Durée du travail. Où en sommes-nous réellement ?

par Fabien Buzzanca
mercredi 20 mars 2013

La durée du travail est très inégale selon les différentes régions et nations du monde. De plus cette dernière a subit de très fortes modifications depuis les années 50 et on a constaté, globalement, un recul du nombre d’heures annuelles consacrées au travail. Dans les pays développés cette baisse est encore plus marquée. Les diminutions successives des durées hebdomadaires, une économie qui s’est salarisée, l’augmentation du nombre de jours de congés accordés aux salariés et le temps partiels sont quatre facteurs déterminants de la baisse de la durée du travail.

Si certains pays ont vu leur moyenne annuelle chuter brutalement entre 1950 et 2007 d’autres ont été stables. Ainsi, durant cette période l’Allemagne a vu sa durée moyenne annuelle de travail exprimée en heure évoluer à la baisse d’une manière significative (-40% de 2 370h à 1432h) alors que les Etats-Unis ont fait preuve d’une relative stabilité (-11% de 2010h à 1785h). Des pays comme les Pays-Bas, la France et l’Italie ont imité l’exemple germanique alors que l’Espagne et le Japon sont plus dans l’optique américaine de ce point de vu.

La baisse a bien évidemment été moins marquée dans les pays en développement et depuis la crise on assiste même à une ré-augmentation de la durée moyenne du travail. Les statistiques fiables sont très difficiles à trouver pour certains pays émergeants comme la Chine mais une récente enquête de la société de service de bureau REGUS fait apparaître que les travailleurs chinois auraient augmentés la cadence depuis 2008. Alors que la durée légale du travail au sein de l’Empire du Milieu est de 40h par semaine, la réalité est tout autre et il semble que les entreprises définissent elles-mêmes leurs durées propres. L’enquête de REGUS fait ressortir qu’un tiers des employés chinois travaillent jusqu’à 11 heures par jour. La société Foxconn, désormais rendue célèbre par son contrat de sous-traitance avec Apple a parfois augmenté la cadence de travail de ses employés jusqu’à 76h par semaine ce qui a poussé la firme à la pomme à prendre des mesures pour calmer le courroux de plusieurs organisations de défense des travailleurs à travers le monde. Nombre de pays émergeants comme l’Inde, le Brésil ou plus majoritairement la plupart des pays d’Asie et d’Amérique Latine souffrent de ces problèmes inhérents au retard de développement par rapport à l’occident. En Corée du Sud, au Chili et au Mexique, les 2 000 heures de moyennes sont par exemple dépassées.

Intéressons nous à la situation européenne et plus particulièrement celle des pays de l’UE. A la surprise générale, on s’aperçoit que les pays qui travaillent le moins en Europe (entre 39 et 40h hebdomadaires en moyenne) comptent dans leur rang la Roumanie, la Lituanie et la Hongrie ! Ces derniers sont accompagnés de l’Italie, de l’Irlande et de la Finlande. Au contraire les pays où l’on travaille le plus (+ de 42h hebdomadaires en moyenne) sont la Belgique, l’Autriche, la République Tchèque et … la Grèce ! Le pays Hellène très souvent montré du doigt pour sa supposée responsabilité concernant sa propre situation (ce qui est en partie vrai) fait partie des pays les plus travailleurs au sein de L’UE. En Allemagne, au Danemark, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et au Portugal on travaille en moyenne entre 41 et 42h par semaine. Le reste des pays composant l’UE (dont la France) se trouve dans une moyenne située entre 40 et 41h de travail par semaine.

En premier lieu, les idées reçues peuvent parfois tomber très vite et les durées légales de travail ne reflètent pas la réalité en termes de durée de travail des employés européens. On constate par exemple que la France, dont la durée légale de travail de 35h (loi Aubry de 1998 mise en place à partir de 2000) est loin des 40.5 heures hebdomadaires de la réalité.

La loi des 35h a en effet été à plusieurs reprises montrée du doigt du fait de son supposé impact néfaste sur la compétitivité des entreprises françaises. La comparaison avec l’Allemagne que certains mettent en avant comme un modèle de compétitivité fait en réalité apparaître que la réelle différence n’est que d’une heure hebdomadaire à l’avantage des allemands et que l’on travaille plus en Grèce qu’en Allemagne. La durée légale du temps de travail allemande est certes supérieure à celle de la France (40h contre 35h) mais la très grande progression du temps partiel ainsi que le grand nombre de secteurs soumis à des conventions collectives qui réduisent le temps de travail parfois jusqu’à 35h (comme en France) font apparaître une réalité qui diffère de certains commentaires. En 2012, les Allemands ont travaillé en moyenne 52 h de plus que les français ce qui n’est pas neutre mais est loin d’un écart foudroyant. Si les entreprises allemandes sont plus compétitives que les entreprises françaises en général, ce qui est un fait, il faut surement chercher ailleurs et éviter de se focaliser seulement sur la durée du travail.

 


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