Inégalités, parasites fiscaux : la loi de la jungle continue

par Laurent Herblay
mardi 31 juillet 2012

Décidément, l’économie ne tourne pas rond. Aux Etats-Unis, alors que les profits battent des records, les inégalités ne cessent de progresser puisque le taux de pauvreté est au plus haut depuis 47 ans. En même temps, on apprend que 25 000 milliards restent cachés dans les parasites fiscaux.
 
Des parasites fiscaux à peine égratignés
 
Ils avaient été mis au pilori pendant le pic de la crise financière. Nicolas Sarkozy avait même osé affirmer qu’ils étaient finis, mais une récente étude du Tax Justice Network démontre qu’entre 17 et 25 000 milliards d’euros seraient encore cachés dans ses trous noirs de l’économie mondialisée. Ils sont bien improprement appelés « paradis fiscaux » par ceux qui ne se rendent pas bien compte que ce terme véhicule une connotation positive qui ne devrait pas être acceptée.
 
Malgré les effets d’annonce, dans la réalité, rien n’a changé. En effet, les parasites fiscaux signent des conventions les uns avec les autres. Et des sommes grandissantes (des multinationales ou des riches particuliers) échappent à l’impôt citoyen. Il est proprement sidérant que les Etats laissent faire ce véritable pillage de leur ressource fiscale, que certains ont chiffré à 40 à 50 milliards d’euros de perdus pour notre seul pays, soit l’équivalent de la moitié du déficit !
 
L’envolée des inégalités
 
Et alors qu’une partie des plus riches échappent à l’impôt en utilisant les parasites fiscaux, nous assistons à une envolée de la pauvreté et des inégalités. En Allemagne, le pouvoir d’achat est stable depuis 20 ans. Bref, les salariés n’ont touché aucun gain de productivité ! Certes, il n’y a pas régression, mais il n’y a pas de progrès. Pire, si la moyenne est stable, on peut imaginer que du fait de l’explosion des hauts revenus, la majorité a perdu, comme l’a montré Sapir en France.
 
Aux Etats-Unis, la situation est désastreuse puisque le taux de pauvreté est au plus haut depuis… 47 ans  ! Cela est d’autant plus choquant que les profits des entreprises sont au plus haut. Olivier Berruyer a compilé sur son blog de nombreux indicateurs qui montrent que les inégalités sont au plus haut depuis 70 ans, que l’on prenne l’indicateur Gini où la part dans les revenus totaux du 1% qui gagne le plus (plus de 20%) ou du 0.1% qui gagne le plus (plus de 10%).
 
Une société injuste
 
Bref, nous vivons dans une société où 1% de la population voit ses revenus fortement progresser, tout en ayant vu leur taux d’imposition baisser et dont une partie parvient même à échapper à l’impôt en utilisant les parasites fiscaux et où les grandes entreprises font toujours davantage de profits. De l’autre, dans les pays dits développés, 99% de la population ne tire pratiquement aucun profit du peu de croissance qui subsiste, quand son pouvoir d’achat ne baisse pas.
 
Et ce n’est pas juste, car comme le disait Tocqueville, cité par André-Jacques Holbecq dans son livre « La dette publique, une affaire rentable » : « préocuppés du seul soin de faire fortune, les hommes n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particlière de chacun d’eux à la prospérité de tous  ». La bonne fortune des plus riches et des multinationales est intiment liée à toute la collectivité. Il n’est donc pas juste que certains en profitent beaucoup plus que d’autres.
 
En fait, ce que disent en creux tous ces chiffres, c’est que l’anarchie néolibérale conduit à la loi de la jungle, une sorte de déshumanisation de nos sociétés, qui perdent tout sentiment collectif et où seuls les plus forts gagnent, quitte à ce que ce soit au détriment de tous les autres…

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