Eurobonds : une solution urgente et évidente... pleine de pièges

par REMY Ronald
jeudi 18 août 2011

Le terme "Eurobonds" revient dans toutes les conversations sur l'actuelle "crise des obligations", appelée aussi "crise de la dette" (des Etats). Une conséquence objectivement directe de la "crise des subprimes" et du renflouement des banques par les contribuables sans aucune véritable contrepartie régulatoire (les banques délaissent autant l'économie réelle et financent autant la spéculation qu'hier, créant en toute impunité, autant de menaces de bulles spéculatives et d'effondrement qu'hier).

Mais l'imprécision voire le vide de nombre de commentaires sur ces éventuels "Eurobonds" fait peur. Parfois rien de plus qu'un bla-bla cosmétique sans consistance, faisant penser à un caquetage de poules en panique gesticulant dans tous les sens. Rien là dedans qui ne puisse rassurer les marchés et... les électeurs.

Et si on mettait un peu d'ordre dans l'observation des projets "d'Eurobonds" ? Car il y a plusieurs manières de les concevoir. Y compris catastrophique.

La création d'Eurobonds proposée par François Hollande et par d'autres personnalités politiques ou économiques attire l'attention des journalistes. Une bonne chose. Mais divers propos sont trop vagues. Et sans certaines précisions, cela veut même rien dire ou bien faire craindre une catastrophe financière future !

1°) Quel type d'Eurobonds ?
==> Avec 0,5% d'intérêt ou moins, comme aux USA ? Ou avec un taux médian européen masochiste à 7% ? Ce qui n'intéressera pas la France et encore moins l'Allemagne (puisque se finançant avec un taux 3 fois moins cher que ce taux médian). Un taux de 5 à 7% moutonièrement diffusé par des journalistes et politiciens peu compétents (mais "judicieusement" conseillés par certaines notabilités bancaires ?).

2°) Des Eurobonds pourquoi faire ?
==> Pour alimenter sans cesse et en toute impunité des déficits du budgets et des déficits commerciaux. Une masse monétaire complémentaire, inflationniste ou non, se retrouvant stockés au fur et à mesure... en Chine ?! Les USA le font déjà depuis longtemps et l'on en aperçoit les terribles conséquences maintenant. Va de retro satanas !

Oui, nous répétons que le terme d'Eurobonds ne veut rien dire dans le contexte actuel et peut même s'avérer une arme à double tranchant, voire une solution toxique (que les allemands ont d'ailleurs parfaitement et légitimement entrevue).
C'est comme être pour l'Europe ou l'Euro : Quel type d'Europe, d'Euro et pour quoi faire ? Une Europe technocratique et capitaliste aveugle et sans âme au seul service de la rente et de la spéculation internationale ? Ou une Europe des nations, des peuples, démocratique, sociale, dynamique avec un véritable idéal et espoir pour notre jeunesse ?

Il faut donc analyser les panoplies proposées de "fabrication monétaire" puis "d'usage concret" avant de se déterminer sur le projet d'Eurbonds.

Faut-il envisager une institution nouvelle, avec un mode d'emploi précis : OUI, une institution nouvelle et indépendante, sous étroit contrôle parlementaire internationale. Même si elle peut-être adossée à des institutions existantes, y compris dans les mêmes locaux par soucis d'économie. Car sa fonction stratégique ne peut en aucun cas se trouver dans les mêmes mains technocratiques et dépensières actuelles.

Quel type d'Eurobonds ?
==> Un "Eurobond dit d'investissement" qui devrait avoir un taux d'intérêt faible comme aux USA, c'est-à-dire de moins de 1%.

Quel objectif principal pour l'Eurobond ?
==> Remplacer les étouffantes dettes actuelles des Etats par des dettes à taux moindre, inférieur à 1%. Pourquoi ? Parce que le seul poids des actuels intérêts de la dette représente souvent le premier poste budgétaire, et parfois la moitié du budget d'un pays mal géré. Rappelons que des Etats comme la Grèce se retrouvent dans l'impossibilité d'emprunter à moins de 12 à 15%, entraînant un inévitable processus de surendettement que des millions de foyers connaissent bien avec le sentiment de ne jamais pouvoir s'en sortir.

==> Redonner de l'oxygène budgétaire, de l'espoir, pour ne pas uniquement subir de la rigueur. C'est-à-dire, comme le dit son qualificatif "d'investissement", Les Eurobonds doivent réglementairement et systématiquement adosser la "bonne gestion budgétaire" à un plan de relance économique, technologique, environnemental, éducatif et social. Un plan de soutien à l'économie et à l'emploi, dans les cadres définis en commun par les membre d'une véritable Banque Européenne au service de la croissance qualitative durable (rien à voir avec les simples plans actuels de rigueur pour rembourser et engraisser la haute finance spéculative*).

*NB/ Une haute finance qu'il faudra également réguler et taxer pour qu'elle se mette majoritairement au service de l'économie réelle et ne demeure pas stérilement et toxiquement au service de la spéculation (comme c'est le cas à 90% aujourd'hui). Ce sera une bonne source de revenus pour stabiliser le système financier et... relancer l'éducation, la recherche et l'économie en Europe.

Universalité du principe des "Eurobonds". On ne peut enlever le poids des intérêts uniquement aux seuls pays en difficulté. (Ce serait -notamment- une prime à la mauvaise gestion : donc légitimement peu compréhensible par les électeurs). Il faut donc un allègement des intérêts pour la totalité des Etats, sans exception, y compris l'Allemagne.

Cependant, ce libre accès aux "Eurobonds" doit être "conditionnel", c'est-à-dire disponible pour chaque pays ayant signé et respecté une "règle d'or de gestion" (à débattre et ratifier démocratiquement par le Parlement).

Avouons-le franchement et sans détour, le contrôle de cette "bonne gouvernance confédérale" (autonome, propre à chaque pays) implique un contrôle collectif, donc de facto, implique un embryon d'Etat Fédéral européen sous tutelle du Parlement Européen et des parlements Nationaux.

L'urgence financière ne doit surtout pas s'embourber dans une quête d'unanimité à 27 pays. "L'Europe à géométrie variable" est jugé "politiquement peu correct", mais au delà de l'hypocrisie de langage pour polémistes de salon (ne subissant pas les pertes d'emplois, les saisies et les expulsions), c'est déjà d'actualité : Dix pays européens sur les 27 signataires de l'Union... ne font pas partie de l'Euro (dont la Grande Bretagne).

Mais cette expérimentation librement acceptée par les Etats via procédure Parlementaire, ne doit pas être un prétexte à perte de démocratie au profit d'un pouvoir technocratique rampant. Suite aux acceptations expérimentales des Etats emprunteurs et des résultats économiques concrets observés, la modernisation, sécurisation et démocratisation progressive de la finance européenne représentera une évolution institutionnelle notable. Elles feront donc l'objet à terme d'un référendum récapitulatif sur ce thème précis.

En conclusion, parlons direct et clair : 

Pour certains pays, il faut laisser place à l'imagination créative, à l'action et vite faire disparaître le poids des intérêts, ou bien... c'est leur mort économique à terme, avec toutes les crises sociales et politiques en cascade. Des conséquences financières bien plus coûteuses en définitive que les intérêts bancaires de la dette elle-même. Imaginez les révoltes urbaines, les saccages, les grèves et blocages successifs, faites l'addition et constatez. Les autres pays seront, bien entendu, indirectement et fatalement touchés.

Ce risque systémique est aussi évident pour nous que lors de la crise des "subprimes" : Nous avions dit, écrit, répété (en vain) que le coût de l'aide aux salariés solvables surendettées par l'escroquerie bancaire (d'une scandaleuse augmentation des taux variables, c'est-à-dire 90% des cas aux USA) coûterait moins cher que la crise immobilière puis financière qui suivra. Personne n'a voulu nous écouter. Résultat, les millions de maisons saisies mises avidement sur le marché par des "Banksters" recherchant le maximum de profit immédiat ont fait chuter l'immobilier (et tous les actifs immobiliers sains avec, y compris... les actifs de toutes les banques). S'est ensuivi l'endettement et l'effondrement en dominos de nombre de banques (et pas automatiquement les plus "anti-sociales"). Le faramineux coût du renflouement des banques a coûté 10 fois plus cher que nos propositions de départ (minoration amiable et subventionnée des intérêts avec décalage sur quelques années et maintien dans les lieux). Rien à voir avec le coût économique et social monstrueux de 12 millions de familles saisies et ignoblement jetées à la rue. L'histoire retiendra la déshonorante image de ce massif aveuglement suicidaire due au profond égoïsme bancaire et étatique occidental. Voulez-vous continuer ainsi avec la "crise des obligations" (de la dette) ?

Si certains hommes politiques ne comprennent pas qu'il faut de suite débattre et légiférer sur l'expérimentation des "Eurobonds dit d'investissement", s'ils s'entêtent à nouveau dans leur aveuglement et dans leur "brouillonne inaction", les citoyens le leur feront comprendre démocratiquement en 2012 par les urnes (dans l'espoir que ce ne soit pas la rue qui le fasse d'ici-là par la violence).


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