Crise financière : chèque en blanc et chèque en bois, 2 icebergs à l’horizon

par Thomas Guénolé
lundi 13 octobre 2008

Les pays de l’Union européenne ont décidé hier de se porter garants pour leurs banques en difficulté. C’est un chèque en blanc... mais c’est un chèque en bois.

Les pays de l’Union qui ont adopté l’euro, plus la Grande-Bretagne, ont décidé hier de se porter garants pour les banques européennes en difficulté. Leur but est d’empêcher de grandes banques de faire faillite façon Lehmann Brothers. Leur but est aussi que toutes les banques, grâce à cette garantie des Etats, osent recommencer à se prêter de l’argent les unes aux autres sur le marché interbancaire, en panne depuis plusieurs semaines.

Chaque gouvernement définira lui-même comment il s’y prendra pour mettre en place sa garantie envers ses propres banques, en n’ayant pas le droit de claquer plus de 3 % de son PNB (produit national brut) dans ces opérations. En France, comme en Grande-Bretagne, cela se fera en prenant des participations dans les banques en difficulté : en clair, en nationalisant partiellement. C’est une bonne nouvelle, vu qu’ainsi les « Etats sauveteurs » pourront récupérer un retour sur investissement le jour où ils revendront leurs parts après sauvetage.



Il reste cependant deux icebergs à l’horizon.

Le premier iceberg, c’est le chèque en blanc. En se portant garants pour les banques en déroute, les Etats européens ne les poussent pas à faire preuve de plus de sérieux et de responsabilité dans leurs opérations financières. Certes, le sommet européen d’hier prévoit une refonte des normes comptables en Europe et a appelé à un sommet mondial pour réécrire la réglementation des finances internationales. Si c’est un vœu pieu, comme lors de précédents krachs, on aura encore plus déresponsabilisé les banques. Si c’est un engagement sérieux, il faudra casser la logique d’autorégulation des banques instituée par la Convention de Bâle II et briser les « passagers clandestins » dangereux que sont les paradis fiscaux, abritant les fonds d’investissement les plus opaques au monde.

Le second iceberg, c’est le chèque en bois. Les Etats européens se portent garants pour les banques en déroute, mais la plupart d’entre eux, notamment la France, sont dans une situation financière encore pire que celle des banques à sauver. Premier problème, cela va obliger ces Etats à creuser leur dette publique, donc à émettre davantage d’obligations d’Etat sur les marchés, donc à payer encore plus d’intérêts pour leur dette : s’ils atteignent le point de non-retour qui asphyxie leur équilibre financier, c’est la banqueroute à l’argentine. Second problème, si les banques sont trop nombreuses à s’effondrer, les Etats européens n’auront plus les moyens d’éponger : et dans ce cas, comme lorsqu’on perd tout à la roulette à cause de la mise de trop, « rien ne va plus. »

Thomas Guénolé


Lire l'article complet, et les commentaires