La grande illusion. Haro sur le Capital

par maltagliati
mardi 24 janvier 2012

On attribue généralement la course à la consommation et le diktat de la croissance économique aux appétits du Grand Capital et à l’avide recherche de profits maximisés. Sans accepter d’ouvrir les yeux sur le fait que le Capital en tant que Réalité historique est mort depuis un siècle.

Ce qui fausse les perspectives, c’est qu’à la dynamique de l’accumulation capitaliste et aux mécanismes de la concentration industrielle et de la production de masse liés à la baisse tendancielle du taux de profit – longuement étudiés par Marx – a succédé un nouvel emballement, celui de la dette des États, devenu le pivot de notre Histoire.

La principale loi de la Dette, c’est qu’il faut qu’elle roule. Pour que la charge de la Dette passée semble soutenable voire même ridicule et pourquoi pas « dynamisante », il faut que la Dette actuelle soit plus importante que celle d’hier, et que celle de demain efface à son tour la charge de la Dette d’aujourd’hui. On est ainsi entré depuis la Grande Guerre dans un cycle de croissance de la Dette, qui est le véritable moteur de la « Croissance ».

Ce que les gouvernants disent craindre, c’est l’Inflation, parce qu’une inflation à deux chiffres issue des trente « glorieuses » a jadis emballé l’ensemble du mécanisme. Mais l’inflation, si elle doit être « contenue », comme ils disent, est dans son principe favorable aux endettés, aux États. Ils remboursent avec facilité en monnaie de singe des dettes contractées en argent lourd.
Ce que les gouvernants craignent par-dessus tout, c’est la Déflation, une baisse générale des prix dont le premier effet serait de grossir les dettes du passé et de les rendre insoutenables.

On dit les gouvernants au service des grands intérêts financiers. On les décrit comme des marionnettes impuissantes qui ne sont là que pour le show médiatique. C’est une très grave erreur que d’inférer de leur caractère guignolesque à l’impuissance de l’État. Ils sont un leurre qui tend à nous faire croire à l’absence de l’État et le renforce d’autant.

Si les grands acteurs économiques font tant de lobbying, c’est parce que les États sont tout-puissants et que telle ou telle règlementation nationale, européenne ou mondiale peut faire ou défaire des pans entiers de l’industrie et du commerce. C’est aussi parce que dans la plupart des domaines, les États sont les principaux clients.

Le monde fonctionne encore sur la logique de l’intérêt privé dans le cadre de laquelle s’est édifié le Capital. Mais l’endettement des États depuis 1914 a tué le Système capitaliste, en ne gardant plus dans le cadre du Système étatique que des poches d’économie privée (poches parfois bien pleines, c'est incointestable !). Le système soviétique a démontré l’échec de l’économie nationalisée : tout le monde se fout de tout et rien ne fonctionne. Après 1989 on a donc, même en Occident, « privatisé », non pour confier au privé les « sévices publics » mais pour rendre ceux-ci plus efficaces et moins coûteux, sous la forme de concessions réglementées. Les privatisations ne représentent pas un retrait de l’État, mais son renforcement, par un fonctionnement plus efficace et moins onéreux.

Parallèlement s’est développé dans tous les grands États ce qui est l’apport du système stalinien, la Nomenklatura, une classe dirigeante qui se partage entre l’économique et le politique et rassemble des administrateurs, des capitaines d’industrie, des syndicalistes et des « gens d’influence », hydre à têtes multiples.

En continuant de s’attaquer à un ennemi mort, le Capital, gauchistes, altermondialistes et indignés se trompent lourdement de cible et propagent une idéologie qui ne peut mener qu’à la Défaite.


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