Et si le pire était vraiment derrière nous à moyen terme ?

par Samuel Rondot
lundi 22 juin 2009

Seulement 4% parmi 600 professionnels du marché des changes anticipent une reprise en V. Pratiquement l’intégralité des pros s’attend à une crise longue sans reprise. Le seul souci, c’est que les consensus n’ont pratiquement jamais raison dans les faits !

Dans le camp des économistes il y a les pro inflation et les pro déflation. Ils n’ont qu’une seule chose en commun, la crise n’est pas terminée, loin de là, pour certains elle ne fait même que commencer.

Pour les techniciens, nul doute, le marché n’a pas fini sa baisse. Nous testerons encore les plus bas déjà réalisés il y a quelques semaines.

Personnellement, je peux me payer le luxe de n’avoir aucun avis sur la question. Mes systèmes de gestion sur les marchés travaillent pour moi, tout se passe en automatique, je n’y mets jamais mon grain de sel. Et je gagne !

Alors quand je ne suis pas en train de chercher de nouvelles idées de systèmes de trading ou de courir après les urgences techniques, je peux me payer le luxe de sortir de la mêlée et observer ce qui se passe.

Même si mon opinion n’aura aucun impact sur ma performance, par challenge intellectuel j’aime avoir ma propre idée sur le devenir économique.
Si mon timing est loin d’être parfait (encore une fois je peux avoir ce luxe puisque mon trading ne s’en inspire pas), depuis quelques années, je peux me targuer d’avoir senti « quelques grands changements économiques » bien avant la foule.

Pourtant aujourd’hui je dois dire que je n’avais aucune idée précise.

J’entends tous les arguments des pro inflation ou déflation et ni les uns ni les autres me convainquent. Il y a des failles trop grosses dans le raisonnement de chaque camp et dire aujourd’hui qu’on peut deviner la réalisation d’un scénario plutôt que d’un autre tient plus du coup de chance que de la conviction éclairée.

Reste la pure évolution technique des marchés sans essayer de lier cela avec des réalités économiques et là, la dernière étude de Barclays Capital ne me rassure pas.

Voyez plutôt, sur 600 investisseurs professionnels sur le marché des changes (directement impacté par l’évolution économique) :


37.5% voient une reprise en W
31.5% en forme de U, c’est à dire avec une croissance qui reste faible pendant un temps avant de se reprendre.
Le scénario en L, le plus pessimiste recueille 23.5%
Et c’est là que cela se complique, seulement 4.5% choisissent un scénario en V avec une reprise vigoureuse.

Pire encore sur la reprise en cours actuelle, sans rentrer dans le détail, seulement 17.5% pensent qu’elle a encore du potentiel.

Je suis un acteur et un spectateur privilégie sur les marchés financiers depuis seulement 15 ans. La dernière fois que j’ai vu un consensus avoir raison c’était en … ?

Et bien en fait, je ne l’ai jamais vu.

A chaque fois le plus petit nombre a deviné avec précision ce qui allait se passer.

Oublions quelques instants, ce sondage. Sur tous les articles que j’ai lu depuis quelques mois, une fois qu’on a trié les habituels cassandres et ceux qui savent tout, il ne reste pas grand chose.

Pourtant un article du Times a récemment retenu mon attention. En gros l’auteur (Henry C K Liu) expliquait que l’inflation était un phénomène économique obligatoire. Pour que cette inflation ne soit pas un danger économique, il fallait la reporter intelligemment vers un actif (lire entre les lignes, à coup de manipulation grossière des banquiers centraux). Dans les 20 dernières années cela a donné d’abord la montée spectaculaire des bourses mondiales puis celle des actifs immobiliers.

Il conclut sa pensée en émettant l’hypothèse que cette fois ci nous pourrions encore une fois assister à une inflation (qui serait gigantesque vu les sommes injecté par les états) sur les actifs boursiers. Cette manière de procéder serait la moins pénible pour le public et la plus facile à organiser. Pourtant il reconnaît que cela conduirait à augmenter une fois encore le trou entre les plus riches et les plus pauvres (ce qui ne donne que plus de poids à sa vision).

Cette hypothèse a retenu mon attention pour une seule raison : comment se fait t’il que absolument personne, même les pires révolutionnaires de gauche et encore moins ceux de droite qui disent vouloir faire face à tous les problèmes, ne se demandent pas quel sera l’impact économique du départ en retraite de la génération des baby boomers et comment l’anticiper. Avant même que nous soyons sortis de cette crise une plus grosse encore va nous tomber dessus.

Les quelques essayistes économistes qui s’y sont frotté font froid dans le dos.

Mes neurones libres de toute nécessité de détenir la vérité économique pour réussir en trading choisissent souvent le scénario le plus improbable. D’abord parce qu’un grand contrarien sommeil en moi et puis surtout parce que si la masse avait raison, la plupart des comptes de trading s’afficherait en vert depuis bien longtemps. Or, je suis le directeur de www.bestcfd.com et j’accède en conséquence à la réalité de mes clients ou des clients de mes confrères, à savoir que la majorité des intervenants perd ! Peu importe l’horizon de temps étudié. Les clients perdaient dans les années 90 et ils continuent à perdre dans les années 2000.

Je sais que dire ceci est contraire aux règles commerciales des courtiers, mais c’est la vérité. Dans les années 2010, je suis certain que la majorité des clients continueront à perdre sur les marchés.

Dans cette logique, je me dis que si 4.5% des pros croient à une reprise rapide, nous avons donc probablement touché le plus bas et le marché risque de poursuivre sa hausse à un rythme qui surprendra même les plus optimistes.

L’inflation qui résulte de ces milliards déversés par les banques centrales dans l’économie va être « manœuvré » habillement vers les actifs boursiers ce qui nous promet des records dont on n’ose même pas rêver.

Pour 2009 ? 2010 ? 2011 ?

La crise, la vraie, ce n’est pas celle que nous sommes en train de vivre, d’origine financière et immobilière, mais celle bien plus forte qui sera déclenchée par tous ces baby boomers qui partiront en retraite. Et quand elle arrivera, les états auront les poches vides : nous tomberons de bien plus haut.

Vous avez du mal à y croire à ce retour des marchés haussiers pendant quelques semestres ou quelques années avant que la foudre s’abatte à nouveau avec bien plus de force ?

Seuls 4,5% des intervenants le jouent…

Samuel Rondot


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