La controverse autour de la monnaie chinoise dévoile les carences de nos politiques monétaires

par Michel Santi
mardi 16 février 2010

Les fluctuations des monnaies étant loin d’être un jeu à somme nulle, les attaques en règle contre la politique chinoise du Yuan faible ne sont en réalité que des protestations à caractère protectionnistes car la demande agrégée dans les pays importateurs est également susceptible d’être encouragée par des mesures de politique monétaire. Un Yuan faible n’aurait en effet pas le même impact sur les activités économiques respectives des Etats-Unis et de l’Europe si la Réserve Fédérale et la Banque Centrale Européenne, aujourd’hui pieds et poings liés par des taux zéro ou proches du zéro, disposaient encore d’une certaine marge de manoeuvre pour réduire leurs propres taux d’intérêts.

 Dans un tel circuit hermétiquement fermé où les devises disposeraient du pouvoir exclusif de conditionner les déséquilibres mondiaux, certaines nations (pauvres) contourneraient ce Yuan faible en dévaluant leur monnaie nationale pendant que les Etats-Unis et l’Europe ne sauraient profiter de ce luxe sans provoquer de fortes tensions internationales... Au demeurant, et même dans cette hypothèse, la politique monétaire resterait néanmoins un outil précieux à disposition des Banques Centrales Occidentales qui leur permettrait d’améliorer leur consommation intérieure en procédant simplement à une augmentation de leur niveau de tolérance à l’inflation. Pourtant, nos nations aisées restent comme tétanisées par le niveau actuel de la devise chinoise et en tout cas peu enclines à opter pour des mesures peu orthodoxes qui seraient susceptibles de relancer - au moins partiellement - leur activité intérieure et ce en dépit de l’environnement hyper concurrentiel imposé par le Yuan. Il est regrettable que le conventionnalisme de nos autorités économiques et Banques Centrales soit ainsi un tel facteur de blocage dans un contexte où la population chinoise au niveau de vie très nettement inférieur au nôtre, elle, a impérativement besoin de ce Yuan faible pour ses exportations.

De fait, et même dans l’hypothèse où nos Banques Centrales seraient impuissantes dans la conjoncture actuelle de leurs taux quasi nuls, un Yuan plus élevé n’est pas le remède car les devises sont partie intégrante d’une politique monétaire : Un Yuan plus ferme aura de facto un impact déflationniste alors qu’un Yuan faible aura des conséquences expansionnistes au niveau des politiques monétaires. Les fluctuations des monnaies n’étant décidément pas un jeu à somme nulle, c’est ainsi qu’il faut comprendre les mesures hyper expansionnistes adoptées en leur temps par le Président Franklin D. Roosevelt qui réussit à raviver les anticipations inflationnistes - et donc la propension à consommer - grâce à l’affaiblissement du billet vert ! Politique équivalente adoptée aujourd’hui par les chinois et décriée par les américains...

Indispensable à un certain stade au moins dans l’objectif de canaliser et d’éviter la surchauffe de l’économie chinoise, l’appréciation du Yuan - qui équivaudra donc à un resserrement de politique monétaire - ne saurait de surcroît être promue que dans un contexte de nette amélioration de la conjoncture économique mondiale. Les dépréciations boursières de ces dernières semaines ne semblent-elles pas en effet faire écho aux mesures concernant les réserves bancaires mises en place par Pékin en Janvier dernier et ayant résulté en un raffermissement indirect de leurs taux ? Doit-on rappeler les malencontreuses hausses de taux américaines de 1937 au moment crucial où leur économie, pas encore totalement sortie de la dépression, renouait enfin avec une croissance solide ?

L’amélioration des balances commerciales américaine et européenne vis-à-vis de la Chine n’est qu’une considération mineure car un ralentissement économique éventuel de la Chine aurait aujourd’hui des conséquences dévastatrices sur notre monde dit « développé » qui ne se sort que péniblement d’une crise ayant bien failli l’emporter ! Du Sud-Est Asiatique à l’Australie en passant par l’industrie Allemande, les effets contre productifs sur la Chine d’un Yuan plus fort se doivent ainsi d’être jaugés avec prudence et humilité par ceux qui semblent aujourd’hui être partisans d’un retour au protectionnisme.

Cette dispute autour du niveau approprié de la devise chinoise tend à fragiliser davantage notre monde - économiquement et politiquement - et c’est du reste à travers ce prisme qu’il convient d’interpréter le regain de tension entre les Etats-Unis et la Chine à propos des ventes d’armes à Taiwan ou de la prochaine rencontre du Président Obama avec le Dalaï Lama... Les Etats-Unis ayant récemment annoncé leur intention de doubler en cinq ans leurs exportations alors qu’il est évident que tous les pays ne peuvent être excédentaires commercialement, n’oublions pas les précieux enseignements de la Grande Dépression. C’est en effet le protectionnisme qui nuit toujours le plus aux balances commerciales.
 

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