Décroissance, la solution ?

par Mikaël Cabon
mardi 8 août 2006

Le concept de PIB pose question. Est-il possible de remplacer cette mesure de la richesse des nations ? Si oui, par quoi ? La décroissance a t-elle un avenir ?


Dans une récente tribune libre dans le quotidien du soir Le Monde, l’astrophysicien Hubert Reeves revient sur un thème qui lui est cher : la décroissance. Ce concept fait florès depuis quelques années, à l’initiative notamment des écologistes qui pensent que la dictature de la croissance au niveau mondial ne peut être que source de gaspillage des ressources naturelles et de périls pour l’environnement. Entendons-nous bien, les partisans de la décroissance ne sont pas seulement des individus qui cherchent à nous ramener des millénaires en arrière au temps des cavernes et des coups de massue sur la tête. Le propos tenu mérite d’être écouté. Pour au moins une raison rationnelle, le reste étant plus affaire de dogme, d’idéal et de morale. La quantification du progrès telle que nous l’entendons aujourd’hui se résume à un seul indicateur à savoir le produit intérieur brut (PIB). Celui-ci mesure la richesse produite par une nation par ses agents économiques sur un laps de temps donné qui permet les comparaisons.

Le PIB à prendre avec mesure

La mesure du PIB a pour avantage d’égaliser l’ensemble des économies mondiales. Que l’on produise des boutons de manchette, des centrales nucléaires ou des services à la personne, toute activité économique se quantifie en une variable monétaire qu’il est possible d’additionner, d’agréger pour établir une somme : le PIB. Ainsi, on ne mélange pas des torchons avec des serviettes mais on cumule des dollars. A la fin de la période donnée, souvent l’année, on compare les résultats et on dit qui est le premier -les Etats-Unis- et on qualifie les derniers de pays très pauvres, ou si l’on est gentil, de pays les moins avancés.

La science économique raffole du PIB qui est un outil simple et compris de tous. Il souffre cependant de multiples défauts repris dans cet article de l’encyclopédie en ligne Wikipédia. Il oublie par exemple les autoconsommations des pays, car non échangées sur un marché, la totalité, par définition, de l’économie souterraine, et reflète avant tout la dynamique de croissance des revenus d’une société plutôt que ses richesses effectives. Sans compter que, malgré les tentatives de le juger sous forme de parité de pouvoir d’achat, il est quasiment tout le temps évoqué en dollars, ce qui trouble un peu le jeu en cas de montée ou de descente d’une monnaie par rapport au billet vert.

Quid du bien-être ?

Enfin, et c’est peut-être là le concept qui nous rapproche le plus du thème de la décroissance, le PIB ne parle en rien de bien-être. Dans une société mondialisée où la valeur du travail a cédé de nombreuses parts de marché à la valeur loisirs, c’est bien un comble dont il s’agit. Chacun aspire au bien-être mais il n’est point de définition satisfaisante pour tous tant sa réalité diffère selon les individus. Je suis heureux de regarder la Nouvelle Star sur M6 chaque année, je suis heureux de la victoire du Stade brestois en ligue 2 ce week-end, je me sens bien car mes enfants ont fait un beau dessin, je suis allé chez le dentiste et l’on m’a soigné gratuitement, ces différentes notions de bien-être se valent-elles ? Dans une société homogène, plus ou moins, la réponse peut aller à l’affirmative. Cependant les différences culturelles, bien qu’amoindries, perdurent, et toutes les communautés n’ont pas la même définition du bien-être. Cette différence s’appelle la culture, teintée de valeurs liées en partie à  la religion, et à ses produits dérivés, dont on aurait tort d’oublier le rôle.

L’IDH comme alternative

Pour pallier cette difficulté, ont été mis en place d’autres indicateurs tel l’indice de développement humain (IDH). Celui-ci ajoute au PIB deux autres indicateurs à savoir l’éducation et la santé, par le biais de statistiques qui peuvent parfois être soumises à caution, mais qui ont le mérite d’égaliser un peu les données. En effet, autant un pays peut se retrouver très riche avec uniquement quelques personnes très à l’aise financièrement tandis que les autres vivent dans la misère. Autant avec l’IDH, le bon niveau d’un pays suppose une démocratisation non seulement des revenus, bien qu’il ne soit pas tenu compte ici de la qualité de leur répartition au sein de la population étudiée, mais aussi de l’accès à l’éducation (alphabétisation notamment) et à la santé.

Il reste que l’IDH est un indicateur peu médiatisé. Il n’est qu’à se remémorer le dépassement de notre pays par la Grande-Bretagne il a quelques années en terme de PIB. Jugée traumatisante face à un pays jugé comme notre éternel rival, la nouvelle fut quasiment passée sous silence si bien que peu de français savent que les Britanniques sont jugés plus riches que nous, collectivement, et qu’ils le sont également du point de vue de l’IDH ou encore que le Brésil se trouve à une encablure de notre niveau de richesses, et que nous ne voyions même plus les derniers feux de la locomotive chinoise. Sur ce dernier point, ce n’est que justice d’ailleurs. Peuple besogneux, doté d’une main d’œuvre abondante, les Chinois ne font que reprendre leur place naturelle dans le concert des nations, à savoir la première. Comment pouvons-nous d’ailleurs dénigrer aux asiatique le droit de travailler de manière acharnée et de doter leurs enfants d’un meilleur avenir ? Si ce n’est sur les conditions de cette concurrence, pas toujours très loyale comme chacun le sait et comme les nombreuses copies de nos produits le montrent.

Le concept de décroissance, vanté par les courants alternatifs, vise donc à remettre la qualité au centre des débats plus que la quantité. Il semble néanmoins que ce combat éprouve des difficultés, au-delà du fait de parler de plusieurs voix.


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