La finance, religion dogmatique du XXIème siècle

par Maurice
mardi 31 janvier 2012

L’homme a besoin de croire. Toutes nos civilisations ont été traversées par des opinions, une foi, et des croyances diverses. Le bouddhisme, le christianisme, le judaïsme, l’islam, le zoroastrisme, le confucianisme… les religions sont aussi nombreuses que les cultures.

Cette nécessité pour l’homme de croire en une certaine transcendance, permettait une quête de spiritualité. Qu’est-ce que le bien ? Le mal ? Où se situe mon action dans ce schéma binaire ?

Au fur et à mesure qu’une croyance se développait, et se structurait autour de symboles, de lieux de cultes, ou de diverses cérémonies, des individus gravissaient cette hiérarchie spirituelle et s’intercalaient entre l’entité supérieure, et les croyants. Enivrés du pouvoir qui était désormais le leur, ces intermédiaires pouvaient s’éloigner des enseignements véhiculés par la croyance dont ils se revendiquaient être les portes paroles. Sous couvert de principes incontestables, certains assuraient ainsi leur domination. L’histoire de l’Eglise catholique en est le parfait exemple. Du message d’amour diffusé par le Nazaréen, aux bûchers d’hérétiques, l’Eglise a fini par devenir dogmatique et s’est ainsi éloignée de son message originel.

Force est de constater que la finance dérégulée est devenue l’Eglise dogmatique du XXIème siècle. Elle en revêt toutes les caractéristiques. Cet enfant du néo libéralisme le plus débridé, est devenu la croyance numéro un des grands de ce monde. La foi inébranlable guidant les politiques et les acteurs privés, a conduit à la mise en place des chapelles mondiales, ces bourses, qui de WallStreet à HongKong, de la City à Singapour, dictent les humeurs, ou devrait-on dire les commandements, auxquels doivent se plier les fidèles. Le prosélytisme est également prégnant. De gré ou de force, rien ne peut résister à cette super Eglise New Age, qui, par le biais des Conciles de l’OMC, de la BCE, et du FMI, impose ses enseignements au reste du monde.

Comme l’Eglise catholique, la finance dérégulée a fini par devenir dogmatique. Un certain nombre de points de foi sont devenus incontournables, pour qui s’affirme membre de cette religion. Ouverture anarchique des frontières de capitaux, transferts des pouvoirs régaliens à destination d’entités privés, ou encore sacrosaints commandements budgétaires européens. Les sujets doivent s’abandonner face à cette transcendance supérieure. Aveuglément, ils doivent suivre les incantations des apôtres de ce libéralisme effréné, qui imposent par la force leurs injonctions, et diabolisent les disciples qui auraient l’outrecuidance de s’interroger sur les bienfaits de ce nouveau culte. En effet, lorsque les fidèles grecs, islandais, portugais, ou encore italiens ne respectent pas leurs communions de foi budgétaire, le repenti est douloureux. Les prosélytes financiers menacent d’excommunication ces infidèles, et promettent le bûcher aux hongrois désireux de sortir de l’UE, par l’intermédiaire du très virulent gourou Cohn-Bendit à la chapelle parlementaire européenne.

Les indécis, ou méfiants, qui subordonnent leur allégeance à cette foi, à la mise en place de garde-fou sont de suite catalogués comme hérétiques. Les procès en sorcellerie sont légions.

« Taxer les transactions financières ? Malheureux ! C’est l’Apocalypse qui nous attend ! »
« Laisser faire faillite ces institutions qui ont eu une gestion calamiteuse ? Mais ce sera le triomphe du chaos ! Too big to fail ! »
« Sortir de l’Euro, de l’UE ? C’est la désolation qui va recouvrir les plaines nationales ! »


A coup d’arguments plus dogmatiques que techniques, ces fervents défenseurs de la finance dérégulée, réfutent tout débat de fond concernant le bien fondé de cette nouvelle religion. Les économistes proposant de mettre la finance au service de l’économie réelle sont immédiatement qualifiés d’apostats[1]. Leurs propos, inspirés de nombreuses années d’étude et de recherche, sont balayés d’un revers de main de technocrate bruxellois. Qu’en est-il du traître Draghi à la tête de la BCE[2] ? A-t-il une légitimité pour siéger à ce poste ? Compte tenu de son CV, et des agissements plus que douteux qui se sont déroulés très récemment entre les banques et la BCE[3], il est légitime de se poser la question. Mais ce serait remettre en cause le dogme actuel. Et si vous avez le malheur de pousser l’interrogation un peu loin, les petits soldats du Dieu eurodollar seront là pour, au mieux, vous remettre dans le droit chemin, au pire, vous éliminer professionnellement et médiatiquement.

Les personnes qui gouvernent notre pays ne se situent plus à l’Elysée, ni à Matignon. Elles se retrouvent à Bruxelles ou à Francfort, et décident divers plans d’austérité à notre encontre. Mais aucun changement de paradigme n’est entrepris. Nous devons mettre fin à cette religion, faisant passer le dogme avant la fraternité. Une autre voie est possible, mais les ardents défenseurs de cette Eglise version 2.0, font tout pour dynamiter le débat. Car ils savent pertinemment que leur chemin n’est pas le bon, qu’il ne conduit pas à l’unité mais à la division. Qui promeut l’individualisme, met en avant la cupidité matérielle, et pousse au mensonge et à l’immoralité. Ils ne vont surement pas scier la branche sur laquelle ils sont confortablement assis.

Les exemples sont légions pour constater que rien ne tourne rond dans ce bas monde. De plus en plus de grecs abandonnent leurs enfants à des écoles ou des monastères[4] car ils ne peuvent en assumer l’éducation.

Les foyers pauvres anglais, asphyxiés par la récession, ne peuvent plus acheter de fruits et légumes[5] et sont contraints de manger discount, certains diront de s’empoisonner, pour survivre.

Jamais le taux de chômage des jeunes n’aura atteint de tels sommets en Europe.

Nos aînés portugais[6] et grecs[7] doivent se remettre à des petits boulots pour compléter leur maigre retraite. Tendance qui semble débarquer sur nos côtes françaises[8].

Et malgré ces multiples exemples, nous ne disons mots. Ils sont devenus naturels. La misère a été intégrée à notre inconscient. Telle une fatalité. Que pouvons nous y faire ? Les médias bien pensants ont détourné les vrais problèmes. Ils allument des contre-feux sur des points secondaires, qui permettent d’agréger les contestations sur des sujets futiles, plutôt que sur l’important. Ils l’ont fait avec la presse, la télé. Ils visent maintenant le contrôle d’Internet. Car ne vous y trompez pas, derrière la soi-disant lutte pour le droit d’auteur menée par les gouvernements contre les Anonymous, se cache en filigrane la lutte pour le contrôle de la toile. Big Brother frappe à notre perron.

Pourtant, les véritables journalistes existent. Mais leur voix est mise de côté. Comme disait Coluche, « on ne peut pas dire la vérité à la télé, il y a trop de monde qui regarde ». Réapproprions nous le débat, pour que les bonnes intentions émergent aux yeux de tous. Et si malgré tout nous n’y parvenons pas, chacun devra en tirer ses propres conclusions. Mais rappelez vous d’une chose, « ils ne sont grands, que parce que nous sommes à genoux ».


[1] A ce sujet, l’article honteux, traversé de nombreux propos calomnieux, paru sur LeMonde.fr au sujet d’Etienne Chouard, en est la parfaite illustration. http://archives-lepost.huffingtonpost.fr/article/2012/01/06/2674846_loi-pompidou-rothschild-polemique-entre-le-monde-et-etienne-chouard.html

[2] http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/mario-draghi-itineraire-d-un-101494

[3] http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/aaarnaque-crime-et-bce-108329

[4] http://www.bbc.co.uk/news/magazine-16472310

[5] http://www.guardian.co.uk/lifeandstyle/2012/jan/22/fruit-vegetable-consumption-poorer-families

[6] http://www.lefigaro.fr/retraite/2008/06/27/05004-20080627ARTFIG00374-retraite-cherche-petit-boulot-pour-arrondir-ses-fins-de-mois.php

[7] http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20111115.OBS4502/petits-boulots-chez-les-seniors-grecs.html

[8] http://www.ladepeche.fr/article/2011/04/02/1049760-ces-retraites-au-travail.html


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