Trente deniers

par Marsiho
lundi 10 décembre 2007

L’appel au civisme doit-il tout justifier ?

Que penser de l’appel à la délation porté par la police judiciaire de Versailles suite aux émeutes de Villiers-le-Bel ? Je parle bien de délation, et non pas d’appel à la citoyenneté comme l’évoquait sur LCI Jean-Yves Bugelli du syndicat Alliance (syndicat policier). La citoyenneté ce serait témoigner à visage découvert et porté par une juste indignation et un véritable sentiment de justice. La délation, c’est ce qui est encouragé par le tract, donner des informations de manière anonyme et contre rétribution.

Encore une fois, il ne s’agit pas ici de nier la violence appliquée envers les forces de police qu’on peut effectivement louer pour leur sang-froid et leur courage. Pour reprendre l’expression de Bugelli, ils ont été "tirés comme des lapins" (à ce propos, à quand un débat sur la vente et l’utilisation des armes de chasse ?). Mais l’appel à délation est-il une bonne solution ? Un autre responsable syndical, Patrice Ribeiro, évoque des circonstances exceptionnelles qui peuvent justifier le versement de primes... Cela devant réveiller l’esprit civique... Ne mélangeons pas tout SVP. Et surtout, et je l’écris pourtant avec la plus grande compassion, que les syndicats policiers ne s’engagent surtout pas dans une vendetta corporatiste...

J’ai vécu et travaillé (et travaille encore) dans ces quartiers. L’appel lancé va recevoir des réponses, c’est sûr. L’attrait de quelques milliers d’euros dans une famille qui tire le diable par la queue va étouffer les éventuels scrupules. Mais je sais aussi que certains vont être "balancés" pour d’autres motifs plus personnels. Car la promiscuité créé des tensions et des affronts auxquels cet appel va apporter une solution... S’il existe beaucoup de solidarité dans les quartiers populaires, ces habitants n’en sont pas plus exceptionnels qu’ailleurs (dans un sens comme dans l’autre) et sont donc soumis à l’envie et à la rancoeur. Dénoncer un petit jeune dont le seul véritable crime aurait été de prendre régulièrement la place de parking du voisin ou de faire du bruit dans la cage d’escalier quand il rentre tard n’est donc pas improbable. Le risque de tensions entre habitants et également accru par ces heures passées à tenir les murs et à imaginer qui va dénoncer ou pas, et là, certains jeunes risquent de s’échauffer rapidement, sans réels indices. Il suffira que plusieurs jeunes aient été dénoncés, pour que le premier qui changera sa voiture dans le quartier soit soupçonné d’être une balance. Et ça, c’est la pire chose qui puisse être dans une cité.

Et puis à la réflexion, recourir à la délation, n’est-ce pas admettre que l’Etat n’est plus présent dans les quartiers ? C’est, après la politique des grands frères, véritable démission républicaine, un autre recours à la "justice" locale. L’appel au civisme ne doit pas tout justifier.


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