Avec l’Allemagne, point de salut ?

par Michel Santi
samedi 26 juin 2010

Au risque de paraître répétitif, l’Union Européenne - sous sa forme actuelle tout au moins - a vécu car certaines devises nationales comme la Drachme, la Peseta...ou le Deutschmark referont leur apparition ! Monnaies nationales dont la disparition devait, par delà l’introduction de l’Euro, symboliser un moteur Européen synonyme d’intégration politique et de prospérité économique. Car la réunification et l’harmonisation Européennes se feraient donc via - et grâce à - la monnaie unique : Objectif illusoire qui donna ainsi des ailes aux dirigeants de l’époque persuadés que c’est l’Euro - donc l’argent ! - qui motiverait et présiderait à des politiques communes ! Ne vous y trompez pas : les tensions épisodiques mais récurrentes du passé très récent et la crise d’aujourd’hui ne sont ni plus ni moins le produit de cette décision hâtive de réunifier l’Europe sur des bases purement capitalistiques où l’intérêt pécuniaire serait le seul fondement.

Pierre angulaire de cette construction, la Banque Centrale Européenne était ainsi dès sa création dotée d’un pouvoir autrement plus significatif que ses autres consoeurs Banques Centrales. En effet, outre sa mission traditionnelle en matière de politique monétaire, elle devait également parachever l’unité - matérialiste cela va de soi ! - de l’Union et ce aux dépens d’une transparence pourtant élémentaire. Qui sait que les minutes des réunions de la BCE sont tenues secrètes pendant 30 ans alors que celles de la Réserve Fédérale US sont systématiquement rendues publiques après trois semaines ? C’est pourtant ce modèle qui fut imposé par les Allemands, ceux-là même qui aujourd’hui n’hésitent pas à critiquer ouvertement cette même BCE, taxée de violer l’orthodoxie, ou - pour reprendre le langage subtil de Soros - qui a accusé il y a quelques jours l’Allemagne de considérer le Traité de Maastricht comme un "texte sacré"... 

En fait, le projet Européen est actuellement directement menacé par l’attitude Allemande désastreuse qui, pour sauver le rêve Européen, devrait sérieusement songer à se retirer de l’Euro ! Car la BCE se retrouve confrontée à un choix impossible, voire inhumain : Procéder à davantage d’acquisitions de dettes des pays menacés (Grèce, Espagne, Portugal...) sous la pression intense d’une Allemagne complètement terrifiée par ce qu’elle qualifie d’hérésie ou interrompre ces baisses de taux quantitatives avec, pour conséquence directe, la sortie hors de l’Union de ces nations périphériques. A sa décharge, l’Allemagne craint bien-sûr que le Fonds de Stabilisation Européen de 750 milliards d’Euros crée il y a peu de temps ne soit plus utilisé pour recapitaliser des établissements financiers Européens déstabilisés que pour soutenir des Etats de l’Union surendettés. Exactement comme le plan TARP (Trouble Asset Relief Programme) Américain qui, en son temps, avait été progressivement dévoyé car injecté dans les capitaux des Banques Américaines au lieu de racheter les actifs toxiques et illiquides qui avaient crée la crise des subprimes...

Aujourd’hui, la hantise fondamentale et existentielle de l’Allemagne est donc de devoir en finalité mobiliser, pour sauver l’Union et ses institutions en péril, non pas 750 milliards d’Euros mais 2’000 milliards d’Euros.


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