La crise qui n’arrivait jamais

par karl eychenne
mercredi 14 août 2019

Tout va bien selon certains, trop bien selon d’autres. L’économie américaine connait le plus long cycle d’expansion de son histoire. Or, c’est cela justement qui serait suspect : une crise majeure serait imminente. À moins que cette fois ce soit vraiment différent ?

L’économie américaine serait-elle devenue un long fleuve tranquille ? Près de 10 ans d’expansion sans accroc majeur, du jamais vu dans l’histoire de l’Amérique. Le marché de l’emploi est en pleine bourre sans générer de tensions salariales : que du bonheur pour les autorités monétaires, et qui permet bien des audaces à Donald Trump. Les marchés financiers n’en demandaient pas tant.

 

Oui, mais voilà, l’expansion serait trop belle pour être honnête. Nous serions dans le cas d’une alarme incendie qui ne s’est pas déclenchée depuis trop longtemps, et c’est cela qui est suspect. On appelle cela un fait négatif : l’illustration la plus connue est celle de Sherlock Holmes, déduisant du chien qui n’aboie pas qu’il devait certainement connaitre le meurtrier (Sliver Blaze).

 

Que faire ? Doit-on prendre le risque d’éteindre un feu qui n’existe peut-être pas ? Doit-on appliquer un principe de précaution ?

 

Le chien qui n’aboie pas

Le chien qui n’aboie pas n’effraie personne. Or, parfois c’est justement le fait de ne pas aboyer qui devrait nous effrayer. C’est en tout cas la thèse défendue par ceux annonçant une crise majeure. D’après eux, l’expansion économique serait trop longue pour être honnête. Nous aurions dû avoir des forces de rappel à l’œuvre ramenant l’économie et les marchés à des niveaux plus raisonnables. Citons les 4 cas populaires avancés par les pessimistes, et les réserves avancées par les optimistes :

 

Le bus qui ne passe pas

La crise arrivera peut-être demain, après demain, ou bien n’arrivera pas. Comment savoir ? Nous sommes un peu dans le cas de celui ou celle qui attend le bus, qui aurait dû passer depuis un moment, mais qui n’est toujours pas là. Que faire ? on peut essayer de prévoir : on sait que la crise et le bus passent régulièrement, parfois un peu en avance ou un peu en retard ; mais on sait aussi que parfois ils ne passent pas. Est-il possible de prévoir leur arrivée ? Oui, partiellement.

 

Des sacrifices pour éloigner la crise

La crise arrivera un jour, ou n’arrivera pas. Mais on peut toujours faire en sorte qu’elle arrive le plus tard possible. Pour cela, les investisseurs ont trouvé un moyen : sacrifier des bouts de performances sous de faux prétextes : un indicateur avancé un peu faiblard, un tweet de Donald Trump un peu agressif, une Banque Centrale un peu maladroite dans sa communication, sont autant de bonnes raisons pour l’investisseur de prendre ses profits sur les marchés d’actions, et de se redonner du souffle pour revenir plus tard plus fort encore.

 

L’objectif est de ne pas motiver une réaction négative des autorités : en effet, imaginons des marchés monter invariablement, quelle que soit les nouvelles ; les autorités interviendraient pour mettre fin à la fête. Le marché doit donc monter mais pas trop, se montrer mesuré et réceptif à la mauvaise nouvelle : il doit faire illusion, que la hausse reste conditionnelle, que l’appétit ne soit pas immodéré, que les investisseurs ne soient pas des chats dévorant leur bol de croquettes.


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