La Grande-Bretagne dans l’oeil du cyclone / Suite

par Michel Santi
lundi 17 décembre 2007

La décision prise le 6 décembre dernier par la banque d’Angleterre de baisser ses taux de 0.25 % à 5.25 % s’est révélée être une des décisions les plus importantes prises par cette vénérable institution depuis une décennie, soit depuis sa réorganisation par Gordon Brown qui lui avait accordé son indépendance totale vis-à-vis du pouvoir politique.

La décision prise le 6 décembre dernier par la banque d’Angleterre de baisser ses taux de 0.25 % à 5.25 % s’est révélée être une des décisions les plus importantes prises par cette vénérable institution depuis une décennie, soit depuis sa réorganisation par Gordon Brown qui lui avait accordé son indépendance totale vis-à-vis du pouvoir politique.

Le comité définissant la politique monétaire britannique se réunit une fois par mois, il définit un taux de base théorique qui, en règle générale, ne présente qu’une différence infime de l’ordre de 0.1 % par rapport au taux en vigueur dans l’économie réelle. Un décalage important et sans précédent s’est pourtant manifesté depuis cinq mois entre ces deux types de taux. Ainsi, les bénéficiaires de prêts hypothécaires et les établissements de crédit ont-ils dû subir une augmentation réelle de près d’un point de base de leur coût du crédit alors qu’au même moment la banque centrale maintenait le statu quo sur les taux théoriques, attendant de jauger les conséquences de la crise mondiale du crédit. En réduisant pour la première fois ses taux le 6 décembre, la banque d’Angleterre a donc pris officiellement acte du ralentissement sérieux de l’économie britannique.

En fait, le système bancaire britannique est au bord de l’effondrement et une catastrophe ne pourra être évitée que grâce à des aides massives prodiguées par la banque centrale par le biais de réductions répétitives des taux d’intérêts dans ce qui pourrait se révéler être la plus importante opération de sauvetage financière de ces vingt dernières années. En démarrant ce cycle d’assouplissement de sa politique monétaire, la banque centrale a donc rompu avec sa politique académique du "laisser-faire" qui a contribué à l’affaiblissement et à la fragilisation de l’économie du pays. De fait, c’est tout l’échafaudage économique mis en place par M. Brown depuis dix ans qui risque de s’effondrer et la banque d’Angleterre n’a certes baissé ses taux que de 0.25 % mais il faut espérer que l’effet de cette réduction sera au moins symbolique. En effet, une baisse de 0.5 % le 6 décembre aurait pu envoyer aux marchés des signaux de fébrilité, voire de panique.

En dépit d’une crise des subprimes ayant démarré aux et du fait des Etats-Unis, la crise du crédit se fait sentir de manière nettement plus aiguë en Grande-Bretagne qu’aux Etats-Unis. Le marché immobilier britannique est tout d’abord plus vulnérable que son équivalent américain eu égard aux prix immobiliers et à la dette hypothécaire globale qui se sont accrus à un rythme nettement plus important en Grande-Bretagne qu’aux Etats-Unis, et principalement si l’on compare ces augmentations à l’évolution des revenus dans les deux pays. Par ailleurs, les banques britanniques sont au bord du précipice : après le sauvetage de la faillite in extremis de Northen Rock par la banque d’Angleterre, le gouvernement britannique a même dû aller plus loin en garantissant tous les dépôts déposés dans les banques du pays. Ainsi, la spéculation boursière contre deux des plus importants établissements bancaires britanniques, Barclays et Royal Banque of Canada, a été sans précédent par sa virulence alors qu’aucune banque de ce calibre aux Etats-Unis n’a encore été sous le feu d’attaques équivalentes. Par ailleurs, la Grande-Bretagne est structurellement plus vulnérable que les Etats-Unis à une récession car les trois facteurs déterminants ayant contribué à la croissance britannique ces dix dernières années, à savoir l’expansion des secteurs financiers, immobiliers et des dépenses publiques, sont en train de s’inverser. Pire encore : la City est sur le point de subir la réforme fiscale la plus importante depuis une trentaine d’années, réforme qui aura pour effet de pousser une frange non négligeable de ces activités financières à s’expatrier vers des cieux plus cléments. N’oublions pas également de mentionner la baisse du dollar et des taux à long terme américains qui contribueront dans les dix-huit mois à venir à relancer la croissance aux Etats-Unis sans pour autant relancer celle de la Grande-Bretagne à cause de la fermeté de la Livre Sterling et des taux à long terme britanniques qui tous deux n’ont commencé que très récemment à montrer des signes de faiblesse. Enfin, la réactivité de la Federal Reserve amércaine qui a déjà baissé ses taux de 1 % depuis cet été est un atout majeur et une assurance importante pour l’avenir. Pendant ce temps, la banque d’Angleterre ne les a bougés que de 0.25 %...

Ainsi, alors que le pragmatisme de la banque centrale américaine permettra probablement d’éviter une récession trop douloureuse aux Etats-Unis, il est vraisemblable que le décalage dans la réactivité de la banque d’Angleterre pèsera de tout son poids les mois prochains sur l’économie britannique.


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