La tragicomédie grecque : des mauvais comédiens sans scénario crédible !

par hugo BOTOPO
samedi 27 juin 2015

Les rôles sont bien distribués ; la tension montait jour après jour dans l'attente de l'échéance explosive du pauvre FMI. Les mines étaient lugubres, chargées de la misère du peuple grec et des affres des "pauvres financiers", gavés d'intérêts iniques, cyniques et cupides, craignant un dérapage financier incontrôlable. L'échéance passée, toujours en suspens, les sourires et les fiers coups de mentons restent de mise : une pause, un entracte pour les comédiens. L'enfumage de la galerie médiatique évite de poser les vrais problèmes et de les résoudre.

Madame Lagarde, raide, impassible, craignant la ruine de son FMI, se voyait répudiée après l'effondrement : le règlement de "l'énorme échéance de 1,5 Md $" était vital pour sa survie et celle de son institution. Le FMI allait plonger comme Lehmann Brothers ! La première date d'échéance passée, en absence de tout règlement, les ténors de la finance et de la gouvernance de l'eurozone, de l'UE et de la BCE, se sont retrouvés tout sourire, détendus, avec madame Lagarde ragaillardie, et monsieur Tsipras, chef mal élevé et contestataire de la Grèce : les comédiens se détendaient ensembles, se refaisant une santé en attendant de revenir sur scène et de poursuivre leurs partitions ! Pour la meute médiatique, mi complice, mi ignare, le pire était évité pour un temps, mais il allait vite revenir !

Pour les experts auto-désignés, la présentation des retombées négatives d'un défaut systémique de la Grèce sur les contribuables Français (désabusés) et Allemands (à la fois excités et défendus par madame Merkel), nourrissait le pessimiste et le déclinisme français et le ras-le-bol allemand : c'était plus d'une centaine de Mds € qui allait peser sur l'entente franco-allemande ! Et sur leurs finances publiques ! Les Allemands travaillent et économisent pour leurs retraites, pas pour dorloter ces fainéants de Grecs ; du moins c'est ce qu'on leur dit jour après jour. Et si tout ce verbiage n'était que mensonge et vaine propagande. Le péché originel de la Grèce pour son entrée dans l'euro a été consommé grâce à la tentation du serpent Goldman Sach et de sa présentation aux "Anges créateurs de l'Eurozone", volontiers dupés. Le pécheur devra-t-il expié sa faute originelle jusqu'à la fin des temps.

Avant la crise des "subprimes" et autres produits dérivés, générée par les financiers anglo-saxons, la situation de la Grèce était aussi correcte que celle de la vertueuse Belgique et inférieure à celle de la dynamique et travailleuse Irlande. Les armateurs grecs comme les riches entrepreneurs et affairistes grecs minimisaient leurs impôts grâce à l'optimisation fiscale (légale et promue par certains États de l'UE) avec des comptes à l'étranger, dans l'UE, en Suisse et dans des paradis fiscaux exotiques. Le peuple grec s'adaptait par la débrouille et les activités au noir, pour ne pas être les dindons de la farce. Les rumeurs alimentées par quelques révélations du "traître" Goldman Sach, ont fait bondir les taux d'intérêts et gonfler la dette grecque devenue insolvable : les banques créancières européennes risquaient la faillite. En 2008/2009 en pleine crise des subprimes les États ont contribué à la survie de leurs banques, au prix d'un gonflement de leur dette publique ; et en 2010 les banques européennes risquaient à nouveau la faillite du fait de leurs engagements insolvables sur la Grèce. Ces dernières ont dû abandonné quelques créances grecques, sans punition pour leurs dirigeants, seulement une baisse des bénéfices et des dividendes. Mais la Troïka (UE, BCE, FMI) s'est contentée de garantir des prêts portés à la charge exclusive de la Grèce, contrairement à la crise de 2008/2009 où les prêts ont été convertis en subvention aux banques (dans certains pays comme l'Irlande et même l'Allemagne et le Royaume-uni) pour assainir leurs bilans et éviter la faillite et leur disparition. La Troïka en imposant des mesures drastiques (baisses massives des salaires, des pensions, du nombre de fonctionnaires, hausses des taux d'impôts et taxes) à une économie à balance commerciale fortement déficitaire (16% du PIB en 2008), a plongé la Grèce dans une récession de 25% du PIB, avec un chômage supérieur à 25% : beaucoup de sacrifices et de malheurs pour arriver enfin à un équilibre primaire du budget public, (ne prenant pas en compte la charge de la dette publique) : c'est déjà merveilleux (La France en est loin) ! Ce n'est pas suffisant pour les rapaces et les coriaces, il faudrait un minimum de 4 à 5% d'excédent primaire : comme la Grèce n'est pas en excédent commercial, la charge de la dette ne peut être alors assurée que par la "vente ou le don" du patrimoine grec aux créanciers. Les créanciers n'accepteront que des biens pouvant dégager des revenus à l'export : et c'est ce qui manque cruellement à la Grèce pour rétablir ses comptes. Et alors ?

La vertueuse Allemagne, donneuse de leçons de bonne gestion, aussi bien du fait des politiciens que des industriels, économistes et financiers, ne veut pas être tondue alors qu'elle est une profiteuse et une prédatrice à un degré élevé. Elle est excédentaire commercialement avec chaque pays de l'UE : donc elle siphonne les euros de ces pays et les prête ensuite pour continuer à vendre ses produits. Si elle veut être payée, elle devrait rétablir l'équilibre des diverses balances de paiements, incluant le tourisme. Et comble de l'hypocrisie, l'Allemagne étant en régression démographique naturelle suite à une insuffisance de naissance devant les décès (environ 200 000 chaque année), alors pour palier cet état de fait et faire tourner son économie, l'Allemagne importe de la main d'oeuvre qualifiée, formée dans les autres pays (principalement européens) et à la charge des contribuables de ces pays. Les médecins, infirmières, ingénieurs techniciens, ouvriers qualifiés, enseignants, informaticiens... composent la cohorte de l'immigration de travail, s'élevant à 400 000 en 2014, et un peu moins les années précédentes. Ces 400 000 sont un solde net annuel, le total des immigrés du travail était de un million, comprenant surtout des travailleurs temporaires ou détachés (!) payés 3 euros de l'heure, parqués "à la chinoise" dans des locaux surpeuplés pour économiser et envoyer un salaire mensuel de 200 euros dans leur pays d'origine tel que la Bulgarie. L'insuffisance de naissances conduit à la fermeture de dizaines de milliers de classes et de milliers d'établissements scolaires : c'est favorable à l'équilibre des finances publiques. Quand on sait que pour un seul enfant, les seules dépenses publiques (enseignement (écoles, collèges, lycées, universités...), santé, allocations diverses, réductions d'impôts, stades, salles de sports,....) de la conception à la formation professionnelle incluse coûte en moyenne plus de 200 000 € aux collectivités natioale et territoriales (plus de 250 000 € pour les formations supérieures), c'est donc pour la seule année 2014 une économie globale de 80 Mds € pour le budget de la République Allemande, et des valeurs un peu inférieures chaque année précédente ! Les contribuables allemands ne financent pas les frais d'éducation, d'enseignement et de formation professionnelle des immigrés : c'est un bénéfice qu'ils gardent jalousement ou un abus de biens publics des États d'origine. Il n'y a pas de péréquation, dans l'eurozone, entre les États pour les dépenses d'éducation et de formation professionnelle : ce serait pourtant une condition nécessaire pour autoriser la libre circulation des travailleurs. En France, s'il n'y avait pas de péréquations entre les collectivités territoriales et de prise en charge par le budget national, les revenus fiscaux de certaines régions pauvres ne pourraient assurer les dépenses de santé, d'enseignement, de police, de justice... pour les ressortissants de leur région !

Les purges d'austérité imposées bêtement par la Troïka, ont affaibli la Grèce et son potentiel économique. En ce moment et pour une longue période il est illusoire d'escompter un remboursement de la dette grecque. Tout les négociateurs et intervenants le savent et ne peuvent ou ne veulent le dire. Alors pourquoi les Allemands, excités et soutenus par leurs politiciens, s'alarment-ils sur la facture à payer pour les Grecs ? D'autant plus que la BCE, outrepassant ses prérogatives restreintes mais se comportant un peu plus comme une vraie banque centrale, rachète maintes créances des États sur les marchés financiers secondaires. Les Allemands ont compris le mécanisme de la mutualisation (garantie par les états) des emprunts et dettes européennes (eurozone) dans le FESF puis le MES, organisme financier devant être doté de 700 Mds€ levés sur les marchés financiers et non pas alimentés par la BCE : les créances des "investisseurs" financiers, même si elles sont sur les marchés financiers, elles ne sont pas, à ce jour, rachetables par la BCE dans le cadre du QE (programme de plus de 1000 Mds€ de création de liquidités pour les banques). Alors si la Troïka ne trouve pas un compromis acceptable avec Tsipras et donc met la Grèce en défaut de paiement ou faillite alors les garanties étatiques mutuelles seront exigées d'où une augmentation des dettes publiques d'une quarantaine de Mds€ pour la France et une soixantaine pour l'Allemagne ! Alors on comprend l'inquiétude sémantique des allemands pour qui une dette, un emprunt doivent toujours être remboursés : ils oublient que dans le passé les dettes allemandes sur l'étranger ont été annulées à plusieurs reprises. Les français sont beaucoup plus réalistes.

Alors, les conditions de la purge appliquée au peuple grec (pas à ses armateurs et autres auteurs d'évasion fiscale) vont être formellement renforcées, pour montrer la détermination de tous les gouvernements européens (empêtrés dans leurs énormes dettes nationales). Et si les négociations se déroulaient à Marseille, ils iraient tous en procession à Notre-Dame de la Garde, pour son intercession en vue d'une reprise de l'inflation (1 à 2%) et de la croissance économique (supérieure à 2%) afin d'effacer naturellement les dettes ramenées au PIB courant. Dans l'attente, il serait indispensable que la BCE inscrive dans son programme de QE les emprunts émis par le FESF/MES pour le compte de la Grèce ou les prêts souscrits par la Grèce auprès du FESF/MES : ainsi ni les contribuables allemands, ni les contribuables français n'auront à payer pour les grecs. Mario DRAGHI, de l'audace, toujours de l'audace ! Soyez le CESAR de la Finance européenne et de son Economie !

En remarque insidieuse, la BCE va créer et injecter de la monnaie pour les banques de l'eurozone (10% du PIB de cette zone), sans créations visibles d'emplois et sans hausse nette de l'inflation : quelle efficacité ! Les banques sont plus à l'aise, elles sont un facteur de hausse des bourses et des profits par plus-values. Le dispositif DOMO présenté dans un article de cette rubrique économie du 6 janvier 2015 "Plaidoyer pro DOMO ..." permet, lui, de créer des richesses, des emplois et de plus de réduire les déficits publics et sociaux ! Pour débuter le DOMO se contentait de 1% du PIB de l'eurozone, chaque année, renouvelable pendant quelques années (au moins 5 et mieux 10).

Il faudra encore quelques crises orchestrées par la gent gouvernementale et financière pour enfin adopter des mesures claires et efficaces, au service des peuples européens et non pas de la finance mondiale ! L'espoir fait vivre !


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