France infantile

par Impat
vendredi 14 décembre 2018

Un minimum de réflexion économique et sociale nous rendrait service...

Au début du 19e siècle, l’astronome anglais Dinwiddie s’était dit désespéré par « l’infantile crédulité des Chinois ». L’éclatante réussite économique de la Chine du 21e siècle laisse deviner des gens plus matures, « éveillés » dirait Alain Peyrefitte. Que penserait donc aujourd’hui un Chinois de l’incroyable infantilisme des Français en ce domaine ?

Interrogez les Français sur l’économie.

Disons-le d’entrée, il vous faudra du courage, car ils vont aussitôt vous regarder d’un œil soupçonneux, fortement réprobateur, voire accusateur. « Quelle petitesse », dira cet œil. Qu’est-ce que cet homme terre à terre, qui place bassement les problèmes économiques en tête de ses préoccupations ? N’avons-nous pas en France, le pays des Lumières devant qui le monde entier se prosterne, l’avantage d’appartenir au pays de l’intelligence, un pays où les « valeurs » préemptent la vulgaire économie, un pays où les chiffres ne doivent pas compter devant la noblesse de l’éthique et la pureté de la théorie ?

Ils ont raison. La défense des « valeurs » doit nous guider, nous maintenir en altitude, nous aider à ne pas sombrer dans la petitesse. Toutefois, une « valeur » primordiale ne consisterait-elle pas à tenter de rendre une quantité maximale de personnes plus indépendantes, plus libres de leur sort, plus détachées de besoins matériels essentiels ? C’est-à-dire : ne consisterait-elle pas à se préoccuper… d’économie ?

Alors, bien que le soupçon soit donc installé, que cela ne vous arrête pas de les interroger, ces Français. Juste pour vous faire une idée.

Quand on parle des problèmes de la France, la première question qui vient à l’esprit, il va de soi, est celle du chômage. Question : comment éradiquer ce mal profond ?

Voici un florilège de réponses :

 

Nouvelle question : certains affirment que le pouvoir d’achat baisse et c’est la première fois depuis la guerre… Comment le faire repartir ?

Florilège de réponses :

Que traduisent toutes ces réponses ? Une vue simpliste des choses économiques, mais aussi, c’est notre drame, une vue morale.

Pourquoi une entreprise doit-elle embaucher ? Par devoir.

Pourquoi voulons-nous appauvrir les riches et diminuer leur nombre ? Parce que l’inégalité, c’est immoral.

Le résultat de cette morale qui nous colle au cœur ? Le chômage atteint des records, les Français, tous les Français, s’appauvrissent. L’impécuniosité et le chômage seraient-ils les objectifs moraux des Français ?

Non, les Français n’ont simplement pas compris.

Ils n’ont pas compris que, les emplois étant décidés par les entreprises, dans une société de liberté on ne peut agir sur le taux d’emploi qu’en incitant les entreprises à embaucher. En régime totalitaire c’est facile, inutile de les inciter, on les y oblige. Pourquoi pas ? Cette solution fut essayée, pendant 70 ans, en Union Soviétique. Le résultat étant connu, oublions cette solution.

Il faut donc « inciter » à embaucher. Comment ? En jouant sur les leviers disponibles.

Le levier moral, diront certains. Entreprise citoyenne, patriotisme économique, etc. Bon, ça marchera de temps en temps, mais de façon marginale et pas longtemps, car la morale d’un chef d’entreprise consiste avant tout à la faire vivre, la pérenniser. Et il sait que pour ce faire il ne doit salarier que des emplois utiles.

Donc inciter à embaucher pour des emplois utiles. Comment ? D’abord en rendant ces emplois nécessaires par un accroissement de l’activité économique. Ce qui s’obtient en particulier par une population active plus nombreuse et …plus active. Foin des stupidités entendues du style « on est trop nombreux » ou « il faut partager le travail ». La réalité trop ignorée des Français, c’est que plus on est nombreux à travailler, et plus ces nombreux travaillent, plus on crée des emplois. Et de l’emploi. Les Japonais, à 100 millions, connaissent-ils plus de chômage que nous avec nos 65 millions de Français ? Quand en France, en quelques années, la proportion de femmes travaillant à l’extérieur est passée de 20 % à 80 %, le chômage a-t-il augmenté ? À ces deux questions la réponse est non.

Encore faut-il, à ce moteur de l’activité générale, ne pas joindre le frein particulier du risque trop élevé pour l’entreprise. Si une embauche s’accompagne de la quasi obligation de garder le salarié pendant 40 ans quoiqu’il arrive, un entrepreneur face à un plan de charge favorable choisira en priorité toutes les solutions sauf l’embauche : sous-traitance, heures supplémentaires, voire refus de commandes.

Ont-ils compris tout cela, nos compatriotes ? Demandez-leur, vous serez édifiés et vous aurez tout compris à nos records de chômage.

Et concernant leur maladie congénitale, la « lutte contre les inégalités », ont-ils mieux compris ? Hélas non, là encore ce qu’ils appellent « la morale » les rend mal-comprenants.

Expliquez-leur qu’un des problèmes majeurs de la France, c’est que ce pays manque de riches, et que ses riches ne sont pas assez riches. Ils refuseront de vous parler davantage, vous n’avez pas de moralité…

Et pourtant, comme on l’a souvent bien compris ailleurs, comment les moins riches pourraient-ils s’enrichir si les plus riches n’étaient pas là, pour investir et dépenser ? Investir et dépenser, ils le font pour eux-mêmes, on ne leur demande pas de le faire par morale. Mais ils le font, et le résultat est que cela enrichit, et emploie, tout le monde. Les Français appellent ça « l’effet de ruissellement », sous-entendant que cet effet est marginal, mais ils se trompent, ce n’est pas un ruissellement c’est une puissante cascade. Et surtout c’est la seule voie d’amélioration du bien-être général. Est-il préférable de « lutter contre les inégalités » en appauvrissant tout le monde ?

Vous savez certainement tout cela, vous, lecteurs d’AgoraVox. Oui, cependant les Français dans leur grand nombre, Français moyens, Français pauvres, Français riches, Français de gauche, Français de droite, le savent-ils ? Vous croyez ? Alors allez-y, interrogez-les. Vous serez édifiés.

Et désespérés.


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