La conquête des nouveaux riches, Suisse contre Luxembourg

par Marie Therese von Rohr-Truong
vendredi 28 mars 2008

« La concurrence n’existe pas seulement dans le secteur économique, mais elle existe aussi entre les Etats. De plus en plus, les pays se positionnent aussi en fonction de leurs conditions cadres juridiques. Celles-ci influencent les structures et le potentiel de l’économie et, partant, la prospérité du pays », a formulé le conseiller fédéral Hans-Rudolz Merz lors de la Journée des banquiers à Berne le 14 septembre 2006. Et, pour Luc Frieden, ministre du Trésor et du Budget au Luxembourg, la banque privée est un pilier important du secteur financier luxembourgeois.

Est-ce le signe précurseur d’une bataille entre places financières, car depuis ces deux déclarations, les études sur les pôles de compétitivité financière ne cessent de voir le jour. Londres a publié son premier Global Financial Centre Index1 (GFCI 1) en mars 2007, suivi par le GFCI 2 en septembre de la même année : en même temps, le Masterplan de la place financière suisse a vu le jour. Paris, de son côté, affiche aussi ses ambitions, l’idée a été reprise dans le rapport Attali. Quant au Luxembourg, une étude réalisée par PricewaterhouseCoopers a été récemment publiée. Une "surexcitation" des places financières qui va croître, d’autant plus que la crise financière actuelle (dont les conséquences restent encore incertaines) et les actifs des nouveaux acteurs individuels et collectifs, que certains considèrent comme des sauveurs, risquent d’exacerber les appétits.

Des leaders

Pour maintenir son rôle de leader avec une part de marché de 28 % dans la banque privée, la Suisse mise sur une croissance annuelle de 6 %. Quant au Luxembourg, avec 15 % de la part de marché et en deuxième position après la Suisse, le pays, pour maintenir son deuxième rang actuel avec une part de marché de 15 %, doit viser plus haut, soit une croissance annuelle de 14 %. Concrètement, le Luxembourg doit être en mesure de tripler son volume de gestion d’actifs de 300 mio d’euros pour atteindre plus de 1 000 mio d’euros en 2015.

Désormais, la concurrence est ouverte entre places financières, et chacune va trouver un produit-niche pour se différencier des autres.

High Net Worth Individuals (HNWI) ou personne à fort potentiel économique, la nouvelle clientèle-cible

D’après l’étude de World Wealth Report 2007 de Cap Gemini, il a été recensé :

- 9,5 millions de personnes détiennent plus d’1 million de dollars d’actifs financiers, soit une augmentation de 8,3 % par rapport à 2005 ;

- la fortune des HNWI s’établit à 37,2 trillions de dollars (un trillion vaut un milliard de milliard), soit une croissance de 11,4 % par rapport à 2005 ;

- l’Amérique latine, l’Europe de l’Est et la région Asie pacifique ont enregistré une forte croissance de HNWI, mais la plus forte vient de Singapour, l’Inde, l’Indonésie et la Russie ;

- la richesse financière des HNWI est estimée à 51,6 trillions de dollars vers 2011, soit une croissance annuelle de 6,8 %.

D’ailleurs, les grandes banques internationales disposent de cellules spéciales pour gérer cette clientèle.

Au regard de la progression (vertigineuse) des HNWI, toutes les places financières (et pas seulement le Luxembourg et la Suisse) rêvent évidemment de s’accaparer une part de ce gâteau (bien alléchant).

Pour PwC, une première génération de nouvelles fortunes est née. Il s’agit "d’entrepreneurs et de cadres de direction". Actuellement, l’origine des nouveaux actifs au Luxembourg provient des actifs d’entrepreneurs ayant vendu leurs affaires. Cette tendance va se poursuivre, car 46 % des entreprises familiales vont transmettre ou vendre leur activité ou patrimoine dans les cinq prochaines années, sans parler de la même tendance observée dans la "Grande Région" (France, Belgique, Allemagne). Autre ambition du Luxembourg, créer un cadre légal propice, comme en Suisse, aux fondations pour gérer ces patrimoines.

Et, pour étayer ses nouvelles ambitions, le Luxembourg a d’ailleurs constaté que le portefeuille d’actifs minimum du nouveau client est passé de 500 000 euros à 800 000 euros, et c’est la raison pour laquelle sa banque privée va rechercher une "montée en gamme" de ses produits. La Suisse n’est pas également en reste dans la course aux HNWI. La Swiss Banking dans son rapport 2007 fait également référence à ce nouveau potentiel. Le Masterplan 2007 vise une croissance annuelle de 20 % d’ici 2015 des actifs sous gestion dans des fonds de placement des HNWI domiciliés en Suisse.

La course aux HNWI est ouverte. Chaque place financière va désormais "aiguiser ses armes" pour les conquérir et aussi si possible, les fidéliser.


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