La crise économique du coronavirus

par Décoder l’éco
mardi 5 mai 2020

La chute du PIB : explication

Tous les journaux ont repris les dernières estimations de l’Insee : le PIB français a chuté de 5,8 % par rapport à l’année dernière. C’est un record, même les événements de 1968 n’avaient pas ralenti l’activité à ce point. Le plus souvent cependant les journalistes se sont arrêtés à ce constat pour ensuite donner leurs recettes de ce qu’il faut faire et notamment aider les entreprises. Ces chiffres, si on les regarde en comprenant ce que c’est, montrent que le gouvernement soit fait complètement n’importe quoi, soit ne fait qu’avantager ses copains. Dans les deux cas, nous devrons en payer l’addition.

Lien vers la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=LFOsgjZID5o

Le PIB c’est quoi ?

D’abord le PIB, c’est quoi, pour l’expliquer, commençons par la valeur ajoutée grâce à l’exemple du boulanger. Pour faire du pain, il s'achète de la farine et paye l’électricité pour son four. Il vend son pain 1€, il consomme 30 centimes de farine et 15 centimes d’électricité pour le produire, la valeur ajoutée de son pain c’est 1€ - (30 centimes + 15 centimes) = 55 centimes.

Faites ce même calcul pour tous les produits vendus en France sur an et vous obtenez le produit intérieur brut (PIB).

En 2018, le PIB c’est 2 353 milliards d’euros. Quand le PIB augmente d’une année sur l’autre on appelle ça la croissance. Le PIB ça donne une idée de l’activité mais ça ne dit rien sur le fait que tout va mieux ou moins bien, pour en savoir plus sur l’arnaque derrière la croissance, vous pouvez regarder ma vidéo sur le sujet.

 

Donc notre PIB représente la valeur de tout ce qui est produit. En fait, il y a 2 autres manières de le calculer. La somme des valeurs des valeurs ajoutées, c’est la vision production du PIB.

 

La production sert à quelque chose, elle sert à être consommée. Plutôt que compter tout ce qui a été produit on peut compter tout ce qui a été consommé, ça va donner la même chose, la production des uns sont la consommation des autres. Regarder la consommation c’est ce qu’on appelle la vision demande du PIB.

Un produit consommable, on peut soit le consommer, c’est à dire le vendre pour son utilisation finale, ou bien le stocker pour le vendre plus tard. Certains produits ne se consomment pas tout de suite, ils forment du capital, comme les bâtiment. À cette consommation de produits français il faut rajouter les exportations qui sont produites en France mais consommées ailleurs et enlever les importations qui sont consommée en France mais produites ailleurs. En faisant la somme de toutes les consommations ou toutes les demandes, on retombe sur le PIB.

La dernière manière de trouver le PIB c’est en regardant l’argent gagné avec ce qu’on a produit. La production permet de rémunérer les salariés, avec les salaires, ça permet aussi à l’État de récupérer des impôts, ça permet aux entreprises de faire des bénéfices qu’on appelle excédent Brut d’exploitation qui sert entre autres à verser des dividendes ou à faire des investissements. L’argent gagné ça permet aussi aux indépendants de se verser leurs revenus mixtes. On calcule tout ça et on retombe sur le PIB.

Donc le PIB, c’est sensé représenter la création de richesse sur un territoire pendant une période et on peut le calculer de 3 façons, par la production, avec la valeur ajoutée, par la demande avec la consommation ou par les revenus.

 

Comprendre l’article de l’Insee : la chute de la consommation

 

Allons-voir maintenant notre article de l’Insee sur la baisse historique de -5,8 % de PIB : https://insee.fr/fr/statistiques/4485632

 

Le premier graphique montre l’évolution du PIB avec 4 de ces composantes. La consommation, la variation de stocks, le commerce extérieur et l’investissement. Ce qui est appelé investissement ici c’est le capital. On est donc dans l’approche « demande » du PIB. Nos 5,8 % de baisse s’expliquent par -3,8 points dus à la baisse de consommation, -2,8 points dus à la baisse des investissements, -0,2 points dus à notre balance commerciale qui s’est un peu dégradé (on a importé encore un peu plus qu’on a exporté par rapport à d’habitude), et +0,9 point dus au fait que les entreprises ont fait des stocks (c’est ce qui a été produit mais pas consommé). Donc - 3,8 points – 2,8 points - 0,2 points + 0,9 points = -5,8% de PIB.

 

La chute de la consommation contribue majoritairement à la baisse du PIB, bien plus que la baisse des importations et exportations par exemple. Cette chute de la consommation concerne à la fois les entreprises et les ménages. Pour les ménages, cela vient surtout d’une grosse chute de consommation des biens fabriqués.

Pour avoir des détails dessus, on va chercher biens fabriqués dans notre navigateur Insee, et on tombe sur le dernier point du mois d’avril : https://insee.fr/fr/statistiques/4484674. Le premier graphique nous confirme ça. On a eu 47 Mds€ de consommation de biens fabriqués en février pour 38 Mds€ seulement en mars. C’était même avant le confinement, on verra ce que ça donne pour avril mais ce serait étonnant que ça soit plus haut.

Donc la baisse de 16,3 % sur le trimestre est due à en fait à deux mois de janvier et février normaux, mais un arrêt brutal en mars.

Dans le détail, on voit qu’en mars les français ont acheté deux fois moins de voitures que d’habitude, ce qui semble logique.

Ils ont aussi acheté beaucoup moins de meubles et d’appareils électro-ménagers. En même temps, les déménagements n’ont pas dû être nombreux.

Ils ont aussi acheté deux fois moins de vêtement que d’habitude. C’est bête, si on avait eu des fabricants de masques ou de blouses, on aurait pu relancer la demande.

 

Toujours dans la consommation des ménages, on a une chute de la consommation de l’énergie, à la fois, le mois de mars a été doux, mais surtout, les gens prennent beaucoup moins leur voiture depuis le confinement. La consommation de carburant a donc lourdement chuté.

Il n’y a que l’alimentaire qui augmente un peu. D’une part les cantines scolaires et les restaurants d’entreprise sont tous fermés, donc les gens mangent plus chez eux. En plus, il y a sûrement un effet de l’augmentation de certains prix alimentaire qui gonfle un peu ce chiffre.

Maintenant qu’on a bien compris que la consommation des ménages chute beaucoup, on va voir ce qui se passe du côté des entreprises avec notre décomposition du PIB.

On voit que les entreprises on fait du stock. Cela veut dire que pendant le confinement, un grand nombre d’entreprises à continué à produire. Cette production n’a pas été vendue puisque les gens ont arrêté de consommé.

On entend pourtant tous les jours le gouvernement essayer de trouver des mesures pour pousser à la reprise du travail et dire qu’il sera nécessaire de faire des heures supplémentaires pour compenser les pertes. Là, il faut vraiment se demander à quoi cela peut bien servir puisque les stocks sont pleins.

Pour relancer le PIB, ce n’est pas la production qu’il faut réussir à relancer c’est la consommation.

 

Le fait que l’État soit toujours obnubilé par la production plutôt que par la consommation c’est la vision néolibérale de ceux qui possèdent le capital. Le gouvernement n’en a rien à fiche du niveau de vie des gens, de ce qu’ils consomment, ce qui lui importe c’est que la production française continue pour permettre à ceux qui la détiennent de la vendre.

 

Relancer la consommation, ça s’appelle faire une stratégie de la demande. L’idée c’est que l’État consomme en faisant des investissements et se débrouille pour que les gens aient assez d’argent et assez confiance en l’avenir pour consommer et ainsi permettre à la production de se vendre. Cela se fait en permettant à ceux qui ont des revenus trop petits pour participer à la consommation de pouvoir consommer, par exemple en augmentant les salaires (surtout dans un période où les dividendes battent des records chaque année) ou en augmentant les petites retraites.

 

Relancer la production, ça s’appelle faire une stratégie de l’offre. L’État donne des aides dans tous les sens aux grandes entreprises en se disant que la production va bien finir par se vendre. Cette stratégie n’a jamais relancé l’économie nulle part, en revanche elle permet à tous ceux qui détiennent le capital de continuer à ramasser du fric même sans rien réussir à vendre. C’était déjà la stratégie du célèbre CICE qui a coûté 100 Mds€ et créé 0 emploi. Le CICE n’existe plus puisque tous ses avantages sont directement passés dans la loi maintenant.

 

Ce que fait l’État avec cette relance, c’est qu’il s’endette pour faire tourner les usines, sans que la production ne serve à quoi que soit aujourd’hui.

 

Comprendre l’article de l’Insee : la chute des investissements

Si on continue avec notre graphique, on voit que dans notre approche demande du PIB, l’investissement (qui correspond à la création de capital) a aussi lourdement chuté. Cette création de capital c’est aussi ce qu’on appelle la Formation Brute de Capitaux Fixes (FBCF). C’est la création de capital, de bâtiments ou de machines qui ont vocation à être utilisées pendant au moins un an par les particuliers, les entreprises ou les administrations publiques. Quand on achète une voiture ou une maison c’est du FBCF.

La FCBF a chuté de 11,8 % sur le trimestre, chute encore plus spectaculaire que la consommation des ménages. Si la baisse du FBCF contribue moins à la chute du PIB que la chute de la consommation, c’est parce que dans notre économie la consommation pèse plus lourd que le capital. Donc une chute 6 % de la consommation ça pèse beaucoup plus lourd qu’une chute de 12 % de la création de capital.

Notre chute de 12 % du capital sur le trimestre c’est certainement surtout dû au coup d’arrêt du mois de mars. En mars la création de capital a vraiment dû être très faible. Ici on voit que la chute a été du même ordre sur les machines que sur les bâtiments.

Les investissements du côté des entreprises c’est ce qui correspond à une stratégie de long terme. En ce moment, les entreprises n’investissent plus c’est qu’elles ne misent pas sur l’avenir et c’est dangereux. Vous pouvez voir qu’en même temps que les entreprises n’investissent plus, elles continuent de verser des dividendes aux actionnaires. Ceux qui possèdent aujourd’hui le capital prennent tout ce qu’ils peuvent maintenant tout de suite s’en mettent un maximum dans les poches maintenant tout de suite sans se préoccuper une seconde de l’avenir de l’entreprise et des salariés. Tout ça avec la bénédiction du gouvernement qui refuse de prendre les rennes de quoi que ce soit parce que son idéologie c’est le sacro-saint marché qui pense qu’il n’y a rien de mieux que les décisions individuelles. Cette stratégie est en train de ruiner l’avenir économique du pays.

 

Comprendre l’article de l’Insee : la chute des revenus

Un peu plus bas dans l’article Insee c’est la vision du PIB par les revenus. On n’a malheureusement pas encore la remontée des chiffres du 1er trimestre pour savoir ce qu’il se passe. La chute de la consommation des ménages ça peut être parce que les gens n’ont pas confiance, mais aussi et surtout parce que beaucoup de gens ont perdu de l’argent.

La seule chose qu’à fait de bien le gouvernement depuis le début du confinement c’est de payer le chômage partiel. Ce n’est pas parfait, il y a pas mal d’entreprises qui abusent du système pour faire bosser leurs cadres en télétravail tout en les déclarant au chômage, mais au moins ça permet à beaucoup de garder des revenus.

Seulement, pour les ouvriers et employés qui d’habitude sont déjà juste en salaire pour tout payer, leur salaire en chômage partiel n’est plus que 84 % de leur ancien net. Fatalement, ça doit jouer sur leur consommation. Surtout que ce sont ceux qui gagnent le moins qui payaient le moins cher la cantine de leurs enfants et qui maintenant doivent prendre en charge tous les repas. Ces gens sont perdant dans le confinement.

 

A l’inverse, beaucoup de cadres ont pu maintenir leurs salaires en télé-travaillant. La fin de la cantine ne pèse pas sur leur budget puisqu’ils payaient plus cher. Il ne prennent plus la voiture et font des économies, ceux qui avaient des employés de maisons pour le ménage par exemple n’en payent plus. En revanche, ils n’ont pas spécialement confiance en l’avenir et font donc des économies au cas où leur situation se dégraderait. Les banques ont remonté que l’épargne augmentait dernièrement. Il ne faut pas se tromper, les seules qui peuvent épargner sont ceux à qui il reste de l’argent à la fin du mois.

 

La gestion de cette crise qui consiste à payer le chômage partiel, autrement dit à filer du fric en fonction de leurs salaires permet au pays de ne pas s’effondrer mais continue d’augmenter les inégalités.

 

Toute la stratégie en place bénéficie à ceux qui sont déjà les gagnants et permet tout juste la survie des perdants. C’est la guerre des décideurs qui représentent ceux qui ont tout contre ceux qui ne sont rien.


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