D’une crise subprime l’autre ?

par Michel Santi
lundi 10 décembre 2007

La crise immobilière des subprimes aux Etats-Unis risque fort de contaminer le marché automobile car les consommateurs américains souffrent de plus en plus de la crise du crédit. Les banques et autres établissements de crédit ont ainsi accordé en 2006 pour quelque 575 milliards de dollars en prêts pour l’acquisition de nouvelles et anciennes voitures.

Or il s’avère que 4,5 % de ces prêts consentis en 2006 subissent un retard de remboursement de plus de 30 jours, retards en hausse de 3 % par rapport à l’année précédente, hausse représentant le plus fort chiffre de retards depuis huit ans.

Un certain nombre de ces demandeurs de crédit autos est qualifié de « subprimes « car ayant obtenu un prêt en dépit d’un dossier peu solvable. Parmi ceux-ci, 12 % accusaient en septembre dernier un retard de paiement, chiffre qui représente le niveau le plus élevé de défauts de paiement depuis 2002, en hausse de 11,5% par rapport au mois précédent. Les prêts autos et les prêts immobiliers sont de nature différente car pendant que les premiers bénéficient de taux fixe, les prêts seconds, eux, sont flottants et c’est précisément leur hausse entre 2006 et 2007 qui a précipité cette crise immobilière dite « subprime ».

Néanmoins, - est-ce un hasard ? - ce sont les régions où l’immobilier a le plus chuté comme en Floride ou en Californie qui recensent le plus grand nombre de retards et de défauts de paiement de crédit autos. Il semble donc bien que cette crise du crédit se répande à travers d’autres secteurs de l’économie du pays tel le secteur automobile, mais également le secteur des prêts aux étudiants. Ainsi, certains établissements qui consentent des prêts aux étudiants ont récemment vu leur notation considérablement réduite par les agences spécialisées.

Les crédits automobiles diffèrent également des crédits immobiliers en ce sens que les établissements du crédit avaient accordé à tout va des prêts immobiliers entre 2004 et 2006, notamment à des clients qui spéculaient sur l’appréciation ininterrompue du marché immobilier. Effectivement, une majorité de ces emprunteurs ne souhaitaient en aucun cas avoir à rembourser ces prêts et tablaient sur une revente avec bénéfices du bien acheté. À l’inverse, le prêt automobile est consenti à un emprunteur qui n’est pas un spéculateur car il est parfaitement conscient que le prix de son véhicule va aller en se dépréciant. Voilà pourquoi les défauts de paiement toujours croissants des débiteurs automobiles sont nettement plus inquiétants pour la situation du pays car ce débiteur n’est justement pas un spéculateur, mais une personne qui n’est tout simplement plus capable de rembourser sa dette.

Ce phénomène est donc très inquiétant et démontre la mauvaise santé de l’économie américaine. Pire encore : il existe aux Etats-Unis un véritable marché financier du crédit automobile converti en titres, exactement sur le modèle des subprimes immobiliers, et vendu à différentes institutions financières. Ces titres sont également vendus à tous types d’investisseurs à travers le monde et ont, de par le passé, offert des rendements intéressants. On estime pour 2006 qu’un montant de 89 milliards de dollars de prêts automobiles titrés ou convertis en titre ont été revendus à des investisseurs, faisant de ce marché de la titrisation de crédits automobile le marché le plus important après celui de la titrisation des prêts immobiliers. On n’ose pas imaginer les conséquences d’un effondrement de la valeur de ces titres, après celui de l’immobilier qui lui était équivalent... De surcroît, cette crise du crédit auto pourrait bien avoir un impact négatif sur une industrie automobile aux Etats-Unis déjà en souffrance.

Lors de la précédente récession en 2001, les ventes automobiles avaient bien tenu le cap car les emprunteurs avaient bénéficié de taux attractifs. Or, dans la crise actuelle, si les établissements du crédit deviennent plus exigeants eu égard au nombre toujours croissant de défauts de remboursement, l’industrie automobile pourrait fort bien accuser brutalement le coup. Sans négliger que les taux pratiqués sur les prêts autos ont grimpé de 6,5 % fin 2004 à 8 % aujourd’hui. De fait, les ventes de voitures sont déjà en baisse de 2,5 % cette année et l’industrie automobile se prépare à une mauvaise année 2008.


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