Du pétrole à 18 carats ?

par Petit-Matin Brumeux
lundi 7 avril 2008

Du pétrole à 18 carats

Le pétrole est rare, le pétrole est cher. C’est par cet axiome poncif que le gouvernement, les sociétés de raffinerie, les distributeurs justifient l’augmentation salée du prix de l’essence et du diesel à la pompe. En province, à Angers par exemple, le prix du litre de diesel oscille entre 1,210 euro et 1,340 euro, soit plus de 8 francs le litre. Le prix de l’essence entre 1,344 et 1,441 euro, presque 10 francs...

Et l’euro, dont le taux ne cesse de s’élever par rapport au dollar ? Aujourd’hui, le dollar qui sert de monnaie référence pour le prix du baril a perdu de sa superbe en ne cessant de baisser par rapport à l’euro... Si le dollar est moins cher, qu’en est-il du prix du baril ? Aujourd’hui, le baril de brut a atteint très médiatiquement le seuil psychologique des 100 dollars. Les grandes entreprises achètent le baril en dollar, non eu euros. Or, si l’euro s’échange à peu près contre 1,5 dollar aujourd’hui, il y a six ans, l’écart était beaucoup moins élevé, voire inversé : le dollar valait 1,25 euro. Et le baril, à l’époque valait près de 40 dollars de moins avec un rapport dollar/euro à un taux beaucoup moins intéressant.

Un petit récapitulatif est ici nécessaire (les chiffres sont arrondis à l’inférieur) :

- en 2002 : 1 dollar vaut 1,25 euro ; le baril (à 60 dollars en 2002) valait donc 75 euros.

- en 2008 : 1 dollar vaut 0,63 euro, le baril (à 100 dollars aujourd’hui) vaut donc 63 euros.

L’écart entre les deux devises est tellement important que le prix du baril a baissé lorsque l’on effectue le change entre 2002 et 2008, même s’il faut prendre ces chiffres avec prudence et vraisemblablement les nuancer. Ne serait-ce parce que tous les barils ne sont pas achetés en dollars. Certains pays, comme la Norvège, sont demandeurs de devises européennes. Et la Norvège n’est pas la seule.

Les Français lambda ne sont pas des experts, certes, mais comment expliquer ces chiffres ?

D’abord, l’Etat a bien sûr tout intérêt à voir un prix à la pompe élevé. Ce n’est un secret pour personne. Car dans le prix sont compris les deux impôts indirects dits indolore puisque, dans une certaine mesure, le consommateur n’en a pas conscience, la TVA et la TIPP. De sorte, l’Etat retire une manne importante. On peut ici parler de véritables collusions d’intérêts entre les grandes entreprises. Les deux ont intérêt à une augmentation des prix au détriment du consommateur.

Ensuite, les grandes entreprises, type Total pour ne pas la citer, utilisent la très forte médiatisation du prix du baril pour se constituer ce que l’on appelle en économie une rente de situation. Le consommateur assiste à la télévision, la radio, la presse, aux retentissantes augmentations du prix du pétrole et supporte, de ce fait, un peu mieux l’augmentation du prix de l’essence à la pompe. Total et les autres profitent largement du système en augmentant presque simultanément le prix à la pompe en « mariant » le prix à la pompe sur celui du baril. Il faut ainsi savoir que les bénéfices nets de Total sont passés de 3 milliards de bénéfices aux débuts des années 2000, 6,260 en 2002, à 12,585 milliards en 2008 soit une augmentation de près de 400 % sur dix ans ! La technique est parfaitement rodée...

Pire, Total n’achète pas le baril à 100 dollars. Le prix du baril à 100 dollars, c’est sur le marché libre. Total achète les barils selon des contrats préétablis avec les pays exportateurs de pétrole et les entreprises chargées de le pomper. Les chiffres usuellement avancés parlent de 80 % de pétrole acheté à travers ce type de contrat et seulement 20 % sur le marché libre, en fonction de la demande. Le marché libre, c’est seulement pour le surplus. Autrement dit, Total acquiert la matière première à des prix beaucoup plus avantageux, sans que l’on puisse savoir exactement à quels prix. On peut juste imaginer que celui-ci est inférieur au prix du marché libre. Et seulement 20 % à 100 dollars, soit beaucoup moins en euro, comme on l’a vu plus haut.

Bref, tout ceci manque de transparence. La responsabilité incombe à l’Etat, aux entreprises de raffinerie et, en dernier lieu, aux journalistes institutionnels. Parce que le journaliste de télévision, tout autant que le journaliste de presse, n’a aucun intérêt à divulguer ce genre d’informations, puisque son employeur est actionnaire réciproque des entreprises de raffinerie. Le journaliste se contente donc de donner le prix du baril sur le marché libre. Les autres informations liées au coût de l’essence à la pompe ne peuvent être divulguées, au risque de se tirer une balle dans le pied...


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