Vols d’organes : légende urbaine ou réalité ?

par Alain Tesnière
jeudi 7 février 2008

Démantèlement d’un trafic de reins près de New Delhi

« L’Inde tente de démanteler un trafic international présumé de reins après une perquisition de la police dans des cliniques clandestines et l’arrestation à New Delhi de ressortissants grecs en attente de greffe. »

« Dans ce qui semble être le plus grand scandale de trafic d’organes jamais mis au jour en Inde, les forces de l’ordre ont effectué des descentes dans plusieurs hôpitaux et résidences de Gurgaon, dans la banlieue de New Delhi. Un médecin et plusieurs intermédiaires ont été arrêtés et la police court après le cerveau d’un crime organisé de plusieurs dizaines de millions de roupies. »

« Plus de 500 transplantations illégales de reins auraient été effectuées près de la capitale indienne au cours des dix dernières années, estiment les autorités. »

« Les donneurs sont des travailleurs déshérités venus des Etats les plus pauvres du sous-continent indien. »

Sources :

La Croix

Libération

France 24

Le Figaro

Qu’en est-il en Europe ?

Selon le rapport du Conseil de l’Europe de juin 2003 intitulé « Trafic d’organes en Europe » dont la rapporteuse est Mme Vermot-Mangold, « le succès des transplantations d’organes creuse l’écart entre l’offre et la demande. Les organisations criminelles internationales ont repéré ce "créneau" lucratif et font pression sur des personnes en situation de pauvreté extrême pour les inciter à vendre leurs organes. »

« Le trafic d’organes - à l’instar de la traite des êtres humains et du trafic de drogue - est déterminé par la demande. Les pays d’Europe orientale ne peuvent assumer, à eux seuls, la responsabilité de la lutte contre ce type de criminalité. Les tendances récentes dans certains pays d’Europe occidentale en faveur de lois laxistes, autorisant plus facilement le don d’organes par des donneurs vivants non apparentés aux receveurs, et donc d’abus, soulèvent de graves inquiétudes. »

« Cette situation soulève plusieurs questions d’ordre éthique : convient-il que les pauvres pourvoient à la santé des riches ? La pauvreté peut-elle être soulagée au prix de la santé humaine ? La pauvreté peut-elle compromettre la dignité humaine et la santé ? »

Source : Commission des questions sociales, de la santé et de la famille.

Vers une marchandisation du vivant ?

La marchandisation du vivant est révoltante. Rien ne justifie le vol d’organes.

Depuis toujours, la société engendre l’inégalité, voire l’exploitation et l’exclusion de certains êtres humains.

On y retrouve l’idée constante de l’homme considéré comme un objet, comme une marchandise possible.

La démocratie athénienne s’érige sur l’esclavage qui prive l’homme de liberté et le réduit à l’état de marchandise. La féodalité et la société d’Ancien Régime sont bâties sur des privilèges et des injustices criantes. La société industrielle du XIXe siècle a transformé la main-d’œuvre rurale en bagnards de la fabrique ou de l’usine. « La dictature du prolétariat » s’est avérée être la dictature de castes privilégiées.

De l’Antiquité à la traite des Noirs, on ne cesse de vendre l’être humain pour qu’il serve le bien-être et l’opulence d’élites privilégiées. La Renaissance s’est demandé si les Indiens d’Amérique avaient une âme. Acquérant le statut d’être humain, cela gênait leur exploitation ou leur extermination.

L’esclavage sévit toujours dans certaines régions du globe, la commercialisation de l’homme perdure.

De nos jours, l’être humain se débite en pièces détachées.

La mondialisation est une économie où tout s’échange, où tout s’achète, où tout est transformable en objet, même l’individu. Ce mécanisme ne peut que s’accentuer.

Respecter l’humain

Que sont devenus les systèmes condamnant l’exploitation et l’inégalité ? Passés à la trappe le socialisme utopique de Saint-Simon et d’Owen, le socialisme scientifique d’Auguste Blanqui, de Louis Blanc, de Karl Marx et de Friedrich Engels, l’anarchisme de Pierre-Joseph Proudhon, de Max Stirner et de Michel Bakounine.

Les contre-utopies comme Le Meilleur des mondes et 1984 sont d’une actualité manifeste à l’heure de la mondialisation en dénonçant les dangers des totalitarismes.

Le Meilleur des mondes dresse le tableau d’une société capitaliste triomphante qui rend les masses esclaves, avant la naissance par manipulation génétique, et tout le long de la vie par le conditionnement.

1984 incarne un totalitarisme du pur pouvoir. Chacun doit littéralement s’écraser à ses pieds, sous son regard, puis écraser semblablement ses concitoyens, dans un complexe de peur et de haine.

Le XXIe siècle permet l’inégalité et l’exclusion par le culte de la compétition, de la performance, de l’individualisme.

Force est de constater que les valeurs imposées par un groupe dominant, politique ou économique, à l’ensemble d’un corps social ne cessent d’évoluer avec efficacité et qu’il faut une vigilance critique toute particulière pour les contester.

Le libéralisme et le socialisme ayant failli, il reste à trouver d’autres solutions. La société ne s’est jamais trouvée confrontée à la nécessité aussi urgente d’inventer un projet de société qui soit la concrétisation sociale d’une conception de l’humain.

Concilier l’idéal et le concret, rêver le possible et rendre possible le rêve, c’est refuser une réalité qui est profitable à quelques privilégiés désireux d’ériger en dogme une vision du réel fort utile pour eux.

Ni Untermensch, ni Übermensch : tous égaux.

Alain Tesnière.


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