L’économie américaine est-elle sortie du trou ?

par Alexandre Kateb
vendredi 11 septembre 2009

La première économie du monde semble sortir péniblement de la récession la plus grave dans laquelle elle s’est enfoncée depuis la Grande Dépression. C’est ce que montrent les divers indicateurs économiques et les enquêtes d’opinion les plus récentes. Pourtant à y regarder de près, l’Amérique va mal, très mal. Son principal moteur de croissance est grippé et il lui faudra des années pour se redresser.

Qu’on se le dise, l’économie américaine va mieux. C’est ce qui ressort de différents indicateurs et enquêtes réalisées au mois d’août.

La production industrielle tout d’abord qui se redresse si l’on en croît l’indice de l’Institute for Supply Management (ISM) qui passe pour la première fois au dessus de la barre symbolique des 50 (synonyme d’expansion) à 52,9 en août après 18 mois de contraction ininterrompue de l’activité. Le regain des exportations stimulé par la baisse du dollar (actuellement au plus bas par rapport à l’euro) est en partie responsable de cette embellie.

Le moral des consommateurs américains ensuite qui commence à se redresser, avec un frémissement de l’indice de confiance des consommateurs du Conference Board au dessus des 50 points.

Enfin, la dernière édition du "beige book" publié par la Réserve Fédérale, une compilation d’enquêtes de conjoncture réalisées auprès des entreprises et des ménages par les 12 réserves fédérales régionales, montre également un arrêt de la détérioration et une légère reprise de l’activité dans certaines zones comme le Sud-Est (Dallas, Huston) et le Nord-Est (Boston, Philadélphie). Seul point noir, mais de taille, la Californie qui peine à se relever après avoir été frappée de plein fouet par le retournement de l’immobilier et la chute de la demande mondiale pour les produits high tech.


L’immobilier résidentiel aussi commence à montrer des signe de raffermissement, avec un redressement de l’indice Case-Shiller qui traque les prix des transactions dans les 20 plus grandes métropoles américaines.

Pour autant ces signes encourageants ne doivent pas faire oublier la gravité de la récession traversée par les Etats-Unis, la plus grave depuis la Grande Dépression des années 1930, avec une perte cumulée de près de 4% du PIB depuis le début de la crise économique, une destruction dramatique de la richesse immobilière et financière des ménages, une dislocation inouïe des marchés suite à la faillite de la banque Lehman Brothers, et une perte de confiance dans les institutions et les hommes, que même le discours volontariste du Président Barack Obama aura du mal à restaurer.

En réalité, derrière les signes d’amélioration conjoncturelle et de reprise boursière, l’économie américaine va toujours aussi mal. Le chômage continue de progresser et pourrait bientôt dépasser le pic de 10,8% enregistré en décembre 1982, et le taux d’épargne des ménages continue d’augmenter augurant mal d’une réelle reprise de la consommation dans les années à venir. Le moteur principal de la croissance est donc grippé pour longtemps. D’autant plus que ce moteur avait été largement soutenu par la bulle immobilière, à travers l’effet de richesse qui poussait les ménages à s’endetter d’avantage grâce à l’appréciation continue de leur patrimoine.

La compétitivité de l’économie américaine dans son ensemble s’est dégradée après deux ans de crise financière et économique, comme le montre le dernier rapport du Forum de Davos, qui la détrône de sa première position au profit de la Suisse. 

Et les déséquilibres macroéconomiques se sont accumulés avec un déficit courant qui reste toujours considérable et un déficit budgétaire qui explose à plus de 10% du PIB.

La crédibilité du billet vert est aussi en perte de vitesse avec l’explosion de l’ardoise de la Réserve Fédérale, garante en dernier ressort des créances sur le dollar, qui s’est engagée dans un vaste programme de recyclage des actifs pourris hérités de la crise. Au point qu’on parle désormais ouvertement de remplacer le dollar par une monnaie internationale qui ne serait plus contrôlée par un seul pays, aussi puissant soit-il et qui n’aurait pas à subir le contrecoup de toutes les vicissitudes connues par ce pays. Même le prix Nobel américain Joseph Stiglitz, ancien vice-président de la Banque Mondiale, se déclare aujourd’hui favorable à une telle alternative sur laquelle il planche au sein d’un comité onusien !


La vérité c’est que l’Amérique va mal, très mal. Elle a vécu au dessus de ses moyens tout en s’engageant dans des guerres ruineuses en Afghanistan et en Iraq. A la fatigue économique s’ajoute donc la fatigue stratégique d’une démocratie qui s’est fourvoyée dans une "quête d’empire" vide de sens.

Il faudra des années pour reconstruire l’édifice politique, économique, et intellectuel laissé en ruines par les deux présidences de Georges W. Bush et l’avidité des courtiers de Wall Street. L’élection de Barack Obama est indiscutablement la meilleure chose qui soit arrivée à l’Amérique dans ce contexte. Une divine surprise qui pourrait préfigurer un véritable "turn-around" dont on décèle les premiers éléments avec l’engagement en faveur de l’écologie et la volonté de réformer le système de santé et les infrastructures défaillantes. Yes, they can ! A condition d’abandonner le messianisme prophétique, l’unilatéralisme, et l’absence de remise en cause qui ont caractérisé la période entre le 11 septembre 2001 et le 15 septembre 2008. Mais l’Amérique a-t-elle vraiment le choix ?


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