Destockage alimentaire : les pouvoirs publics aux abonnÚs absents ?

par Jean Claude BENARD
jeudi 9 avril 2009

Pour cause de promesse électorale non tenue par le candidat Sarkozy, le pouvoir d’achat se porte mal.

Les mesures de relance prises par le gouvernement excluant une relance par la consommation, si beaucoup de français ont réduit la voilure de leurs dépenses, ils ne peuvent malheureusement réduire la part alimentaire.

Si le hard discount a su faire son chemin dans le paysage commercial de tous les pays industrialisés avec certains produits alimentaires controversés, quel n’est pas l’élu fier d’avoir son LIDL, Leader Price, Ed ou ALDI afin de montrer qu’il lutte activement contre la vie chère.

Les salaires n’augmentant plus et surtout , le chômage et la précarité étant en forte hausse, les prix des produits alimentaires de ces hard discounter peuvent même être trop chers pour ceux qui touchent des minima sociaux, des jeunes sans emploi ou des retraités à faible pension.

Le capitalisme dans sa grande bonté intervient dans ce cas en inventant un nouveau type de hard discount : les magasins de vente de produits à DLC courte ou DLUO dépassée.

Définition des DLC et DLUO :

Date limite de consommation (DLC)
Elle s’applique aux denrées très périssables qui peuvent vite devenir un danger pour la santé humaine. Cette mise en garde s’exprime sous la forme « A consommer jusqu’au… » sur les pots de yaourts, la charchuterie fraîche, les plats cuisinés frais, etc. « Respectez toujours cette date et évitez de consommer un produit périmé », prévient la Répression des fraudes. A noter que ces produits doivent être retirés de la vente dès lors que la date limite est atteinte.

Date limite d’utilisation optimale (DLUO)
Une fois la date passée, exprimée par la formule « A consommer de préférence avant le… », les denrées alimentaires portant cette mention ne présentent pas de danger pour l’homme. Elles peuvent cependant perdre en saveur.

Une enquête de la DGCCRF mettait en lumière un secteur d’activités opaque. ... / .. Selon un des professionnels cité par « Le Parisien », « les groupes font pression sur les déstockeurs en le leur interdisant, car ils ne veulent pas que leurs concurrents sachent que leurs propres produits se vendent mal. » Les inspecteurs de la répression des fraudes se sont inétressé notamment « aux opérations d’étiquetage et de réétiquetage de date limite de péremption, notamment sur des produits d’importation ». L’organisme rappelle que les magasins ont le droit de vendre des produits ayant dépassé la DLUO, mais pas la date limite de consommation.

L’un des leaders du métier s’appelle NOZ et affiche déja 160 magasins en France. Son enthousiasme va jusqu’à avoir placé un compteur d’ouverture sur son site (Nous ne sommes donc plus devant un phénomène marginal)

Présentation : Notre métier : acheter les surstocks et invendus des industriels, des fabricants et des fournisseurs de la distribution, français et internationaux, et les écouler en toute sécurité et en toute fiabilité, à travers notre réseau de magasins.

Ces lots proviennent de :

fins de séries
fins de promotions
changements de packaging
commandes annulées
fins de séries de catalogues de vente par correspondance
fins de collections de lignes de vêtements

emballages abîmés lors d’un sinistre ou d’un transport
surproduction de fabricants
ventes aux enchères

Le concept des solderies n’est pas nouveau. Néanmoins, le recyclage permanent des produits alimentaires met en relief la capacité (pour ne pas dire rapacité) des producteurs qui sont prêts à tout pour gagner jusqu’au dernier centime.

Une sénatrice, Catherine Dumas, avait d’ailleurs interpellé Christine Lagarde le 26/03/2009 sur : le développement d’un nouveau mode de commerce à travers des magasins dits de déstockage alimentaire

Installés principalement dans les quartiers les moins prospères de nos villes, dans des locaux sans apparat et avec une décoration réduite à sa plus simple expression, ils se sont faits une spécialité de présenter à leurs clients, des produits à peine sortis de leurs cartons d’emballage et dont la date de consommation est proche d’expirer ou celle d’utilisation optimale fréquemment dépassée.

Ces nouveaux centres d’approvisionnements « d’occasion » se multiplient notamment aux abords de Paris. Alors que le hard discount propose déjà « à meilleur marché » des produits identiques du 1er janvier au 31 décembre, les rayons des spécialistes du déstockage alimentaire dépendent, eux, des « opportunités ».
 
En effet, ils ne vendent que des produits en fin de vie commerciale, voire presque périmés, qu’ils rachètent aux industriels de l’agroalimentaire ou au réseau classique de distribution, moyennant des prix cassés. De fait, l’arrivée de ces nouveaux commerçants, aux frontières de notre cadre légal, contribue certes à aider beaucoup de nos concitoyens à gagner en pouvoir d’achat mais, parallèlement, dévalorise sensiblement les mentions de « date limite de consommation » (DLC) ou de « date limite d’utilisation optimale » (DLUO) que le législateur avait initialement prévues pour une meilleure information du consommateur.
 
Quelle valeur pourra-t-on durablement accorder à ces indications d’aide à la bonne consommation, si la mention qui est obligatoire sur tous les produits alimentaires, peut être commercialement atteinte (pour ce qui concerne la DLC) voire dépassée lorsqu’il s’agit de la DLUO ? Sans oublier que les médias font également état de pratiques de réétiquetage sauvage ayant pour but de prolonger la durée de vie d’un produit pourtant périmé ou en passe de l’être.

La réponse de la ministre ? : En attente de réponse du Ministère de l’économie, de l’industrie et de l’emploi En attente d’une réponse ministérielle

Pas le temps de répondre ou tout simplement "qui ne dit mot consent " ? En tout état de cause, la presse qui s’était ruée sur le sujet, y compris par des reportages télévisuels complaisants l’a depuis zappé. Et c’est bien dommage parce que l’opacité et surtout le phénomène prennent de l’ampleur surtout dans les tractations entre opérateurs.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Sans beaucoup chercher, on peut sur le Net, trouver des annonces professionnelles comme celles ci-dessous

" !!!Urgent !!! Nous recherchons pour notre magasin entrepôt de déstockage alimentaire des produits à DLC courte ou DLUO dépassée, des fins de stock, fin de série, emballages abîmés...Des produits d’épicerie, boissons, droguerie hygiène. Nous préférons les palettes mixées"

"Bonjour, je recherche des fournisseurs pour ouverture très prochaine d’un magasin dans le genre entrepôt alimentaire et prix discount. Petits prix et DLC limite bienvenus"

On peut trouver encore plus d’annonces de ce type sur Destock Pro

Fonctionnement de ce site :

Destockpro.com est entiérement gratuit !

Inscrivez vous dans la ou les catégories où vous souhaitez recevoir les demandes de clients pour des tarifs ou des fournisseurs, concernant vos fins de stock ou tous vos lots en destockage. Parfums, MP3, DVD, portable, GSM, vêtements, jeux, console, hifi-vidéo, vin, informatique...

Tout est parfaitement anonyme et sécurisé par Destockpro.

Ce qui revient à dire que tout ce passe toujours dans la plus grande opacité comme l’expliquait l’enquête du Parisien.

Mais on peut trouver encore mieux en termes de santé, puisqu’on trouve des annonces qui font froid dans le dos

"je destocke un lot de complément alimentaire de marque Protech, protéine, bcaa, draineur, brûleur de graisse, carnitine etc...Dlc de 2009 a 2011. Possibilité de détailler les lots, me contacter uniquement par téléphone" http://www.itraque.fr/a-81321-destockage-complement-alimentaire ou bien : "Cherchons des lots de couscous carret munos et semoule le renard avec DLUO dépassé. Faites offres. Sincères salutations"http://www.itraque.fr/a-412562-couscous-carret-munos-et-semoule-le-renard-a-dluo-depasse sur la place de marché Itraque

Ou bien un blog d’ "agent commercial en lot alimentaire tout genre" qui semble parfaitement surfer sur les DLC dépassées mais dont les mentions légales ou indications d’adresses sont absentes.

Dans le même temps, le Ministère de l’agriculture et de la pêche qui est soi-disant le garant de la qualité et le promoteur des produits de terroirs et appellation garanties, nous donne des indications sur la conservation des DLC et DLUO

Pour les denrées périssables, on parle de date limite de consommation (DLC ). Cette limite est impérative. Elle s’applique à des denrées sensibles, souvent riches en eau, qui sont susceptibles après une courte période de présenter un danger pour la santé humaine. Cette DLC est indiquée sur le conditionnement par la formule « A consommer jusqu’au... », suivie de la date limite déterminée par la loi ou par le producteur. Les produits comme les yaourts, la viande fraîche, le poisson, les plats cuisinés non stérilisés... présentent généralement une DLC. Ils doivent impérativement être retirés de la vente une fois la date dépassée.

A l’inverse, certains produits présentent une date limite d’utilisation optimale (DLUO). Une fois la date passée, la denrée ne présente pas de danger pour la santé mais peut en revanche avoir perdu tout ou partie de ses qualités : goût, texture... Sur le conditionnement, la DLUO est indiquée par la formule « A consommer de préférence avant... », suivie d’une indication temporelle d’autant plus précise que la DLUO est courte. La plupart des boîtes de conserve et des produits alimentaires à faible teneur en eau présentent une DLUO.

Il est d’ailleurs étonnant de constater que le spot réalisé par Consomag, en partenariat avec le ministère de l’Agriculture et de la Pêche « l’étiquetage : DLC, DLUO et allergènes » n’est plus disponible à partir du site du Ministère. Nous l’avons trouvé avec un peu de recherches sur le site Conso.net
 
Dans cette vidéo, on comprend parfaitement les avatars de la consommation de produits alimentaires en fin de vie. Mais toujours pas les allures de trafics que prennent les tractations entre intermédiaires pour arriver dans les magasins de déstockage alimentaire ...

Débarrassée du G20 et du problème des paradis fiscaux, il ne fait nul doute que Madame Lagarde va se fendre d’une réponse publique à la Sénatrice Catherine Dumas et peut-être même aux français.

Celle qui nous expliquait, au moment de la crise pétrolière qu’il suffisait de mettre un deuxième pull et de baisser son chauffage pour faire des économies aura certainement à coeur de nous expliquer les tenants et aboutissants de cette nouvelle victoire du pouvoir d’achat

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