un monde de paradoxe, c’est l’un et l’autre et non l’un ou l’autre. Gratuité de la nature, être en paix avec son environnement, importance de la nourriture. Sens profond des mots, reliance, liens, être en lien avec moi-même, besoin de cohérence, inventer une façon d’être ensemble, acte politique. Agir au niveau des institutions, ce qui est important c’est ce que je cherche, l’appropriation, pédagogie de projet, il y a des étapes de transformation, l’amour des différences plus que la tolérance, travailler avec la nature. Education démocratique, apprentissage auto déterminé et processus de décision collective, chaque personne a droit à une voix. Chaque personne a un potentiel comme une graine d’arbre. L’être humain a besoin d’empathie, de congruence et de respect, considération inconditionnelle. Une école qui permet aux enfants de conserver leurs qualités. L’ici et le maintenant. Tout le monde est expert, même simplement expert de sa propre vie. L’éducation est une aide à la vie, l’enfant est un être unique. Permettre à l’enfant de vivre ses expériences dans le milieu, confiance en soi, estime de soi.

« Toute éducation qui n’épanouit pas abruti ».

Pour quoi on centre l’école sur les savoirs, ce n’est pas le plus important. Confiance en la jeunesse, faire place aux jeunes, les pousser à agir à être ambitieux. Education source de lumière, il y a autant de vérité dans le monde qu’il y a de personnes. Le vivant, la nature, l’homme est la nature, le don, l’alliance, l’émergence, la coopération. L’émergence c’est l’accueil, peuples racines, comment vivre ensemble. Comment passer une bonne journée, on ne va pas les attacher, ils sont attachés dans les écrans. Les valeurs du travail ne sont pas dites elles sont vécues. Pas de segmentation des savoirs, mais la transversalité, le territoire. Les mots essentiels, l’enfant, y compris en chacun de nous. Dans mon histoire une partie a été nourrie, une autre a manqué. Se reconnecter à la joie, rencontrer les enfants, ils portent la joie, les enfants portent la confiance, l’essentiel c’est ce qu’on est. Tout simplement aimer ceux avec qui je vais travailler et m’aimer moi-même. Nous adultes nous devons être exemplaires. Un monde meilleur ça commence par soi. Le matin on est heureux, les enfants sont heureux. Ecocitoyenneté. Une véritable confiance dans l’être de chacun. Deux valeurs bienveillance et cohérence. Je suis avec, humblement ni en avant, ni en arrière. « Toute éducation qui n’épanouit pas abruti ».

Le projet c’est le contraire c’est vivant

L’enseignement permet la révélation du potentiel qu’il y a en chacun. « Que l’éducation nationale lâche, qu’elle reconnaisse les envies ». « Je suis en construction dans mon parcours d’enseignant, j’ai toujours été à l’intuition, au lâcher prise ». « Apprend à rêver, apprend à être toi-même. ». On vit une société technicienne, il faut se réapproprier notre temps. L’éducation nationale est dans du programme et pas dans du projet. Il y a une ligne de code, le projet c’est le contraire c’est vivant. Maitre mot, le décloisonnement. Il n’y a pas de meilleur outil pour apprendre que le jeu. Notre cerveau se développe là où nous l’utilisons avec enthousiasme. On a des ailes quand on est enthousiaste. « Moins il y a d’espace pour le jeu, plus il y a de pathologie »

Authenticité

J’ai rencontré des écoles privées qui ne sont pas élitistes et c’est bon ! Les travaux en petits groupes sont d’excellents souvenirs, il est bon de se rapprocher. A cette occasion on a pu entendre : « tout est systémique », « tout est en train de s’écrouler », « il y a des forces à l’éducation nationale qui sont des volontés de changer ». « L’institution cloisonne, cadre », « il faut ouvrir l’esprit critique », « il y a un truc qui se passe », « il y a eu tellement de souffrance », « j’ai besoin de soutien », « un enfant aimé, aime, un enfant respecté, respecte ». Nous étions tout ce week-end dans la « légèreté d’une recherche ouverte qui ne s’appuie pas sur des concepts achevés ». Souvent le mot « authenticité » est revenu.

Notre vision, notre texte, un film

André Stern qui n’est jamais allé à l’école, s’est impliqué dans notre travail collectif et nous a présenté un film remarquable « Alphabet  » qui va sortir sous peu. Un groupe dans un temps très bref à fait émergé notre vision commune. Ce n’est certainement pas terminé, mais c’est déjà bien avancé : « Nous, professeurs de l’Éducation nationale, professeurs d'écoles expérimentales ou associatives, parents d'élèves, anciens élèves, éducateurs, citoyens intéressés par les questions d'éducation, avons en commun ….Vous pourrez le découvrir sur le site du printemps de l'éducation. Un vrai bain de jouvence ce WE, ça redonne bien confiance. Le 31 janvier nous nous retrouvons à Paris, je raconterai.

A suivre

RG


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