Bulle pétrolière ?

par Michel Santi
mercredi 28 mai 2008

La bulle des matières premières qui caractérise nos marchés financiers est similaire à celle des années 70 et du début des années 80 car, à l’instar d’il y a trente ans, ce sont les liquidités excessives prodiguées par la Réserve fédérale américaine qui en sont responsables. Ainsi, notre bulle contemporaine a-t-elle vu le jour en 2004 dans un contexte où la Fed persistait à inonder les marchés de liquidités et cela des années après la fin de la récession molle des années 2000-2001.

En réaction, l’or, qui avait végété pendant dix ans autour des 350 dollars l’once, se mit à passer la barre des 400 jusqu’à dépasser 1 000 dollars en mars dernier ! Il est inutile de rappeler l’évolution du pétrole et des autres matières premières. En 1919 déjà, Keynes avait eu raison de dire que rares sont les personnes lucides quand les pressions inflationnistes s’intensifient et, de fait, pour l’écrasante majorité des analystes, les spéculateurs, les majors pétrolières, la Chine et l’Inde sont seuls responsables des prix actuels du pétrole.


Dès août 2007 avec le déclenchement de la crise des subprimes, M. Bernanke s’est mis à noyer de liquidités le système bancaire américain, certains ayant même utilisé l’image d’un hélicoptère larguant des ballots d’argent ! Or, en dépit du ralentissement de l’économie américaine, les prix du pétrole ont augmenté de 80 dollars le baril dépassant 130 dollars cette semaine. Les bulles sont certes des phénomènes récurrents, mais chaque bulle a néanmoins sa vie propre et, surtout, aucun analyste n’est capable de prédire son éclatement. Pour autant, on ne peut qualifier l’envolée récente des prix du pétrole de bulle dès lors que l’on se rend compte que la progression des prix du pétrole est la résultante de déséquilibres à long terme entre son offre et sa demande. Par ailleurs, les prix du pétrole ont plus que quadruplé ces six dernières années aux Etats-Unis pendant qu’ils doublaient en Europe, différence imputable à la chute brutale du dollar contre l’euro dans un contexte où les Etats-Unis paient chèrement le prix de vivre systématiquement au-dessus de leurs moyens, aggravant au passage les déficits publics et privés et faisant exploser le déficit de la balance des paiements... Contrairement aux années 70 qui avaient subi un choc brutal et où les consommateurs patientaient dans les files d’attente des stations-service, la crise actuelle est nettement plus progressive et insidieuse.

En effet, de nos jours, les consommateurs américains usent et abusent de leurs cartes de crédit et de leurs prêts immobiliers afin de compenser l’envolée des prix énergétiques et de certaines denrées alimentaires. Ces mêmes consommateurs américains semblent minimiser l’impact de la hausse actuelle des prix pétroliers, hausse qui déroule ses effets - et ses méfaits - de manière progressive et non par la suite d’un embargo comme dans les années 70... Pourtant, à certains égards, la situation américaine est plus favorable qu’à l’époque. En effet, l’économie américaine est de moitié moins dépendante à l’énergie que dans les années 80, ce qui tend bien sûr à amortir le choc énergétique. Néanmoins, les Etats-Unis importent 12 millions de barils de pétrole par jour, soit 60 % de leur consommation quotidienne ! Autrement dit, un baril à 100, 120 ou à 150 dollars n’aura évidemment pas les mêmes conséquences sur les déficits commerciaux ou sur la croissance économique.

C’est précisément cette dépendance énergétique qui modifie considérablement l’équilibre des forces stratégiques en affectant sérieusement le rôle des Etats-Unis dans le monde tout en permettant la montée en puissance d’autres nations. A ce titre, il est confondant de voir le président Bush se rendre deux fois en quatre mois en Arabie saoudite quémander une augmentation de la production de pétrole ! Il est tout aussi incompréhensible que celui-ci ne mette pas plutôt l’accent sur un grand programme d’économies d’énergie ainsi que sur une taxe carbone qui auraient des conséquences nettement plus constructives pour son pays... Après tout, Bush et son entourage ne sont peut-être pas préoccupés par la flambée des prix pétroliers, mais plutôt par les volumes pétroliers écoulés aux Etats-Unis vu leur propre rémunération tributaire de ces volumes ? Ainsi, les intérêts vitaux de ce clan exigeraient-ils encore et toujours plus de pétrole qui coule dans les pompes américaines... et n’oublions pas que c’est ce même président qui, après les attentats du 11-Septembre, exhortait les Américains à... consommer ! Toute la politique fiscale et budgétaire de l’administration Bush étant basée sur la dépense, il est d’autant moins dans sa logique d’encourager aux privations que chaque citoyen américain va recevoir un chèque des autorités fiscales au titre des mesures exceptionnelles adoptées pour relancer la consommation des ménages américains.
Les Etats-Unis doivent urgemment réduire leur dépendance énergétique tout en adoptant des mesures visant à promouvoir économies d’énergies et énergies alternatives, mesures qui stabiliseront leur économie tout en permettant des créations d’emplois.


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