Europe : l’enfermenent dans une politique de déclin et de ruine

par JMBerniolles
mardi 19 juin 2012

Certains hommes, dans le dépassement d'eux-mêmes, sont capables de dominer des chutes.

Nick Wallenda Niagara Falls june 2012
AP Photo,The Canadian Press, Frank Gunn


Mais l'actualité montre aussi qu'il y a des déclins et des chutes inéluctables.

 
Ce week-end, des élections se déroulaient dans deux pays de la zone euro dont la situation actuelle de récession économique, de montée du chômage et de la précarité, de baisse du pouvoir d’achat, est le résultat de 10 années de monnaie unique et de ses politiques associées impulsées par des institutions que l’on ne peut qualifier de démocratiques.
 
Si l’enjeu en France était totalement marginal, portant sur des mesures limitées (certes bonnes à prendre pour ceux qui en bénéficient) et un maintien dans le système européen néo libéral dont le PS français est un pilier, comme son homologue le Pasok en Grèce, l’issue du scrutin grec pouvait marquer l’émergence d’une remise en cause de politiques qui se résument aujourd’hui à faire financer par les dettes publiques les Banques et les marchés financiers. Pour que cela ait un sens en termes financiers et monétaires, il faudrait compenser cela par une croissance de la production.
Or, l’Europe est soit en récession, soit en croissance faible dans le meilleur des cas. Dans la mesure où l’unité des sommes engagées est la centaine de milliards d’euros (sans compter les 1000 milliards d’euros quasiment donnés aux Banques entre la fin 2011 et le printemps 2012), le recours à des politiques d’austérité drastiques est incontournable si l’on choisit de rester dans l’Euro et son contexte ultralibéral. La baisse du pouvoir d’achat qui en résulte aggrave encore la situation en asphyxiant un des moteurs de la croissance qu’est la consommation.
 
Si l’on ne modifie pas le système institutionnel actuel qui met en œuvre des règles d’essence néo libérale, la mise sur pied de fonds au niveau européen est réalisée au moyen de trois sources :
 - Un financement direct des Etats.
 - Un financement par les Etats qui empruntent sur les marchés et prêtent ensuite à des taux plus bas en général.
 - L’émission de Bonds garantis par les Etats ou par des institutions européennes qui peuvent être la BCE (mais ce n’est pas son rôle institutionnel actuel) ou bien un Fonds européen.
 
Les deux premiers mécanismes creusent évidemment les dettes publiques.
La troisième solution qui demande un accord européen unanime et à obtenir, ne soulève pas l’enthousiasme des marchés et accentue encore l’imbrication des actifs des Etats et Banques privées, ce qui engendre une plus grande fragilité vis-à-vis de la propagation et de l’extension des crises, notamment des défauts de paiement.
[Ceux-ci concerneront avant tout le paiement des intérêts, puisque les dettes sont à niveau tel que l’on sait déjà qu’elles ne seront jamais remboursées]
Tout cela va de paire avec un renforcement de l’intégration européenne et des pouvoirs accrus pour des institutions et organismes européens de moins en moins contrôlés.
La meilleure preuve que cette monnaie qui inonde les Banques et les marchés ne se retrouve jamais de manière positive et dynamique dans l’économie réelle est que certains pays européens veulent mettre en place et financer un fonds européen consacré exclusivement à la croissance. Mais ceci se heurte à sa contradiction fondamentale. C'est-à-dire que les pays initiateurs d’une telle demande entendent bien utiliser pour eux mêmes les fonds ainsi rassemblés. [à noter que le montant, un peu plus de 100 milliards d’euros serait à peine suffisant pour des investissements urgents en France seule, économie d’énergie, modernisation du réseau électrique, ferroutage et amélioration du réseau ferroviaire et de communication, notamment pour le désenclavement de régions comme le Val de Durance par exemple..]. D’autres pays rétorquent logiquement que cela réclame une plus grande intégration, particulièrement vers une politique économique commune, et que cette création monétaire doit être payée par une austérité accentuée.
A peine élu, étonnement avec le désistement de personnes et partis qui se prétendent opposés à l’ultralibéralisme, le PS français va être le fer de lance de l’enfoncement européen dans cette voie néo libérale vouée à l’échec, demain encore plus qu’hier.
Plus déterminante était donc l’élection grecque qui va au moins conduire à une certaine clarification des engagements et positions politiques puisqu’il est vraisemblable que le parti pro européen, partisan de la soumission aux directives de la troïka, - FMI, BCE et commission européenne-, va avoir le soutien des socialistes grecs, le Paso.
Comment plus de 30% des votants, pour la plupart aux moyens financiers limités et à la situation déjà précarisée par les mesures déjà prises sous le gouvernement socialiste, en arrivent-ils à voter pour une austérité aggravée s’imaginant que cette fuite en avant du système les protègera, relève d’un certain mystère.
Pour le comprendre, il faut sans doute passer sans les négliger de la pensée de Marx et Lénine aux réflexions d’Orwell. C’est d’ailleurs ce que fait un philosophe dont les pensées performantes et dérangeantes lui valent d’être écarté de la scène médiatique officielle des « penseurs autorisés », Jean-Claude Michéa.
Il faut bien considérer que la simple exploitation de la force de travail et la force de l’idéologie dominante ont maintenant laissé la place à une véritable domination des personnes et des peuples.
Force est de constater que dans ces conditions, toute véritable solution qui permettrait de jeter les base d’une inversion du déclin économique, industriel et social fatal, comme une sortie maîtrisée de l’euro et la vraie reprise en main de la monnaie, ainsi qu’un coup d’arrêt à l’invraisemblable ingénierie financière que le néo libéralisme a montée, est exclue.
Le système ira donc au bout de ses contradictions qui finiront sans doute par le faire imploser, créant ainsi bien plus de dégâts que ne l’aurait fait une rupture avec le néo libéralisme lorsqu’il en était encore temps.

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