Le blues du routier franšais

par LE CHAT
lundi 26 janvier 2009

Si au travers de la crise on a beaucoup parlé du secteur bancaire sinistré , de la sidérurgie en déroute , de l’industrie automobile dans la panade ,du bâtiment en panne de truelle , du commerce qui patine malgré les soldes et une inflation soi-disant maîtrisée , nos médias contrôlés parlent beaucoup moins d’un des secteurs qui souffre le plus de la crise, celui des transport

Selon la FNTR ( fédération nationale des transports routiers ) , le nombre des défaillances d’entreprise a doublé en 2008 par rapport à 2007 pour atteindre 2112 , avec plus de 10000 licenciements , et l’avenir s’annonce particulièrement sombre en 2009. 40000 emplois seraient menacés. Le secteur souffre de la chute de l’activité dans tous les secteurs, que ce soit le transport de matières premières , le secteur automobile, les produits semi finis. l’IRU, l’International Road Transport Union, n’est guère plus optimiste .
 
Rien que dans celui de l’automobile, les fermetures d’usine et le ralentissement des cadences touchent de plein fouet les transports sous traitants, que ce soit en amont au transport des pièces détachées ou en aval dans le transport de voitures . On s’attend à de nombreuses cessations d’activités et de nombreux dégraissages chez les transporteurs de ce créneau .
 
Comme le secteur automobile, celui des ventes de poids lourds est sinistré avec un effondrement des ventes, on apprend que plus de 1400 personnes vont être licenciées chez Volvo trucks , que l’allemand Daimler Benz, que le numéro un mondial du poids lourd va supprimer 3500 emplois en Amérique du nord pour faire face au ralentissement de l’activité, que Scania met son personnel en chômage technique . Quant aux équipementiers du secteur , c’est la dégringolade !
 
Dans ses vœux du 15 janvier, la présidence de la FNTR a émis quelques propositions
- une mise à l’heure européenne du social transport , avec notamment une redéfinition du temps de travail dans le transport des marchandises , afin de redonner aux entreprises françaises de la compétitivité face à la concurrence européenne
- une exonération de charges sociales pour les heures d’équivalence , l’équivalent des heures sup pour les routiers dans la limite de 4h à partir de la 36ème heure , payées à 125% mais ne générant pas de repos compensateur.
- La demande de l’invocation par la France de la clause de sauvegarde pour les pays autorisés à caboter à partir du 1er mai 2009 ( rep Tchèque, Slovaquie , Pologne , Hongrie et pays baltes ) , c’est-à-dire l’autorisation d’effectuer des transports intérieurs offerte à un pays étranger
 
Il va sans dire que la dernière proposition a peu de chances d’aboutir au nom de la libre concurrence et de la libre circulation , dogmes absolus au niveau de la commission de Bruxelles .
 
Le Transport ne bénéficiera pas des mesures , plutôt des mesurettes de relance de l’activité en faveur de l’automobile ou du bâtiment , les effets n’arrivant que trop tard ou trop faiblement sur des entreprises aux marges devenues extrêmement faibles et à la trésorerie défaillante .
 
Même si les prix des carburants sont revenus à des niveaux plus raisonnables , le carburant représente à lui seul le quart du budget des entreprises et son coût élevé a pesé largement , contribuant à éroder les marges déjà mises à mal par la rapacité des chargeurs exigeant de plus en plus une politique privilégiant les tarifs.
 
La FNTR montre du doigt la concurrence étrangère, et c’est un fait que de plus en plus de camions que vous croisez sur les routes sont polonais, roumains , hongrois ou baltes . Et cela n’est pas sans poser de soucis dans les entreprises où l’on voit d’un mauvais œil ces chauffeurs ne maîtrisant aucun dialecte compréhensible, peu regardants sur le respect des consignes de sécurité et dont certains ont l’hygiène défaillante .
 
Si en France, peu sont embauchés car il y a obligation de les payer au même tarif que les chauffeurs nationaux , ce n’est pas le cas dans de nombreux pays où ils sont bientôt la majorité. Ainsi, le routier suédois a quasiment disparu au profit des bosniaques, croates et autres polonais. Cela ne va pas sans de nombreuses frictions avec les chauffeurs du cru qui reprochent à ces gens venus de l’est de leur ôter le pain de la bouche et de « casser le boulot ». Mais obligés d’affronter cette concurrence, les transporteurs nationaux font appel à eux en les faisant travailler en tant que tractionnaires ( ils tractent avec leur véhicule la remorque appartenant au transporteur ) ou sous traitent en affrêtement les voyages aux routiers de l’est , car pour tout cela les tarifs sont libres .
 
Les routiers français sont peu à peu poussés vers la sortie, et dans de nombreuses sociétés, ils ne font plus que les relation courtes distance en national , comme chez Norbert Dentressangle , l’international étant de plus en plus confié aux tractionnaires et affrétés de l’est .
 
L’activité a commencé à chuter depuis le mois d’octobre, depuis décembre c’est la débandade ! entre 20 , 30 , 40 , parfois 50 % de recul de l’activité selon les secteurs ! les transporteurs ont tout d’abord forcé les chauffeurs à prendre leurs congés, leurs RTT, leurs repos compensateurs. Mais rien n’y fait , il y a de moins en moins à transporter. Certains n’ont pas travaillé depuis un mois, d’autres ne sont appelés que pour faire les dépannages, dans certaines boîtes, on répartit le travail à tour de rôle en laissant les chauffeurs sans affectation à la maison , afin que chacun fasse une paie minimale, mais cela ne suffit plus pour faire face à la crise qui s’installe .
 
Le mot est lâché, licenciements ! un délégué syndical vient de me rapporter que dans sa société, on vient d’annoncer le départ de 8 chauffeurs et d’un cadre , mais que c’est trente personnes qui seraient touchées sur 80 si la situation ne se rétablit pas . Dans une autre société, on parle déjà de 50 personnes en trop sur 500, et heureusement que cette société a un gros client moins touché par la crise , sinon ça serait comme dans les autres sociétés. Quant aux routiers étrangers, ils me confirment que le mal est général et que circuler sur les autoroutes européennes devient de plus en plus aisé, que les aires de stationnement sont de plus en plus désertes, aucun pays n’est épargné !
 
Pour ces personnes victimes de la crise , c’est dramatique car personne n’embauche en ce moment , et que vu que les indemnités versées par les ASSEDIC seront calculées sur le salaires de la dernière année, ils s’attendent à une somme minimale car ils ont travaillé très peu ces derniers mois ; Les chauffeurs qui désiraient partir en préretraite doivent y renoncer pour les mêmes raisons. Quant à ceux qui travaillent encore, le salaire comportant une bonne part en frais de déplacement, quand ceux-ci sont réduits, la paie va avec !
 
Le transport routier va subir une de ses pires années en 2009 , mais le transport maritime n’est pas mieux loti .
 
Un de mes amis travaillant dans une agence maritime me parle d’une baisse de 35% d’activité , de nombreuses compagnies maritimes et armateurs faisant faillite , fermant des liaisons ou abandonnant des escales, de fortes restructurations sont à prévoir. Cela ne va pas non plus arranger les affaires des transporteurs routiers spécialisés dans le transport de containers qui n’en ont pas fini de manger du pain noir .
 
Les routiers sont sympas , mais ils ont les boules !

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