Alstom : vers une solution nationale ?

par Laurent Herblay
vendredi 30 mai 2014

Jusqu’à il y a une semaine, il semblait que le gouvernement se résignait à être l’arbitre qui choisirait qui de GE ou de Siemens allait pouvoir dépecer Alstom. Mais, alors que Siemens semble vouloir faire une offre formelle, Arnaud Montebourg a enfin déclaré étudier un plan C, un plan national.

Alstom échappe au dépeçage ?
 
Les élections européennes ont quelque peu sorti le feuilleton Alstom de l’actualité, mais avec la fin au 16 juin de la validité de l’offre de General Electric, une conclusion définitive devrait arriver dans les 15 prochains jours. Siemens a annoncé qu’il fera une offre sur Alstom d’ici la date fatidique si le processus est équitable. Etant donné à quel point le gouvernement (à l’exception notable de Ségolène Royal) semble préférer voir l’ogre allemand dévorer l’entreprise française plutôt que le géant étasunien, gageons qu’une telle offre devrait bien être déposée, d’autant plus que Siemens a annoncé avoir lancé un processus approfondi d’évaluation de l’entreprise française depuis début mai.
 
Dès le début de l’affaire, j’avais plaidé, comme beaucoup d’autres, au premier rang desquels Jean-Pierre Chevènement dans le Figarovox, pour que l’Etat intervienne et ne laisse pas Alstom se faire dépecer par GE ou Siemens, tout en notant que l’offre allemande ressemblait à un marché de dupes. Après quatre semaines sans évoquer cette possibilité, et alors que GE et Siemens multiplient les promesses, il semblerait que le gouvernement se soit enfin résolu à étudier un plan C, comme l’a présenté Arnaud Montebourg, ajoutant que ce plan C pouvait comprendre une intervention de l’Etat ou pas. Finalement, François Hollande pourrait bien ne pas se résoudre à faire moins que Nicolas Sarkozy.
 
La prudence s’impose

Jean-Pierre Chevènement a publié un papier remarquable il y a quelques jours rappelant toutes les étapes du démantèlement progressif d’Alcatel-Alstom et les nombreuses erreurs des dirigeants précédents, qui ont abouti à dépecer une belle entreprise française de son savoir-faire, entre rachats hasardeux et ventes d’actifs souvent mal avisées. Ce faisant, il démontre une maîtrise du dossier peu commune qui devrait inciter le président de la République à lui confier une mission pour trouver la meilleure solution pour Alstom, ses salariés et la France. Il y plaide pour le remplacement de Bouygues par un actionnaire public pour assurer stabilité et indépendance à l’entreprise.

Pour l’instant, je crois qu’il est essentiel de rester extrêmement prudent au sujet des déclarations d’Arnaud Montebourg et surtout continuer à pousser pour une solution nationale pour Alstom, une entreprise qui gagne de l’argent et dont le dépeçage marquerait une nouvelle défaite industrielle de la France, une nouvelle étape dans notre affaiblissement dans ce domaine. Il est grand temps de signifier clairement aux multinationales que la France n’est pas un supermarché où elles peuvent faire leurs courses comme bon leur semble. Cela est d’autant plus important dans la perspective des négociations du traité transatlantique, qui pourrait introduire des clauses empêchant à l’Etat d’agir.
 
Prudence et mobilisation de tous les instants doivent être les mots d’ordre pour les quinze prochains jours. Il ne faut en aucun cas laisser tomber la pression car on ne peut pas faire confiance au ministre de l’économie pour privilégier une solution franco-française. Seule cette mobilisation pourra imposer cela.

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