La France fait-elle fuir les investisseurs étrangers ?

par Arnaud C
mardi 6 mai 2014

La branche énergie d’Alstom pourrait être dans un mois entre les mains de l’américain General Electric (GE). Un véritable « symbole du décrochage industriel de la France  » pour Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS et professeur à Sciences-Po. Si le dossier passionne autant les médias aujourd’hui, c’est effectivement parce qu’un rachat américain du fleuron énergétique français a bien du mal à passer chez les autorités françaises. Celles-ci semblent pourtant tout faire pour tenter de redorer le blason de son industrie, mais rien n’y fait. Pechiney, Arcelor et aujourd’hui Alstom : pourquoi cette série d’échecs industriels français que rien ne semble pouvoir arrêter ?

Le dossier Alstom : le climat économique français a eu raison de l’entreprise

« Si Alstom en est rendue là, c’est parce qu’Alstom n’a pas pu bénéficier de fonds de pension français. Il n’y a pas d’investisseurs français, c’est terrible. C’est une tragédie du capitalisme français ». Pour Éric Brunet, animateur radio et chroniqueur politique sur BFM TV, comme pour Élie Cohen, Alstom a clairement souffert de la baisse d’investissements dont souffre le pays depuis plusieurs mois, voire années. La France ne possède en effet aucun investisseur notable français et ses investissements étrangers sont en chute libre (-77% entre 2012 et 2013). Sans fonds de pension ni investisseur de long terme, aucune grande industrie ne peut survivre et Alstom vient d’en faire la dure expérience.

La cession d’actifs d’Alstom va-t-elle clôturer cette série noire ? Cela dépendra des décisions économiques prises dans les prochains mois, notamment par le ministre de l’Économie, du Redressement productif et du Numérique, Arnaud Montebourg. La France doit attirer davantage d’investisseurs sur son territoire et pour cela, créer un environnement stable et rassurant pour les potentiels investisseurs. Un climat économique aux antipodes de celui dans lequel les investisseurs français évoluent aujourd’hui.

À toute conséquence sa cause : la taxe sur les transactions financières

Depuis le 1er août 2012, la France taxe en effet toutes les transactions financières se rapportant à des actions d’entreprises ayant leur siège social en France et dont la capitalisation boursière est supérieure à un milliard d’euros. Véritable répulsif à investisseurs, cette taxe sur les transactions financières, aussi appelée taxe Tobin en hommage à son créateur James Tobin, a eu des effets désastreux sur les marchés financiers français. Selon la Fédération bancaire française (FBF), le volume des transactions a baissé de 15 à 20 % depuis son instauration dans l’hexagone.

Un coup dur pour les entreprises et industries françaises que vont bientôt connaître leurs consoeurs européennes. La Commission européenne projette en effet d’appliquer cette taxe à l’échelle européenne dans les 11 pays favorables à son instauration (l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, l’Espagne, l’Estonie, la France, la Grèce, l’Italie, le Portugal, la Slovaquie et la Slovénie). Un dossier risqué qui avance cependant à grands pas. Michel Sapin proposera ce 6 mai que l’Europe franchisse « une étape décisive dans la mise en œuvre de cette taxe  », ceci avec l’aval d’ « autres grands pays européens  ». L’exemple d’Alstom et la chute spectaculaire des volumes de transactions en France n’ont apparemment pas traversé les frontières. Il n’y a pas de fumée sans feu dit le célèbre adage. Le feu est aujourd’hui avéré et la Commission européenne s’apprête à y ajouter des braises.


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