Impôts, droit social : Uber, Airbnb et Deliveroo se moquent du monde

par Laurent Herblay
samedi 20 août 2016

Uber, Airbnb et d’autres font l’admiration de certains, par leur croissance et leur modèle d’affaires, construit sur l’exploitation d’actifs des particuliers. Mais derrière l’attrape-gogo de l’économie dite collaborative, il y a des sangsues addictives élevées par les marchés, qui savent parfaitement jouer sur toutes les failles de nos réglementations pour passer outre toutes les règles de la vie en société.

 
Payer le moins d’impôts et donner le moins de droits sociaux
 
Trop de personnes, fascinées par les changements apportés par ces entreprises, ne parviennent pas à voir que leur modèle est souvent l’inverse des contes de fée véhiculés par leurs communiquants. Il faut dire que malheureusement, la présentation idyllique faite trop souvent par les médias n’aide pas à la prise de recul. Heureusement, petit à petit, le brouillard se dissipe. On sait depuis longtemps qu’Uber est un professionnel de la désertion fiscale. Mais Airbnb ne semble pas moins doué pour éviter de contribuer à la société qui lui permet pourtant d’exister. Comme le rappelle Marianne, alors que l’entreprise ferait environ 65 millions de chiffre d’affaires en France, elle n’en déclare que 5 millions et a limité sa facture fiscale à 69 168 euros en 2015, en utilisant un montage avec sa filiale Irlandaise !
 
Mais il n’y a pas que dans le domaine fiscale que ces sangsues addictives se moquent du monde. On sait déjà qu’Uber exploite de manière éhontée ses chauffeurs, au point que, même aux Etats-Unis, des actions commencent à être entreprises. En France, l’entreprise a récemment baissé autoritairement de 20% leur rémunération ! La faillite d’un des acteurs de la livraison à domicile de repas, Take Eat Easy, lève un voile sur les pratiques de ces entreprises qui ont trouvé le moyen de livrer des repas sans cuisiniers  ! Ceux qui livrent les repas préparés par d’autres ne sont même pas employés mais des autoentrepreneurs aux droits microscopiques. A Londres, ce mois-ci des livreurs de Deliveroo se sont mis récemment en grève pour dénoncer leur nouvelle condition misérable de rémunération.
 
Ce qui frappe finalement le plus ici, c’est à quel point les Etats sont responsables et passifs. Responsables car ils ont passé les lois qui permettent à la fois la désertion fiscale, dans des proportions tellement fortes qu’il s’agit purement et simplement d’un vol légal, mais aussi le contournement des droits sociaux, avec ce statut d’autoentrepreneur qui ne devrait pas pouvoir être utilisé par Uber ou Deliveroo, d’autant plus quand cela leur donne un avantage compétitif par rapport à des concurrents. Mais le pire est que cela contribue à la déconstruction de notre modèle social et à l’affaiblissement de notre Etat. C’est pourquoi il est effarant que nos dirigeants soient si passifs à ce sujet, laissant l’URSAAF en France et les cours de justice aux Etats-Unis le soin de remettre en cause ces abus flagrants.
 

Même si cela peut être un peu répétitif, il est essentiel de bien répéter tous les côtés obscurs du modèle d’affaires de Uber, Airbnb ou Deliveroo. Leur croissance et leur valorisation ne doivent pas faire oublier le caractère destructeur, déloyal et antisocial de leur modèle.

 

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